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Il faisait beau et chaud, mais cette journée agréable était gâchée par Lisa.
Elle marchait devant, avec Éric. Ils parlaient et riaient ensemble, comme les deux très bons copains qu’ils étaient. Hélèna en grinçait des dents, quelques pas derrière eux, tellement la présence de cette femme l’irritait. Dès leur première rencontre, Lisa lui avait été antipathique, mais depuis qu’elle avait vu ses photos de leur soirée en boîte, la photographe l’avait été étiquetée comme ennemie jurée.
Il marchait depuis près d’une heure, une heure à ruminer le fait que ç’aurait dû être elle et non Lisa qui discutait avec le grimpeur.
Quand ils s’arrêtèrent pour faire une courte pause, Éric s’approcha d’Hélèna et lui demanda si tout allait bien.
« J’ai fait quelque chose ? J’ai l’impression que tu m’en veux de quelque chose.
— C’est cette chieuse de Lisa ! Qu’est-ce qu’elle fout là ? Elle a pas autre chose à foutre que te tourner autour alors je m’y prends déjà comme une nulle quand il n’y a que toi et moi ? »
Hélèna aurait aimé trouver le courage de cracher ce qu’elle avait sur le cœur, mais il y avait trop à sortir d’un coup. Ça lui resta coincé dans la gorge.
« Non, finit-elle par mentir, plutôt mal, d’ailleurs. Je…
— C’est Lisa ? Tu ne t’attendais pas à la voir, c’est ça ? Moi non plus, je dois t’avouer, continua le sportif en voyant Hélèna garder le silence. Mais je n’arrive pas à lui dire non, après ce qui lui est arrivé… »
Hélèna se rappela que Lisa avait perdu son fiancé et se sentit mal de ne la voir que comme une prédatrice, alors qu’elle avait simplement besoin de compagnie.
– – –
Ils reprirent leur randonnée, Éric invita Hélèna à marcher à côté d’eux plutôt que derrière. Lisa parla encore beaucoup, loin de l’image de la veuve éplorée, au point qu’Éric dut plusieurs fois ruser pour demander l’avis d’Hélèna, lui laissant quelques précieux instants de parole avant que Lisa ne la coupe pour reprendre ses histoires et anecdotes ennuyeuses.
L’expédition arriva une bonne heure plus tard à l’endroit dont avait parlé Éric. C’était une paroi verticale qui parut immense à Hélèna. Déjà d’ici, la vue était superbe sur la vallée, mais du haut du promontoire, s’il était possible d’y monter autrement qu’en l’escaladant, le résultat serait encore plus détonnant.
Maintenant qu’elle reprenait en main la direction artistique de l’expédition, Hélèna ne réfléchit plus à Lisa, et commença ses repérages du lieu. Éric l’accompagna quelque peu pour lui montrer l’endroit, comment monter en haut du promontoire et, surtout, identifier les points les plus dangereux, pierres prêtes à s’écrouler sous le poids d’une personne, ravin proche du sentier caché derrière des buissons, fourmilière qu’il ne valait mieux par déranger…
Quand ils revinrent au pied de la paroi, Lisa s’était mise en tenue, prête à grimper. Elle n’était pas là que pour la promenade, dommage. Éric l’imita puis ils s’échauffèrent quelques minutes.
Hélèna commença à prendre des photos. Elle aurait bien aimé n’en faire que d’Éric, mais il lui fallut bien se résigner à inclure Lisa dans le cadre de quelques-unes d’entre elles. L’amie d’Éric allait forcément vouloir voir les photos et elle poserait forcément des questions de ne pas se voir. Et puis, cela coûtait à la photographe de l’avouer, mais Lisa était très photogénique.
Après deux heures de montées et de descentes, d’allers et retours pour les trois, sur la paroi, sur le sentier, pour des photos en plongées, en contre-plongées, en gros plans ou en panoramiques, fut venu le temps de la pause.
Hélèna mourait de faim. Heureusement, Christie était passée tôt ce matin pour voir s’ils ne manquaient de rien et leur préparer des sandwichs. Cette femme était un amour.
Le repas se fit dans un silence presque inhabituel, seulement dérangé par les sons de la nature d’altitude. Éric et Lisa reprenaient leur souffle après avoir s’être bien dépensés. Hélèna savourait son sandwich et ce silence bienvenu. Quand elle eut fini, la photographe commença à regarder ses clichés sur l’écran de l’appareil. Elle leva le nez en voyant du coin de l’œil Lisa enlever son t-shirt pour se retrouver en brassière. Elle roula son vêtement pour s’en faire un oreiller et s’allongea sur le granit réchauffé par le soleil. Lisa commença à faire glisser son pantalon sur ses hanches. Elle n’allait quand même pas se mettre en culotte au milieu de nulle part, et à côté d’Éric, quand même ?
Hélèna soupira de soulagement en voyant Lisa arrêter son geste, le pantalon juste en dessous de ses crêtes iliaques, mais elle fut d’autant plus agacée en voyant ses abdos sculptés parfaitement comme les, voire mieux que les mannequins qu’elle prenait habituellement en photos.
Éric enleva à son tour son t-shirt, pour se retrouver torse nu. Il le roula lui aussi en boule et s’allongea à côté de Lisa.
« Venez nous rejoindre, lui dit-il. Y a rien de mieux qu’une petite sieste le ventre plein, sous ce doux soleil. »
Hélèna eut du mal à se détacher de ses tablettes de chocolat. Elle hésita un instant, puis les imita.