Ce matin, sur mastodon, je suis tombé sur le pouet de Bison (qui fait de superbes sculptures en bois : https://bisonrimant.fr/), et je ne pouvais pas ne pas réagir. Il y avait cette photo et ce message :
Un arbre bloque la route, votre transport s’arrête, voici qui sort des bois :

1060 mots
À l’intérieur du fourgon, les gardes se demandent ce qu’il se passe. L’un d’eux tape sur la paroi pour attirer l’attention du cocher.
« Oh là, devant ! Que se passe-t-il ?
— Un piège, lieutenant. Un arbre au milieu de la route. Et maintenant, il y a ces…
— Ces quoi ?
— Je ne saurais dire, ces sont des animaux… étranges.
— Chasse-les et ouvre-nous ! Nous allons t’aider à déblayer le passage ! Ne perdons pas de temps. Et toi, ajoute-t-il en se tournant vers moi, n’espère pas en profiter pour nous fausser compagnie ! L’un de nous reste ici pour te garder à l’œil.
— Je n’en attendais pas moins de gens aussi compétents et soucieux de la mission que vous, lieutenant », ironisé-je.
Le cocher se lève et agite les bras de manière grotesque, appuyant cela par des « pschhhtt » tout aussi ridicules.
Les animaux ne sont pas impressionnés. Au contraire, j’ai l’impression de les entendre glousser.
Le rouge-gorge posé sur la masse d’arme de l’oie chevalière piaille sèchement. Le castor, la loutre, l’ornithorynque et le capybara galopent pour encercler le véhicule. Les chevaux ne voient pas en ces bestioles de danger et restent tranquilles, contrairement au cocher qui arrête ses simagrées et se raidit, la main sur la garde de son épée.
À son tour, l’oie s’approche. Sa démarche chaloupée fait cliqueter son armure comme des osselets.
« N’approchez pas ! » ordonne le cocher, tremblant.
Il n’a pas l’air convaincu lui-même.
« Viens nous ouvrir, bon sang ! » peste le lieutenant.
Je l’aurais bien assommé, lui et ses deux compères, mais pieds et poings enchaînés, je ne peux rien faire, surtout en plein jour.
Le rouge-gorge chante une nouvelle fois. Ses compagnons se jettent sur le fourgon. Mes gardes tirent leur dague, prêts à tout (l’espace est trop exigu pour qu’un seul puisse tirer son épée). Le fourgon tangue soudain violemment sous l’assaut du capybara. Les gardes qui s’étaient dressés s’écrasent sur un des murs, sous mon regard amusé, je dois bien l’avouer. Ça ne plaît pas au lieutenant qui me lance un regard furieux.
La loutre se faufile dans le fourgon entre les barreaux, elle se lance dans une course poursuite avec les gardes en passant entre leurs jambes. Nouvelle secousse du fourgon. À ce moment, la porte s’ouvre. Le castor s’est fait plaisir avec le bois autour de la serrure. L’un des gardes tombe et s’étale dans la boue, juste à côté du cocher, déjà inconscient. Le pauvre homme n’a pas le temps de se relever que l’ornithorynque lui saute dessus et lui mord le nez. Ça a l’air douloureux, vu comme il crie. L’oie lui assène un coup de masse sur la tête et l’assomme.
« Reste avec lui ! » crie le lieutenant au dernier garde, alors qu’il saute hors du fourgon.
Il est accueilli par la masse, mais l’esquive habilement, et s’éloigne suffisamment pour dégainer. Le combat s’engage. Malgré son air pataud, l’oie se défend très bien et aucun des deux combattants n’a l’ascendant. Pendant ce temps, la loutre a grimpé sur mon dernier garde et le parcours dans tous les sens pour le rendre fou, elle se finit par se glisser sous sa cuirasse. Je n’arrive pas à déterminer si le pauvre homme ressent des chatouilles incontrôlables ou de la douleur à cause des griffes. Il finit par hurler de douleur, sans équivoque cette fois, quand la mignonne loutre lui mord la nuque. Il essaie de l’attraper, mais, engoncé dans son armure, il n’arrive pas à l’atteindre. Il tourne comme un fou, mais la loutre, le corps volant en tous sens, tient bien sa victime.
Dehors le combat est terminé. Notre cher lieutenant partage la sieste de ses autres hommes, une belle morsure de castor à la jambe et une belle plaie à la tempe.
Le dernier garde saute hors du fourgon. Il espère peut-être se débarrasser de la loutre en se roulant par terre, je ne sais pas. Mais il n’a pas le temps de grand-chose qu’il est cueilli par le capybara qui le charge et l’envoie voler à quelques pas de là. Je vois la loutre lâcher sa prise et voler en se tortillant pour atterrir dans l’herbe. Le garde s’écrase contre un arbre et ne se relève pas.
L’oie monte dans le fourgon et s’assoit face à moi, alors que les autres s’approchent de la porte pour me toiser. Elle a les clefs subtilisées au cocher, les prépare puis s’immobilise.
« On attend quoi ? dis-je. On ne voudrait pas que les autres se réveillent et que vous ayez fait tout ça pour rien, hein ? »
Le rouge-gorge entre par une grille et se pose sur l’épaule de l’oie.
« Ah ! Le fameux Robin des bois, je présume ?
— Veux-tu te joindre à nous ? » demande l’oiseau.
Je suis surpris. Je ne m’attendais à entendre une voix si rauque dans un si petit piaf. Et aussi par la proposition, un peu.
« Je ne sais pas… qu’est-ce qui vous fait dire que vous pouvez me faire confiance ? Je suis un criminel, après tout, dis-je en montrant mes poignets encore ferrés.
— Nous le sommes tous. Mais mes amis et moi pensons que quelqu’un de ta… constitution pourrait être utile à la cause.
— Vous ne savez pas que je peux être très dangereux.
— Si nous avons arrêté ce convoi, c’est parce que nous t’avons déjà à l’œil depuis quelque temps. Nous savons exactement de quoi tu es capable, nous connaissons cette partie de toi que les humains craignent.
— Je suis flatté, mais… »
La loutre saute dans le fourgon et me grimpe la jambe pour se dresser sur ma cuisse. Elle me regarde avec ses gros yeux noirs et humides. Elle est trop mignonne. J’e nai jamais pu résister à tant de mignonnitude.
« Écoutez, je veux bien vous accompagner, mais je ne veux pas que vous m’en vouliez s’il arrive quelque chose un jour.
— Ne t’inquiète pas, l’ami, dit soudain l’oie. Tu seras le seul loup-garou de la bande, mais nous sommes pleins de garous différents, déjà. Tu trouveras ta place, je te le promets. »
Alors, libéré de mes fers par un rouge-gorge, une oie en armure et d’autres animaux, je m’éloigne vers ma nouvelle vie avec mes nouveaux compagnons et je laisse derrière moi, avec les gardes qui m’escortaient, la part d’humain qu’il restait encore en moi.