493 — Dis, Scierie !

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La police a reçu une indication sur l’endroit où elle pourrait retrouver le tueur.

C’est un endroit en dehors de la ville, une ancienne scierie, abandonnée depuis au moins trente ans. Il n’y a guère que les gamins en manque d’aventures et les camés qui y vont encore. Le lieu est en train de tomber en ruine. Le bois qui y restait a été bouffé par les insectes. Tout y est vermoulu, pourri ou les deux.

Les sergents Hughins et Pollack ont été dépêchés par le commissaire pour faire une première reconnaissance. Depuis que ce tueur traînait en ville, ils avaient reçu au commissariat un nombre incroyable de coups de téléphone donnant des infos qui s’étaient révélées fausses finalement. Le commissaire Bradley ne voulait pas perdre encore une fois son temps sur cette indication.

Après cinq meurtres d’enfants, la ville était sous tension. Le maire mettait la pression à Bradley pour avoir des réponses et, surtout, pour retrouver le coupable. Les gens n’osaient plus sortir de chez eux. Depuis le troisième meurtre, celui de Bobby Franz, un couvre-feu avait été instauré et des escortes avaient été mises en place pour les amener et les ramener de à l’école. Bradley et ses hommes étaient sur les dents. Ils passaient pour des incompétents alors qu’ils étaient sur tous les fronts.

Hughins et Pollock faisaient partie des plus jeunes recrues, mais ils avaient encore de l’énergie, contrairement à tous les flics qui étaient aussi des parents. Ils ne s’étaient pas portés volontaires, mais presque.

Ils avaient roulé lentement sur le chemin boueux à travers ce qui était devenu une forêt depuis le temps et étaient arrivés à l’entrée de la scierie peu avant 15 heures. Heureusement qu’il faisait jour, sinon Pollock se serait pissé dessus. Même à cette heure, l’endroit était lugubre. L’ancien bâtiment principal avait noirci sous l’humidité et la rouille. On l’aurait dit prêt à s’effondrer au moindre coup de vent.

Hughins n’était pas plus serein, mais il gardait mieux ses émotions pour lui. Si le tueur était encore là, peut-être avec une nouvelle victime, il valait mieux rester maître de soi.

Les deux sergents appelèrent le commissariat par radio pour rendre compte et demander la conduite à tenir, mais ils n’eurent aucune réponse. Comme s’ils avaient été hors d’atteinte du signal radio. Au bout de quelques minutes, ils descendirent de leur véhicule et dégainèrent, prêts à tout, surtout au pire. Ils devaient s’assurer que l’endroit était bien abandonné avant de repartir. Ils entrèrent sur la propriété et se dirigèrent vers le bâtiment principal. Ils préféraient ne pas se séparer.

Tout était silencieux. Seul le vent dans les branches et les oiseaux s’appelant les uns les autres résonnait. Hughins couvrit Pollock qui ouvrit lentement une des portes. Elle pivota sur elle-même en silence. L’intérieur était sombre. Ils ne virent rien de spécial. Hughins s’engouffra, suivi de son collègue. Il restait à l’intérieur toutes machines, encore en place, comme si les travailleurs avaient quitté les lieux la vieille pour revenir demain, mais avaient tous disparu d’un coup.

Le sang des deux policiers se glaça. Un rire strident résonna dans l’immense pièce. Ils se planquèrent derrière une grosse machine, s’interrogeant du regard pour savoir si l’autre avait vu quelque chose.

« Eh bien ! mes poulets ! Vous êtes enfin venus. Je ne vous attendais plus. Je commençais à désespérer de vous voir me confronter. Vous n’êtes pas vraiment doués avec les énigmes, j’ai l’impression. Heureusement que j’ai appelé pour vous dire que j’étais ici, sinon vous seriez encore en train de me chercher ! »

Hughins se hasarda à jeter un coup d’œil à l’angle de la machine. Ses yeux s’habituaient à la pénombre, il espérait voir celui qui parlait. Une balle bien placée et les choses reviendraient à la normale. Mais il ne vit personne.

Il fit signe à Polock de se préparer à bouger. Il ne fallait pas rester immobiles. Hughins décompta de trois à zéro avec ses doigts, puis ils s’élancèrent.

Pollock fut reçu par un coup de barre à mine en plein visage. Il ne s’en relèverait pas. Hughins évita le coup qui lui était destiné en faisant une roulade. Il mit le tueur en joue.

« Arrête d’avancer ou je tire.

— Tu n’oseras pas, gamin. Par contre, moi, je n’hésiterai pas.

— Pourquoi as-tu tué ces gamins ! Qu’est-ce qu’ils t’avaient fait ?

— Ils ne m’avaient rien fait. Mais je m’ennuyais. Ils étaient là, moi aussi, c’est juste pas de chance pour eux. »

Le tueur avançait vers le sergent qui reculait pour essayer de garder sa distance.

« Pourquoi nous avoir rencardé sur ta planque ?

— Qu’est-ce qui te fait croire que c’est ma planque ? demanda le tueur après avoir ri à gorge déployée de ce rire qui glaçait le sang. Je vous ai fait venir ici parce que c’est calme.

— Ça n’a aucun s… »

Hughins trébuchant en arrière. Le tueur lui sauta dessus et lui écrasa la barre sur la gorge. Le sergent n’arrivait plus à respirer.

Il se débattit tant qu’il put, mais perdit petit à petit conscience. Avant de la perdre complètement, il tenta de tirer avec son arme. Le coup de feu partit n’importe où, mais surprit suffisamment le tueur pour lui faire relâcher la pression sur la gorge du policier. Celui-ci trouva dans la force du désespoir de quoi repousser son assaillant. Il roula du côté opposé pour s’en éloigner. Le tueur, déjà relevé, se précipitait à nouveau sur lui, la barre à mine prête à lui fendre le crâne. Hughins ne réfléchit pas. Suivant les nombreuses heures d’entraînement à l’académie, ses bras pointèrent son pistolet dans la direction du tueur, son œil aligna la hausse, le guidon et le cœur de sa cible, il tira deux fois. Le tueur bondit en arrière sous l’impact. La barre à mine vola plus loin encore.

Hughins se releva tant bien que mal et s’approcha de l’homme pour s’assurer qu’il était mort ou pour l’arrêter. Il se figea en prenant le temps de regarder réellement son visage.

« Hughins ? appela Pollock, qui s’était finalement réveillé.

— Par ici.

— Putain, c’est pas le fils du maire ? »

Hughins ne répondit que par un grognement affirmatif.

« Le rapport va être coton… »

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