Je m’étais promis de ne pas faire ça, mais pas suffisamment de temps pour tout faire dans une journée… voici donc une nouvelle en 2 parties.
619 mots
« Je ne pensais pas que ces bottes résisteraient à une si longue marche ! »
Éric se retourna, l’air surpris. Hélèna, la photographe qu’on lui avait collée dans les pattes n’avançait pas à grand-chose. Si elle continuait à ce rythme, ils n’arriveraient jamais au refuge avant la nuit. Pourquoi lui avait-on demandé à lui de la chaperonner ?
Hélèna s’était assise sur un des gros rochers qui longeaient le sentier. Elle était essoufflée rien que de respirer. La photographe n’était pas habituée à sortir de son studio niché dans la grande ville pour aller faire un trek dans la montagne. Quelle malchance que Nico se soit blessé deux jours avant et que personne d’autre ne fût disponible ! À présent, Hélèna se retrouvait obligée de suivre cet ours déguisé en guide pour atteindre une cabane perchée sur un éperon rocheux à 12 millions de kilomètres d’altitude (ressentis) pour faire des photos d’un lever de lune qui n’arrivait qu’une fois tous les 22 ans couplé au passage d’une comète qui ne passait que tous les 127 ans… du grand spectacle pour les amateurs de l’espace. Ce qu’Hélèna n’était pas du tout. Elle avait déjà du mal à trouver la Grande Ourse… Et elle détestait marcher. Et le froid aussi. Bref, elle maudissait Nico de s’être blessé.
Héléna regardait ses bottes achetées en deux-deux dans le premier magasin de randonnée qu’elle avait trouvé. Elles semblaient tenir le coup. Par contre, ses pieds à l’intérieur lui brûlaient sous la plante, donnaient l’impression d’avoir gonflé au point de sentir toutes les mailles de ses chaussettes, et elle avait peut-être une ampoule qui lui commençait à se former au-dessus de son talon gauche.
« Il reste combien de kilomètres ?
— Pas beaucoup.
— Ah ! Super ! Donc on y sera dans combien de temps ?
— Si on continue à ce rythme… pas avant dix-neuf heures.
— Mais c’est dans super longtemps ! s’insurgea Hélèna.
— On n’avance pas aussi vite en montage qu’en ville, ironisa Éric. Et vous ne marchez pas très vite non plus. Surtout assise », ajouta-t-il, plein de sarcasme.
Hélèna se remit sur pied. Elle se serait bien plainte qu’elle n’avait pas envie d’être là, surtout pour photographier des étoiles débiles, mais elle avait cru comprendre que ce guide connaissait bien son patron et elle ne voulait pas avoir de problèmes.
La nuit était tombée depuis une heure déjà. Malgré la marche, Hélèna claquait des dents. Elle avait chaud et froid en même temps. Elle s’imaginait déjà en train de mourir d’hypothermie. Tout était sombre autour d’elle. Seule la lumière de la lampe frontale d’Éric dansait sur le sol, unique trace de modernité dans cet océan d’obscurité.
Il finit par s’arrêter sans prévenir. Hélèna manquant de s’emboutir dans son gros sac à dos.
« On est arrivés ? demanda la photographe avec soulagement.
— Non ! On s’arrête ici, ça ne sert à rien de continuer. On arrivera trop tard.
— Mais ils ne vont pas s’inquiéter ?
— Non, j’ai déjà prévenu en partant que ça risquait d’arriver.
— Ah ! Sympa ! ronchonna Hélèna, mécontente d’être vue comme l’archétype de la citadine (qu’elle représentait quand même plutôt bien). Mais on va dormir où ?
— Ici.
— Mais y a rien ici !
— Vous avez amené une tente, vous ? Alors, ce sera à la belle étoile !
— On risque pas de mourir de froid ?
— Vous avez un sac de couchage fait pour ça, non ? C’était dans la liste du matériel que j’avais envoyée.
— J’ai pris un sac de couchage, oui. »
Éric soupira. Il sentait gros comme une maison le fait que sa cliente aurait un duvet pour aller faire du camping au bord de la méditerranée en été, pas pour survivre à des températures négatives de montagne.
Bingo.
Retrouvez la suite dans la partie 2.
Ping : 428 — Exécution royale – Camille X. Morgan
Ping : 429 — La randonnée (partie 3) – Camille X. Morgan
Ping : 427 — La randonnée (partie 2) – Camille X. Morgan
Ping : 432 — La randonnée (partie 4) – Camille X. Morgan
Ping : 433 — La randonnée (partie 5) – Camille X. Morgan