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Elle m’a dépassé et a continué sur la route.
Elle allait beaucoup trop vite. Une des roues avant de la voiture est passée dans un nid-de-poule. À cette vitesse, le conducteur a perdu le contrôle et dérapé pour s’encastrer dans la vitrine d’un magasin.
Malgré la violence de l’impact, je savais que j’étais encore en danger. Je n’ai pas attendu de le voir sortir indemne. Je me suis mise à courir. Aussi vite que j’ai pu. Je me suis engouffrée dans une ruelle, j’ai bifurqué une fois, deux fois, plein de fois, jusqu’à ce que mon cœur frappe mon corps entier, que mes poumons soient en feu et que ma gorge soit sèche comme du papier de verre.
Là, je me suis adossée contre un mur, derrière un container poubelle, au milieu de cette ruelle. Il n’y avait rien, que de hauts bâtiments, de la vapeur qui sortait des bouches d’égouts et un monceau d’immondices.
J’espérais vraiment l’avoir semé, même si quelque chose au fond de moi savait.
Le tas de déchets à côté de mon a gigoté. J’ai bondi en arrière, ayant si peur que j’ai cru faire un arrêt cardiaque. Une tête en est sortie. Je n’ai pas reconnu tout de suite qu’il s’agissait d’un humain tellement il était peu reconnaissable avec la couche de crasse qui le recouvrait.
« Désolé, ma p’tite dame, je voulais pas vous faire peur. Ça va ? Vous avez pas l’air dans votre assiette.
— Ça va, merci, ai-je mentis. Désolée de vous avoir dérangé. Je m’en vais.
— Vous êtes sûre que ça va ? Je peux appeler la police si vous voulez. Ce serait pas la première fois que je vois des choses bizarres dans cette rue.
— Vous feriez mieux de vous recoucher si vous ne voulez pas en voir d’autres. »
J’ai dit ça sans réfléchir. Je n’aurais pas dû le dire à voix haute. Le sans-abri m’a regardé incrédule et vexé à la fois. Moi, je me suis dirigé vers la sortie de la ruelle. Elle donnait sur une avenue, je ne sais pas laquelle.
J’avais le goût du fer dans la bouche.
Ce n’était pas qu’à cause de ma course effrénée.
J’ai entendu les bruits de pas qui couraient derrière moi. Beaucoup de trop.
Ils étaient cinq. Je ne sais pas comment il avait réussi à rameuter autant de monde pour moi.
J’ai accéléré malgré mes jambes en coton et mon souffle trop court. Cinq autres gars sont sortis de l’ombre pour me bloquer la sortie.
J’étais encerclée.
Swanson a crié dans la rue.
« Fais pas l’idiote ! Le patron veut juste te parler ! Nous oblige pas à employer la force ! »
L’oncle Vernon était un homme puissant, un mafieux de grande envergure, ça n’était pas difficile quand on montait son empire depuis plus de deux siècles. Être un vampire et s’affranchir de la temporalité humaine facilitait la prise et la rétention du pouvoir. Ce n’était évidemment pas mon oncle, mais un surnom que tous les gens du milieu lui donnaient. Je ne savais pas pourquoi ce monstre voulait me voir, mais j’imaginais assez bien que ç’avait un lien avec l’élimination récente de son lieutenant le plus proche. Un vampire de seulement 90 ans. Le truc, c’est que, pour une fois, je n’y étais pour rien et je n’avais aucune info sur qui nous avait débarrassé de Gilbert le pâle.
Vernon ne semblait pas être au courant et m’en tenait clairement pour responsable.
« Je ne sais rien ! Lâchez-moi la grappe ! »
J’aurais pu essayer d’être plus diplomate, non ?
« Chopez-là, mais ne l’amochez pas ! » ordonna Swanson.
Dix contre une, ce n’était pas joué d’avance, mais, même moi je ne me serais pas misée dessus. Je pouvais m’en occuper de quatre sans trop de soucis, mais il en resterait quand même plus.
J’ai commencé à frapper sur le premier venu, puis tous ceux qui venaient et revenaient à la charge. J’étais déjà bien en hypoxémie. Je ne savais même pas comment j’avais réussi à tenir jusque-là.
Un sifflement a résonné dans la rue. Les sbires de Swanson se sont arrêtés pour le regarder. J’ai réussi à en étaler un de plus, puis j’ai moi aussi suivi leur regard.
Swanson est un vampire mineur, mais il est assez puissant et a une certaine réputation. Mais là, il est sur la pointe des pieds, les mains posées sur le bras qui enserrent son cou. Derrière lui, le clochard qui m’a parlé juste avant le tient fermement en respect. De loin, on ne voit les yeux du vampire refléter de la peur. Il n’a pas le temps d’aboyer d’autres ordres qu’un pieux le transperce au niveau du cœur. Il redevient poussière. Ses soldats hésitent un instant. Attaquer ce vieux qui vient de buter leur chef ou battre en retraite ?
Je me précipite vers l’un d’eux (si je peux débarrasser cette ville d’un peu plus de vermines, c’est toujours une victoire), mais ils réagissent vite et détalent comme des oiseaux à la pétarade d’un pot d’échappement.
La ruelle retrouve son calme.
Et son silence.
Je regarde le vieux mendiant. Il me regarde aussi.
Nous marchons lentement l’un vers l’autre, la même méfiance nous freine.
« Merci ! dis-je quand je suis à quelques pas de lui.
— Vous ne vous en seriez jamais sortie contre autant de types. »
J’avise les tatouages sur son avant-bras, dont un, un pentacle orné de mots incantatoires, et un autre, une tête de bouc au pied d’une guillotine.
Une seule personne portait ce genre de tatouages, un prêtre aux méthodes peu orthodoxes qui a renvoyé à leur créatrice des milliers de vampires, détruits tant de démons que même l’Église en a perdu le compte, et sauvé plus de personne que n’importe quel prophète. Personne n’a entendu parler de lui depuis près de dix ans.
« Vous êtes le père Almeric ?
— C’était il y a trop longtemps », grommelle l’homme.
Ça me rappelle l’anime Hellsing et le jdr Vampire the Masquerade