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« Je me suis précipité dans la rue, toujours en pyjama. »
Le policier notait la déclaration de l’homme sur son calepin.
« Et ensuite ? demanda-t-il d’une voix monocorde.
— Je ne sais pas. J’ai regardé partout pour essayer de voir quelque chose, je ne sais pas quoi. Quand je me suis rendu compte que les voisins me regardaient du coin de leurs fenêtres, derrière leurs rideaux, je me suis dit qu’ils devaient me prendre pour un fou. Alors, je suis rentré.
— Mmh, mmh. D’accord, mais avez-vous une idée si quelque chose vous a effectivement été volé ?
— Je… Je ne sais pas ! Je n’ai pas eu le temps de faire le tour complet de la maison. Il n’y a plus rien à sa place, comment voulez-vous que je le sache du premier coup d’œil ? »
Le policier leva le nez de son calepin pour jeter à la victime un regard indiquant qu’il n’appréciait pas son ton.
« Pardon, je suis désolé, monsieur l’inspecteur, reprit l’homme. Je suis sur les nerfs, mais comprenez-moi. Quelqu’un s’est introduit chez nous, sans que nous nous en rendions compte, il a eu le temps de s’occuper de toutes les pièces du rez-de-chaussée avant de repartir. Et ni ma femme ni moi n’avons entendu quoi que ce soit. Je ne sais pas si nous pourrons encore dormir ici. Je me sens tellement dépossédé de mon intimité. Je ne vous parle pas de ma femme…
— Justement, où est-elle ? J’aimerais bien l’interroger aussi.
— Elle est partie travailler. Elle avait besoin de changer d’air.
— Il me faudra l’adresse de son lieu de travail.
— Bien entendu… Mais vous allez faire venir quelqu’un, hein ? Les scientifiques, pour le relevé d’empreintes digitales et d’autres indices ?
— Je peux pas vous dire, c’est pas moi qui décide. Ils ont beaucoup de boulot, en général, ils sont surtout sur les assassinats, les trucs comme ça.
— Ah, oui, évidemment. »
L’homme masquait mal sa déception.
« Donc, reprit le policier, si j’ai bien tout noté, vous vous êtes levé ce matin à 6 h 08, comme tous les matins.
— Oui.
— Vous êtes descendu par les escaliers, ajouta le policier en les montrant avec son stylo, sans lever la tête. Et c’est à ce moment que vous vous êtes rendu compte que votre maison avait été visitée.
— Cambriolée, oui.
— Vous êtes allés au salon, puis à la salle à manger, à la cuisine et à la buanderie, pour confirmer que tout le rez-de-chaussée de la maison était dans le même état, puis vous êtes sorti en pyjama, sans vraiment savoir pourquoi.
— Oui, c’est ça.
— Écoutez, monsieur. Je crois que j’ai tout ce qu’il me faut pour faire la déposition préalable. Il faudra venir d’ici deux jours pour la signer. Par contre, je vous avoue que je ne sais pas trop s’il y aura des suites.
— Mais pourquoi ? s’offusqua la victime. Avez-vous l’impression que nous n’avons pas suffisamment souffert dans cette épreuve ?
— Je ne fais que vous prévenir. C’est pas moi qui décide, vous savez. Vous n’avez rien d’autre à ajouter ?
— Ah ! Si ! »
L’homme venait de lever les sourcils, comme si la mémoire lui était revenue, il courut dans la cuisine et revint avec une feuille de papier qu’il tenait avec une pince de service.
« Pour les empreintes, vous compren… nez… »
Le policier venait de prendre la feuille sans précautions particulières. Il la lut, regarda la victime, relut la feuille, dévisagea une nouvelle fois l’homme en face de lui.
« C’est une blague, finit-il par demander.
— Absolument pas !
— Écoutez, je retourne au poste. Je crois que j’ai perdu assez de temps avec cette histoire ! »
Le policier rendit la feuille à l’homme en lui plaquant contre la poitrine, la froissant légèrement de colère, puis il quitta cette maison de fous.
La victime resta là un moment encore, sans comprendre l’attitude du policier. Il décolla la feuille de lui et la relut.
« C’était trop le bordel chez vous, c’était pas possible. Vous me faites pitié. J’ai rien volé, j’ai juste rangé. Bande de losers ! »
Bande de losers !!