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« Il faut qu’on parle. »
C’était très laconique de la part de Damien qui était plutôt habitué à des messages-fleuves.
Hélèna n’avait pas encore bien compris ce qu’il se passait quand un second message arriva : « appelle-moi dès que tu as un moment stp ».
La photographe resta un moment à regarder son écran en réfléchissant à ce que voulait dire son ex. « Il faut qu’on parle » était le genre de phrase qu’on recevait quand l’autre voulait rompre ou annoncer qu’il vous avait trompée, mais Hélèna avait déjà quitté Damien et elle se fichait d’apprendre qu’il avait pu aller voir ailleurs pendant qu’ils étaient ensemble, surtout qu’elle doutait vraiment que ce fût son genre. Pourtant, le ton employé dans ces messages, ou plutôt le ton qu’elle leur imputait, l’inquiétait quelque peu.
Elle approcha de l’icône d’appel en haut de son écran, mais s’arrêta avant d’appuyer dessus. Elle n’avait pas envie de lui parler. Elle n’avait pas envie de savoir ce que voulait dire ce message. Elle ne voulait pas lui donner l’impression qu’elle n’attendait qu’un message de sa part pour le rappeler, aux abois, alors qu’elle venait tout juste de conclure avec Éric. Elle n’avait envie de rien de tout ça. Pourtant, elle savait très bien que si elle ne le rappelait pas de suite, elle passerait tout le temps à penser à ces deux messages trop courts pour être clairs et qu’elle en deviendrait sinon folle au moins insupportable, et elle n’avait pas envie que son grimpeur la voie comme ça si tôt dans leur relation.
Elle pressa l’icône, le numéro de Damien s’afficha. La sonnerie retentit une fois. Deux fois. Hélèna se demanda s’il ne se fichait pas d’elle. Il ne devait pas être parti si loin de son téléphone. Elle ne comprenait pas qu’il n’eût pas déjà répondu.
Finalement, Damien décrocha au milieu de la troisième sonnerie.
« Salut Damien. Il y a quelque chose de grave ? demanda Hélèna sans plus de formalités, ne voulant pas y passer des heures.
— Je ne m’attendais pas à ce que tu rappelles aussi vite, répondit-il d’un timbre de voix qu’elle ne lui avait jamais connu.
— Rassure-moi, personne n’est mort ?
— Non. Non… C’est juste que je…
— Tu quoi ?
— Je viens d’apprendre quelque chose et… Il fallait que j’en parle avec toi.
— Ben, vas-y, s’impatienta la jeune femme.
— J’ai croisé Bruno, Bruno Lamy. Je ne sais pas si tu te souviens de lui. »
Hélèna se figea. Elle se souvenait parfaitement de Bruno. C’était une vague connaissance d’eux deux. Elle avait eu la mauvaise idée de coucher avec alors que cela faisait deux semaines qu’elle sortait avec Damien. Elle ne pouvait pas l’oublier, elle s’en était voulu un bon moment.
« Je lui ai appris que nous étions séparés, et il m’en a profité pour m’annoncer que tu avais couché avec alors que nous étions ensemble… »
Damien avait des trémolos dans la voix, il était clairement bouleversé par la nouvelle.
« C’est vrai, avoua Hélèna. C’était à une soirée, toi et moi c’était tout neuf, j’étais pas sûre que ça fonctionnerait, j’ai couché avec, j’ai immédiatement regretté, j’ai pas su comment te l’avouer, et au bout d’un moment j’ai préféré faire comme si ça n’était pas arrivé. Je suis désolée.
— Toute notre relation était basée sur un mensonge, Hélèna, tu te rends compte ? J’ai l’impression d’avoir été trahi ! »
On aurait dit que le jeune homme au bout du fil pleurait. La photographe se sentait mal. Elle ne l’avait jamais connu dans un tel état, même quand ils avaient rompu. Peut-être parce qu’il avait toujours gardé espoir de la reconquérir ? Elle n’était sûre de rien. Mais là, il avait l’air mal en point.
« Je suis désolée, vraiment. Je suis désolée d’avoir fait ça, je l’ai regretté de suite. Je suis désolée de te l’avoir menti tout ce temps, j’aurais dû t’en parler de suite. Je suis désolée que tu l’apprennes comme ça…
— Moi aussi, je suis désolé, je suis désolé de t’avoir fait confiance aveuglément. Je n’aurais jamais pu te regarder dans les yeux et me dire tout ce que tu m’as dit si je n’avais fait que flirter avec une autre fille. »
Il était blessé, Hélèna s’en rendait compte, mais elle perdait patience.
« Écoute, Damien. Je suis sincèrement désolée, mais toi et moi, c’est fini depuis un moment dans tous les cas, alors je vais pas rester là à attendre que tu encaisses la nouvelle. Si c’est tout ce que tu voulais me dire, je vais te laisser, j’ai encore du travail. Salut ! »
Elle raccrocha sans même lui laisser le temps de répondre. Elle était énervée de la manière dont il venait presque l’accuser alors qu’ils n’étaient plus ensemble depuis si longtemps !
Hélèna sortit de sa chambre, elle allait descendre au sous-sol pour discuter avec Éric, mais elle s’arrêta en plein couloir, se rendant bien compte qu’elle serait désagréable avec le pauvre homme alors qu’il n’y était pour rien et qu’il ne comprendrait pas.
Éric sortit des escaliers pour apparaître dans le couloir. Il la regarda et vit immédiatement la mine contrite de la photographe.
« Quelque chose ne va pas ?… Hélèna ? » l’appela-t-il après quelques secondes qu’elle avait passées à le regarder sans répondre.
La jeune femme avait envie de lui dire que son ex était un idiot, mais elle n’avait pas envie de laisser entendre qu’elle avait encore des contacts avec lui, elle n’avait pas envie de lui raconter pourquoi son ex venait de l’appeler et donner l’impression qu’elle était une femme volage alors qu’elle savait qu’elle ne referait plus jamais cette erreur, elle n’avait pas envie de lui parler de tout ça, mais si elle restait là, il faudrait lui répondre. Hélèna se retourna sans un mot et se précipita dans sa chambre et s’y enferma.
Elle se jeta sur son lit et hurla dans son oreiller, en colère contre Damien qui risquait de tout ficher par terre au pire moment.
On frappa à la porte.
« Hélèna ? Qu’est-ce qui ne va pas ? J’espère que ce n’est pas moi qui ai fait quelque chose…
— Laisse-moi tranquille », cria Hélèna à travers la porte.