487 — La randonnée (partie 20)

L’épisode précédent : épisode 19


1023 mots

Ils avaient presque fui le restaurant.

Au pied de son immeuble, Hélèna ne savait pas vraiment quoi dire. Elle se sentait mal pour Damien. Elle se rendait bien compte qu’elle lui laissait un espoir de se remettre ensemble ; elle lui avait mis une honte pas possible dans ce restaurant ; et, maintenant qu’il l’avait raccompagnée chez elle, elle ne trouvait pas les mots.

Elle avait gravi les marches du perron. Damien était resté sur le trottoir. Hélèna restait immobile devant la porte de l’immeuble, les clefs en main. Mais elle n’ouvrait pas.

« Tu es sûre que ça va aller ? demanda le jeune homme. Tu ne vas pas…

— Non, le rassura Hélèna en se tournant vers lui. Je ne vais pas tenter d’idiotie, ne t’inquiète pas. Je n’en suis pas là.

— D’accord. C’est tout ce que je voulais entendre. Je vais y aller. Appelle-moi si tu as besoin.

— Damien ? l’interpela la jeune femme alors qu’il commençait à partir. Je suis désolée.

— Pourquoi ?

— Je… toi et moi… je ne veux pas que tu aies de faux espoirs.

— J’avais bien compris. Mais ça ne m’empêche pas d’être là si tu as besoin, non ?

— Merci », répondit simplement Hélèna.

Damien lui fit au revoir d’un signe de main et s’en alla. Elle le regarda s’éloigner en se posant trop de questions. Ce fut le frisson de la nuit qui la tira de ses pensées et la poussa à rentrer.

  

Loin de se sentir mieux, Hélèna passa une mauvaise nuit, dormant mal, se réveillant souvent, faisant des rêves aussi étranges et désagréables que fugaces. Après cela, elle passa le plus gros de son dimanche en robe de chambre sur son canapé sous un plaid, à s’abrutir devant des séries sans les regarder. Elle continuait de ressasser. Elle ne savait même plus quoi d’ailleurs.

Au milieu de l’après-midi, elle dut se motiver pour bouger enfin. Son train ne l’attendrait pas. Surtout que, si elle loupait le deuxième qui l’amenait en montagne, elle serait bonne pour dormir à l’hôtel et ça, son patron ne lui rembourserait clairement pas.

 

 

Arrivée en gare à 22 heures passées, après un voyage qui lui avait semblé interminable, mais qu’elle aurait finalement espéré plus long, Hélèna s’obligea à sortir pour faire face à Éric, qui venait la chercher. Enfin, c’était ce qu’il lui avait promis, mais s’il avait été aussi sincère sur ce point que sur le fait qu’il ne ferait rien de son week-end, elle allait sûrement devoir remonter au chalet à pied (elle n’espérait pas trouver de taxi à cette heure, dans ce coin paumé).

La jeune femme se mordit l’intérieur de la lèvre en voyant qu’elle avait été médisante. Le bellâtre l’attendait adossé sur sa Twingo, dans la pénombre d’un réverbère fatigué. Il vint à sa rencontre pour récupérer son sac. Hélèna aurait voulu lui jeter au visage et hurler qu’il n’était qu’un menteur, lui demander s’il s’était bien amusé avec l’autre pétasse, faire une scène sur ce parking désert, mais elle serra les dents. Elle était là pour bosser, il fallait qu’elle reste professionnelle.

Ils échangèrent quelques politesses puis montèrent dans la voiture.

Durant le trajet, Éric, qui semblait presque jovial, posait des questions à la jeune femme, essayait de faire la conversation. Elle, ne répondait que par monosyllabe, voire par un simple son entre le grognement et le raclement de gorge.

« Quelque chose ne va pas ? demanda finalement le sportif.

— Je suis fatiguée par le voyage, mentit Hélèna.

— Tu as faim, peut-être ? Tu veux que je te prépare un truc vite fait, au chalet ?

— Non merci, ça ira. J’ai mangé un sandwich sur le trajet. »

 

Une fois au chalet, elle lui annonça aller directement se coucher pour être en forme le lendemain. Elle espérait que ce serait vraiment le cas.

« Quel est le programme ? s’enquit-elle juste avant de monter.

— Danny a beaucoup aimé les photos sur la paroi, il voudrait qu’on en fasse plus du genre. Comme demain, il est prévu du beau temps toute la journée, je pensais aller un peu plus loin, si tu te sens de marcher un peu. Je connais un joli spot avec un joli panorama derrière. Je suis sûr que ça rendra super bien.

— Comme tu veux », répondit simplement Hélèna, d’un ton morne, espérant que le « je m’en fous » en sous-texte ne fut pas trop flagrant.

« Après, si tu ne te sens pas bien, on peut faire ça mardi ou mercredi et faire une journée plus cool, demain, plutôt.

— On verra demain matin, si tu veux bien. Bonne nuit. »

La photographe monta les escaliers sans laisser le temps à Éric de répondre.

 

Était-ce la fatigue ou la quiétude du lieu, elle ne savait pas, mais cette nuit fut plus reposante. Elle la fit d’une traite.

Assise dans son lit, peinant à se motiver de se lever, Hélèna fut reprise de ce sentiment d’oppression en repensant à Éric. Elle avait envie de lui crier dessus, pour lui jeter au visage tout le mal qu’elle pensait de lui et, dans le même temps, elle voulait se blottir au creux de ses bras pour qu’il la réconforte. La jeune femme s’étala dans son lit et enfouit son visage sous un oreiller. Elle avait l’impression de revenir en pleine adolescence.

On frappa à sa porte.

« Hélèna ? appela le grimpeur. Vous êtes levée ? Le petit-déjeuner est servi. Il faudrait qu’on parte d’ici une heure max.

— J’arrive ! répondit-elle, n’arrivant pas à insuffler dans ces simples mots toute la colère qui grondait en elle. »

Vingt minutes plus tard, la jeune femme, lavée, habillée, équipée, descendait dans la salle commune pour prendre son petit-déjeuner avant de reprendre son travail. Elle ne savait si c’était la nuit, la douche, le soleil à l’extérieur ou quoi, mais elle se sentait finalement d’attaque pour une grande marche, prête à faire de belles photos et à profiter d’Éric. Peut-être arriverait-elle à se rapprocher de lui plutôt que de lui reprocher une soirée sans elle.

Son enthousiasme retomba comme un soufflé quand elle vit, attablée au comptoir de la cuisine, en train de siroter un verre de jus d’orange et de rire avec Éric, Lisa.

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