499 — Apparence

382 mots

Son apparence les a amenés à déduire qu’elle est très riche.

Ils n’ont pas réfléchi beaucoup plus. Une belle jeune femme, habillée richement, perdue dans les ruelles étroites et sombres, c’est dans tous les cas le pactole. Soit elle a une belle bourse bien remplie, soit une famille prête à beaucoup débourser pour que personne ne défigure la précieuse enfant.

Les deux lascars s’approchent silencieusement, comme ils savent si bien le faire (beaucoup d’années d’entraînement et de mise en pratique). Habituellement, l’un attire l’attention de la proie pendant que l’autre agit : tâte, palpe, détrousse, subtilise ou glisse sous la gorge une lame acérée, en dernier recours. Si le butin est déjà récupéré, le comparse s’excuse et s’en va, sinon, il annonce la couleur, invitant la victime à suivre ses consignes, au risque de se voir la gorge suffisamment égratignée pour tacher sa belle toilette et perdre la vie de manière longue, douloureuse et grotesque sur le sol crasseux de cette ruelle malfamée, ce qui serait un fort déshonneur pour sa famille. Généralement, les jouvencelles ne jouent pas les courageuses et se délestent sans discuter de leurs pièces, bagues et colliers, avant de fuir en pleurant.

Mais cette proie-ci est différente.

Elle se retourne et attrape le poignet de celui qui s’occupait de la sonder. Elle le lui tord si bien qu’il en tombe à genoux, paralysé par la douleur. Son complice tire sa dague et le pointe sur la jeune femme.

Elle n’a pas l’air plus étonnée, elle a plutôt l’air déçue.

« Je l’avais espérée plus grande ! » dit-elle.

Le bandit, surpris, ne sait quoi répondre, il s’approche un peu plus, espérant enfin insuffler la peur dans cette cible, mais la demoiselle, alerte, repousse le bras armé du revers de sa main gantée et lui assène un rapide coup dans sa pomme d’Adam. Il lâche sa dague et porte ses mains à sa gorge en toussant. Les deux larrons se demandent sur quelle diablesse ils sont tombés.

« Partez d’ici, avant que ma patience n’ait raison de ma clémence ! »

Elle relâche le poignet de celui à genoux. Il se relève et s’éloigne sans rien ajouter. L’autre le suit.

Son apparence les a amenés à déduire qu’elle est très riche, mais ses actes les ont amenés à déduire qu’elle est trop dangereuse.

Laisser un commentaire