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Sa description n’avait aucun rapport avec la réalité.
On avait vendu à Sam un grand méchant, un monstre immonde de plusieurs mètres de haut, autant de circonférence, libidineux, puant, cruel, impitoyable, invincible presque. À la place, elle se trouvait face à une limace, à peine plus grande, posée sur un canapé doré, à la soie rouge, entourée de deux gardes cyborg en armures brillantes et lances d’apparat, avec, derrière, une immense baie vitrée donnant sur l’immensité sidérale.
Sam ne savait pas trop si on se moquait d’elle, s’il fallait en rire ou s’il valait mieux garder son sérieux.
Elle entendit un chuintement aigu, mais ne comprit pas d’où il venait. Un garde se pencha vers la limace, nouveau chuintement, se releva et s’adressa à Sam.
« Le mécanisme de représentation holographique du puissant Timorax est en panne. Réparez-le et vous serez riche. Échouez et vous serez jetée vivante de la station pour voguer indéfiniment jusqu’à que vous rencontriez une mort lente et douloureuse.
— Tout doux, les gars ! répondit Sam, sans se démonter. Je suis mécano, pas magicienne. Il faut que je voie la doc du matériel avant tout.
— Il n’y pas de documentation, répondit le garde. Le programme et le câblage se suffisent à eux-mêmes.
— Selon qui, mon chou ? T’as déjà démonté et remonté un de tes camarades pour réparer quand il a les fils qui s’touchent ? Tu sais à quoi ça ressemble à l’intérieur ? Moi je sais. Et c’est pas partout pareil. Surtout si le précédent mécano travaillait pas propre. Il est où, d’ailleurs ? Qu’est-ce qui lui est arrivé pour qu’on m’appelle en urgence ? »
Aucun des cyborgs ne répondit. À la place, la limace chuinta une nouvelle fois.
« Vous n’avez pas besoin de poser tant de questions, traduisit le garde interprète.
— Vous inquiétez pas, j’ai compris, va. Il a dû finir à voguer indéfiniment jusqu’à ce qu’il rencontre une mort lente et douloureuse… Bon, l’est où le tableau de contrôle ? »
Le garde indiqua une trappe au sol, au pied du divan du terrible Timorax, parrain de la pègre intergalactique, une simple petite limace qui fait pourtant sa loi sur la moitié du système sidéral et fait trembler l’autre.
Sam n’avait pas envie de mettre à quatre pattes devant cet avorton, mais elle n’avait pas le choix. Les sorties extravéhiculaires sans combi n’avaient jamais été son kink.
Sam avait la tête plongée dans la trappe de visite. Elle ne se faisait pas d’illusions sur la suite de l’histoire. Qu’elle réussisse ou non, elle finirait mal. La limace ne la laisserait pas partir saine et sauve en risquant qu’elle raconte ce qu’elle avait vu. Que penserait le reste des sbires de la mafia s’ils découvraient tous qu’ils étaient dirigés par un extra-terrestre qui s’approchait plus de l’escargot sans carapace plutôt que de Jabba le Forestier ?
Elle réfléchissait à la manière de s’en sortir, sans trouver d’idée géniale, tout en naviguant dans le programme qui gérait le divan de Timorax et gérait la représentation holographique.
Au bout d’un moment, l’un des gardes lui posa la main sur l’épaule et la souleva pour la remettre sur pied.
« Oh là ! Tout doux, mon lapin. Tu sais que je suis fragile, moi !
— Le puissant Timorax s’impatiente !
— Je comprends, ouais, mais le problème c’est que les gallipeurs sont grillés. Je sais pas depuis combien de temps on vous a installé le bousin, mais j’imagine que de toute façon, ils étaient pas garantis. Là, comme ça, je peux rien faire de plus. Il va falloir commander les pièces. »
Le puissant Timorax parla. Le garde traduisit simplement en attrapant Sam par le col.
« Wow ! Tout doux. J’y suis pour rien moi, si on vous a refourgué de la camelote, j’essaie juste de vous faire un travail propre, moi.
— Le puissant Timorax doit recevoir des invités très bientôt. Le système doit être réparé.
— D’accord, d’accord. J’ai bien une idée, mais c’est du temporaire, hein ! »
Le cyborg lâcha Sam qui replongea la tête dans la trappe, une énorme clef à molette à la main. Elle tapa de-ci, de-là, débrancha puis rebrancha quelques nappes. L’hologramme reparut, englobant le canapé de Timorax et la trappe de Sam. Ne dépassait du menton de l’hologramme de limace géante que les fesses de la mécano. Les deux gardes restaient à leur place. S’ils avaient ressenti des émotions, ç’aurait sûrement de la joie et de la fierté de retrouver leur grand chef.
Sam se releva disparaissant totalement dans l’hologramme.
Elle regarda la limace.
« On se sent mieux ? »
Le puissant Timorax répondit sûrement quelque chose, suivant le bruit suraigu que Sam entendit. Elle repositionna la trappe, ramassa sa caisse à outils et regarda à nouveau Timorax qui avait l’air de dire quelque chose. Elle l’attrapa du bout des doigts, dégoûtée par le toucher gluant de cette limace.
« Oups, fit Sam, faussement embêtée. Je crois que j’ai désactivé ta bulle de protection en réparant l’hologramme. Tant pis ! »
Elle lâcha le puissant Timorax qui tomba sur le sol froid, et elle l’écrasa avec sa grosse chaussure de sécurité. L’éclaboussure en sortit à plusieurs endroits en de longues traînées poisseuses.
Sam n’avait pas réfléchi, mais d’un simple mouvement, elle venait de débarrasser l’univers de la limace la plus dangereuse qui fût, et elle venait de signer son propre arrêt de mort quand les cyborgs se rendraient compte. Elle rouvrit la trappe, réactiva la protection du canapé et s’assit dessus.
Elle devenait le nouveau parrain de la pègre intergalactique. Mais qui s’en rendrait compte ? L’hologramme fonctionnait à présent.
Sa description n’avait aucun rapport avec la réalité.