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Le laboratoire sentait fortement les produits chimiques.
L’inspecteur Jack Jones s’apprêtait à entrer, mouchoir sur le visage pour réduire le désagrément de l’odeur. Les cheveux parfaitement coiffés, rasé de frais, avec un costume plutôt classieux, l’inspecteur était habillé très chic comparée à son habitude. Son partenaire et ami de longue date, l’inspecteur Guy Gilliams, ne manqua pas de le lui faire remarquer.
« J’étais au resto quand on m’a appelé, répondit Jones, visiblement blasé.
— Au resto ? Tu as oublié de me dire quelque chose ?
— Je dînais avec une femme superbe, intelligente et tout. Pas sûr qu’elle veuille me revoir vue la manière dont j’ai été obligé de la planter. Pour une fois que j’arrivais à décrocher un rendez-vous…
— Pas grave, l’ami. Avec la montagne de paperasse qui nous attend, je sens qu’on va y passer la nuit. Au pire, je t’offrirai une bière quand on aura fini. »
Ils plaquèrent leur mouchoir sur le nez et entrèrent dans le laboratoire. Les gars de l’équipe scientifique leur avaient confirmé qu’il n’y avait rien à craindre pour la santé.
Le lieu était dans un désordre complet. On avait cherché quelque chose, mais il serait difficile de trouver rapidement si ç’avait été trouvé. Beaucoup de verrerie jonchait le sol, des tubes à essais, des récipients en tous genres aux noms imprononçables (Jack se souvenait de l’horreur que ç’avait été d’essayer de les retenir au lycée), des instruments de mesure aussi. Une partie des frigos avaient également jetés au sol.
« Les scientifiques n’ont pour l’instant rien trouvé d’utile, annonça Guy. Ça a l’air d’avoir été fait par des pros, pas des junkies en manque qui auraient cherché des palliatifs.
— Il faut trouver la personne responsable et l’appeler. On pourra peut-être en tirer des infos utiles.
— C’est fait, elle ne devrait plus tarder. En attendant, tu pourrais m’en dire un peu plus sur ta dernière conquête.
— Te fous pas de moi. Tu sais très bien que les femmes ont tendances à fuir quand je leur dis ce que je fais dans la vie ou quand elles me voient partir en plein milieu de quelque chose d’important pour aller repêcher des cadavres.
— On n’a pas une vie facile, mais on ne sait rien faire d’autre, s’amusa Guy. D’ailleurs, il y avait un garde de nuit. Il a été bien amoché. Il était conscient mais bien sonné. Une ambulance l’a amené à l’hôpital pour examens. Il est convoqué demain au commissariat pour prendre sa déposition. Allez ! Raconte-moi.
— Je l’ai rencontrée sur une appli. Elle est super belle et intelligente.
— Elle cherchait son exact opposé ? s’amusa Guy.
— Ça fait quelques jours qu’on échange des messages ensemble et, ce soir, on se rencontrait pour la première fois.
— Tu l’as emmenée où ? Non, non ! Laisse-moi deviner. Tu l’as emmenée au Royal.
— C’est une valeur sûre. On y mange bien et l’ambiance est suffisamment feutrée pour pouvoir discuter sans avoir besoin de hurler. Tu la verrais, elle est superbe. Encore plus belle que sur sa photo de profil. On a discuté un bon moment. Elle aime sortir, danser, aller au ciné, écouter du jazz, visiter des musées…
— Que des choses que tu n’as jamais le temps de faire avec ton métier.
— Pour une femme comme ça, je veux bien faire des efforts ! »
Jack continua d’examiner distraitement la scène du crime.
« On sait exactement ce qu’ils trafiquent, ici ?
— On analyse divers types de prélèvements animaliers. »
Jack fronça les sourcils en entendant cette voix. Il se retourna vivement et manqua de tomber à la renverse en voyant la personne qui venait d’arriver, escortée par un des agents de police.
« Susan ? interrogea l’inspecteur. Qu’est-ce que tu fais-là ?
— Je suis la responsable de ce laboratoire.
— J’imagine que vous êtes aussi celle avec qui Jack dînait ce soir ? interrogea, amusé, Guy.
— En effet.
— Jack ne m’a pas menti, alors. En plus d’être beaucoup trop belle, vous êtes également beaucoup trop intelligente pour lui. »
Susan sourit. Jack pas trop.