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Hélèna avait salué poliment Christie, même si elle lui en voulait d’avoir, certes involontairement, interrompu le moment magique où Éric allait enfin l’embrasser.
À présent, la magie était cassée. Elle alla s’asseoir sur un fauteuil, essayant de ne pas montrer sa contrariété.
Christie avait eu la gentillesse d’apporter un panier de fruits et légumes frais de son jardin.
« Ne vous inquiétez pas, les enfants, avait-elle ajouté en voyant Éric prêt à refuser poliment. Il m’en reste encore des kilos. Ça donne déjà bien cette année. »
Le grimpeur et sa vieille amie discutèrent de tout et de rien, des gens du coin, les morts, les malades et les autres. Ils parlèrent surtout organisation et intendance du chalet pour les prochaines semaines.
Heureusement, Christie ne resta pas longtemps. Elle embrassa Éric et salua Hélèna d’un signe de la main appuyé par un clin d’œil.
« Bon ! s’exclama Éric. Je crois que le repas est prêt. »
Il avait quelque chose dans sa voix qui montrait une gêne légère. Hélèna aurait voulu être en colère contre lui, parce qu’il ne reprenait pas là où ils avaient été interrompus, mais elle était surtout déçue.
Assis face à face sur l’îlot central de la cuisine. Le sportif et la photographe mangeaient sans rien dire. L’ambiance semblait lourde. Hélèna avait envie de briser ce silence, mais seules des banalités lui venaient à l’esprit. Éric paraissait absorbé par ses pensées.
Il finit rapidement son assiette et se leva pour la débarrasser. Il regarda ensuite Hélèna, toujours pensif. Celle-ci termina son assiette à son tour.
« Vous vous souvenez, l’autre soir, quand nous avons mangé au restaurant ? » demanda finalement Éric.
Hélèna le dévisagea en rougissant. Elle avait espéré qu’il n’aborderait pas le sujet. Perdu.
« Oui, enfin surtout le début de soirée. La fin est plus nébuleuse.
— Ah, ce n’est pas grave alors » conclut Éric en se levant et débarrassant son assiette.
Hélèna se demandait pourquoi cette question. Voulait-il aborder la question du baiser volé ? Ou avait-il autre chose en tête ? Mais s’il voulait parler de la manière dont elle l’avait embrassé par surprise et sans lui demander son avis, peut-être était-ce pour pouvoir mieux reprendre ce qui avait été commencé pendant la préparation du repas.
« Je me souviens de quelques éléments, finit-elle par dire. Vous vouliez me parler de quelque chose en particulier ?
— Vous vous souvenez de notre retour ? Vous aviez tellement bu que vous n’arriviez pas à attacher votre ceinture. »
Hélèna ne répondit pas immédiatement, pour voir ce qu’il allait dire, mais Éric n’ajouta rien.
La jeune femme hésitait à dire qu’elle ne se souvenait de rien. Ça aurait peut-être simplifié les choses. Elle inspira, s’attendant à tout.
« J’ai le vague souvenir que nous nous sommes embrassés », mentit-elle.
Éric grimaça, il n’était vraisemblablement pas d’accord avec cette version de l’histoire.
« Mais comme vous ne m’en avez pas parlé le lendemain, continua Hélèna, je me suis dit que j’avais rêvé…
— Donc vous rêvez de moi ? s’amusa le grimpeur.
— Je… euh… »
Hélèna bafouilla et rougit un peu plus.
« Ce soir-là, reprit Éric, je dirais plutôt que c’est vous qui m’avez embrassé. Mais comme vous n’étiez pas dans votre assiette, je n’ai pas trop su quoi en penser. J’ai préféré ne rien dire le lendemain. Le truc, c’est que je ne sais pas ce que vous pensez. J’ai l’impression qu’à un moment, vous m’aimez bien et que, l’instant d’après, vous me détestez, alors que je ne pense pas avoir dit ou fait quelque chose de déplacé.
— Depuis le premier jour, j’ai l’impression que vous me regardez de haut parce que je viens de la ville et que je ne suis pas le rythme.
— Ce n’est vraiment pas ce que je pense, au contraire. Je suis désolé si c’est ce que j’ai pu laisser croire. »
Il s’approcha de la jeune femme et tendit la main pour débarrasser son assiette. Elle posa sa main sur la sienne pour l’arrêter.
« Pourquoi m’avez-vous reparlé de l’autre soir ?
— Ce baiser volé… J’ai envie de vous embrasser depuis un moment, mais… »
Sans réfléchir, Hélèna bondit de sa chaise haute et colla ses lèvres sur celle d’Éric. Celui-ci se contracta un instant, le temps d’intégrer ce qu’il se passait. Il se détendit et rendit son baiser à Hélèna en l’enlaçant.