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Le financement des services de santé est désormais de nouveau à l’ordre du jour politique.
C’est bon pour les affaires.
Moi, je suis ambulancier. C’est un boulot contraignant. Ça paye pas beaucoup. Ça paye toujours plus quand t’es ton propre patron. C’est pour ça que je me suis mis à mon compte il y a trois ans. Au début, j’ai vraiment galéré. C’est un peu une mafia le milieu, tout le monde se connaît et quelques grosses boîtes se partagent le marché. Donc quand j’ai claqué la porte de celle où je bossais pour monter la mienne, mon patron m’a gentiment fait comprendre que je me planterais et que je reviendrais la queue entre les jambes au bout de six mois, et qu’il ferait tout pour que ça arrive comme ça.
J’aurais pu lui foutre mon poing dans la gueule, ce jour-là. J’ai préféré crever les pneus de quelques-unes de ses bagnoles. Ça n’a pas aidé pour me faire apprécier dans le milieu.
Mais c’est aussi ce qui m’a poussé à me battre, pas littéralement, hein, pour arriver à décrocher des courses. J’ai fait de la pub, j’ai laissé des cartes de visite dans les boîtes aux lettres, des flyers dans les EHPAD, j’ai fait des shorts sur YouTube, mais ça n’a pas vraiment aidé.
Et puis un jour, j’ai eu une idée, l’idée de génie.
Depuis, c’est la folie, j’enchaîne course sur course, mon téléphone n’arrête pas de sonner, c’en est limite trop.
J’en reviens pas que ça marche aussi. C’est à se demander comment personne n’y a pensé avant.
J’ai eu l’illumination un matin. J’attendais qu’on m’appelle. Je tournais en rond chez moi. Mon téléphone sonne. C’est mon petit frère, quatorze ans, le branleur de base. Il a pas l’habitude de m’appeler et me hurle dans l’oreille dès que je décroche. Il est en panique, ce qu’il dit est pas super clair. Finalement, j’arrive à comprendre. Cet idiot fonçait sur sa trottinette électrique sur un trottoir en regardant son téléphone plutôt que la route et est arrivé de ce qui devait arriver : il percute quelqu’un, il tombe, fait une roulade, plus de peur que de mal. Mais quand il se relève, il voit que c’est un vieux qu’il a tapé. Le papi est toujours par terre et gémis de douleur. Heureusement, mon frère se barre pas comme un voleur (je lui aurais arraché la tête sinon), il va voir le vieux pour juger de son état, et m’appelle par qu’il sait pas quoi faire.
J’ai rien d’autre à faire, donc je déboule vite fait. J’embarque le vieux à l’hosto, directement aux urgences. Là-bas, on me fait remplir de la paperasse. Je repars à ma routine de galère.
J’y pense plus pendant quelques jours, jusqu’à ce que je reçoive un paiement de la sécu pour lequel je n’arrive pas à trouver l’origine. D’abord, je comprends pas, je me dis qu’il y a une erreur, et finalement je comprends qu’il s’agit de la course que j’ai faite pour le papi.
C’est là que j’ai l’illumination.
Depuis, j’ai quelques ados qui sillonnent la ville pour moi, à trottinette, prêts à percuter n’importe quel petit vieux ou n’importe quelle petite vieille, pour me permettre de les amener aux urgences. Ça me fait des premiers contacts, ensuite, ces gens ont toujours besoin d’un ambulancier pour un rendez-vous de contrôle ou quoi. Comme je suis sympa, ils me rappellent. J’ai jamais eu autant de clients.
Et avec le financement des services de santé de nouveau à l’ordre du jour politique, je pense que c’est parti pour durer. J’en suis presque à me demander si je vais pas embaucher quelqu’un pour m’aider à tout gérer !