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Sa famille était au service depuis sept générations.
Dans le grand château, ils s’étaient succédé, de garçon d’écurie à bonne, de maître queue à lavandière, de sommelier à dame de compagnie. Ses aïeuls avaient œuvré des vies durant, jusqu’au tombeau. Chaque génération avait gravi les échelons de la hiérarchie au service des Maîtres. C’était plus qu’une fierté.
Sa famille en était devenue la fondation même, le rouage essentiel, l’épine dorsale, celle qui, inconsciemment, continuait les traditions les plus infimes, les détails, ceux que personne ne percevait consciemment, mais qui donnait son identité propre aux Maîtres, ceux qui faisaient que les amis et autres invités repartaient avec la sensation d’être passés dans une grande maison et pas n’importe laquelle : celle des Maîtres.
Depuis des générations, ils s’étaient transmis les savoir-faire, les savoir-être. Ils s’étaient construits des règles de vie, des traditions, comme une religion à part entière, toute dévouée aux Maîtres. Sa famille en venait à traiter les autres serviteurs comme des inférieurs, de la vermine à peine bonne à nettoyer les latrines ou le purin des écuries. Ils s’étaient faits des ennemis, évidemment, mais ils avaient aussi créé des jalousies. D’autres domestiques avaient essayé de faire de même dans leurs propres Familles, avec plus ou moins de succès.
Les Maîtres ne se rendaient pas compte de tout ce manège. Tant que les affaires fonctionnaient et que la Maison était parfaitement tenue, il n’y avait pas lieu de s’intéresser aux problèmes d’intendance et aux basses besognes laissées aux petites gens. Leur salaire était suffisamment, voire toujours trop élevé pour les voir passer leur temps à se promener dans les couloirs de la Maison, on avait toujours l’impression qu’ils cherchaient un but dans leur vie, mais ces gens étaient au service des Maîtres depuis plusieurs générations, sans l’aide qu’Ils leur apportaient, ils seraient sûrement comme les autres petites gens, des alcooliques sans le sou et bon à rien. Les Maîtres faisaient acte de charité en les gardant à Leur service.
Jusqu’au jour où la crise, la guerre et la ruine toucha les Maîtres, qui se retrouvèrent sans aucune ressource, sans terre, sans château, sans argent.
Sa famille était au service depuis sept générations, mais aujourd’hui, sans Maîtres, sans but, sans rien, elle n’était plus.