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Affalée sur le canapé, fourbue de cette journée au grand air, Hélèna savourait le fait d’être enfin au calme au chalet. Et quand elle pensait à « calme », elle pensait surtout à « enfin débarrassée » de Lisa qui était rentrée chez elle. Bon débarras.
Éric était en train de préparer du chocolat chaud, une recette dont il avait le secret avait-il dit. Deux mugs fumant en main, il vint bientôt s’installer sur le canapé à côté de la photographe et lui en tendit un. Il était toujours aussi craquant avec son sourire et sa barbe de trois jours. Hélèna n’arrivait pas à détacher son regard. Elle le fixait en soufflant sur sa tasse, espérant qu’il ne le remarquait pas. Lui regardait droit devant, comme faisant mine de ne pas remarquer Hélèna.
Celle-ci posa son mug sur la table basse, il était trop chaud dans ses mains. En se renfonçant dans le divan, elle se rendit compte qu’Éric venait d’enlever son t-shirt pour se retrouver torse nu.
« Il fait vraiment trop chaud pour un chocolat », dit-il avec humour.
Hélèna aussi eut chaud, mais pour une autre raison. Son regard était aimanté par ces abdominaux si parfaitement dessinés. Sans réfléchir, elle passa la main dessus, pour en sentir la fermeté, les pleins et les creux. Quand elle se rendit compte de ce qu’elle faisait, elle voulut retirer sa main, mais Éric lui attrapa délicatement le poignet pour l’en empêcher. Cette fois, il la regardait droit dans les yeux et tira délicatement son bras pour l’attirer à lui.
Il l’embrassa avidement alors qu’Hélèna fermait les yeux pour savourer ce moment.
« Va peut-être falloir la réveiller, non ? »
La voix criarde de Lisa fut d’autant plus désagréable pour Hélèna qu’elle interrompait le rêve le plus fabuleux qu’elle avait pu faire. La photographe se releva, les yeux encore remplis de sommeil et les joues rosies par le soleil et les images oniriques qui s’effaçaient déjà dans son esprit.
Éric était déjà debout, rhabillé, prêt à reprendre la marche pour redescendre au chalet.
« J’ai dormi longtemps ?
— Une bonne quarantaine de minutes, répondit Lisa, goguenarde. Et tu as ronflé, un peu, même. »
Le genre de réflexion qu’on n’appréciait jamais vraiment, mais qu’Hélèna prit comme une attaque directe, face à Éric. Elle allait finir par pousser cette casse-pied dans un ravin si ça continuait.
Contrairement à son rêve, Lisa ne les laissa pas en arrivant au chalet, mais s’incrusta un moment. Hélèna retourna dans sa chambre directement pour prendre une bonne douche, espérant que l’autre peste serait partie quand elle reviendrait dans le salon. Malheureusement, elle était toujours là. Cependant, Éric eut l’air de voir le retour de la photographe comme une bonne excuse pour aller lui aussi se rafraîchir. Lisa resta encore un peu, parlant encore beaucoup, mais voyant qu’Hélèna ne l’écoutait pas et ne répondait que par des monosyllabes, elle se décida enfin à rentrer chez elle.
À peine avait-elle disparu par la porte d’entrée, qu’Éric reparut dans la pièce de vie. Il soupira.
« J’ai cru qu’elle allait essayer de rester là toute la soirée, avoua-t-il.
— Oui, moi aussi.
— Je l’aime bien, mais elle peut être envahissante, parfois. Je m’en rends bien compte. »
Hélèna ne préféra rien répondre plutôt que de dire une méchanceté. À la place, ce fut son estomac qui poussa un grand cri. Éric rit.
« Moi aussi, je meurs de faim. Qu’avons-nous dans le frigo ? »
Le grimpeur sortit des montagnes d’ingrédients, un nombre conséquent de poêles et de casseroles.
« Vous savez que nous ne sommes que deux, à manger, lui demanda Hélèna sur le ton de l’humour.
— Je cuisine pour plusieurs repas, comme ça, demain, il n’y aura plus qu’à réchauffer.
— Je peux vous aider ?
— Non, c’est gentil, mais je ne vais pas vous demander de travailler encore plus. Installez-vous tranquillement, regardez la télé, lisez un peu, ce ne sera pas long.
— Non. Je ne vais pas rester là à rien faire alors que vous faites tout » répondit Hélèna.
Elle passa derrière le comptoir de la cuisine et attrapa une planche à découper et un couteau.
Ensemble, ils découpèrent, émincèrent, hachèrent légumes, herbes, viandes. Pendant que la sauce mijotait et que les pâtes cuisaient dans leur bouillon, la viande revenait en crépitant.
Éric, du bout d’une spatule, goûta la sauce.
« Ouh ! Vous n’y êtes pas allée de main morte sur le poivre, s’exclama-t-il surpris.
— Je peux tester ? » demanda Hélèna.
Le grimpeur prit une cuillère en bois dans le pot, la plongea dans la sauce et la tendit à la jeune femme. Celle-ci souffla dessus pour ne pas se brûler et avança ses lèvres pour goûter à son tour. Éric éternua au même instant, perdant la maîtrise de la cuillère, qui repeignit le nez d’Hélèna de sauce. Elle écarquilla les yeux, surprise. Le sportif s’immobilisa, mais pouffa de rire devant le visage de la photographe, puis essaya d’articuler un « pardon ». Hélèna ne savait pas trop comment réagir. D’un côté, elle détestait qu’on lui touche le nez et avait envie de l’engueuler, mais elle comprenait qu’il n’avait pas fait exprès, d’un autre, elle n’appréciait pas qu’il se moque, mais comprenait que sa tête devait prêter à rire à l’instant.
Emportée par le rire communicatif d’Éric, Hélèna ne put s’empêcher de rire elle aussi.
Le grimpeur attrapa un torchon et tendit le bras vers Hélèna pour réparer sa bêtise. La sauce dégoulinait jusqu’à sa bouche. La jeune femme se raidit. Elle saisit le poignet d’Éric pour l’arrêter. Il eut l’air de comprendre et retira son bras, mais Hélèna ne lâcha pas prise. Éric avait l’impression qu’elle le tirait délicatement vers elle. Il s’approcha lentement. Il se penchait vers elle. Le temps semblait s’étirer.
On frappa à la porte.
Ils se figèrent.
La porte s’ouvrit.
Hélèna voyait déjà cette *** de Lisa venir à nouveau les emmerder.
« Oh, mais ça sent drôlement bon, ici ! J’espère que je ne vous dérange pas, les jeunes ! »
Christie qui venait d’arriver. Éric avait l’air aussi surpris qu’Hélèna, et peut-être aussi déçu de cette interruption.