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Il était près de 19 heures. Hélèna attendait sur le divan du salon, la télé allumée, mais sans la regarder.
Elle était sortie de sa chambre au bout d’une heure, toujours énervée contre Damien, mais surtout honteuse de la manière dont elle avait rabroué Éric. Il n’y était pour rien et ne méritait pas le traitement qu’elle lui avait donné.
Elle était prête à s’excuser et lui donner quelques explications, mais sans trop rentrer dans les détails non plus. Hélèna eut beau faire le tour de la maison, elle ne trouva pas son grimpeur. Elle finit par regarder par la fenêtre et vit que la vieille Twingo n’était plus là. Échaudé, le sportif avait dû préférer aller prendre l’air. Elle pouvait le comprendre.
Depuis, la photographe attendait sur le canapé qu’il rentre, se levant parfois pour… elle ne savait pas trop quoi faire, mais avait l’urgente envie d’agir, puis se rasseyant quand elle se rendait compte qu’elle ne pouvait rien faire. Elle n’allait quand même pas le harceler de messages, alors qu’il était parti à cause d’elle. Elle devait lui laisser du temps. Et puis, elle avait éteint son téléphone pour ne pas recevoir de messages de Damien. La jeune femme ne voulait pas s’énerver à nouveau.
Éric passa enfin la porte. Hélèna bondit du canapé pour l’accueillir. Elle aurait voulu lui sauter au cou et l’embrasser avec force, mais elle préféra rester à distance, timide presque.
« Ça va ? demanda-t-elle, n’osant pas le regarder dans les yeux.
— Moi, oui. C’est plutôt toi qui devrais me dire si ça va ?
— Oui, ça va mieux. Je suis désolée pour tout à l’heure. Je ne voulais pas être si méchante ou quoi. J’ai eu un appel qui m’a un peu bouleversée. Je ne voulais pas t’embêter avec ça, mais je n’ai pas réussi à gérer mes émotions comme il faut et tu as…
— Oui, j’en ai pris pour mon grade, un peu gratuitement.
— Je suis désolée, vraiment.
— Ce n’est pas trop grave, j’espère…
— Non, personne n’est mort ni à l’hôpital, si c’est ce que tu veux dire. »
Éric ouvrit les bras. Hélèna s’y blottit avec plaisir. Il sentait la bière et le parfum.
« Tu es parti marcher en montagne ? s’étonna Hélèna.
— Non, pas avec ce temps. J’ai préféré aller passer ma frustration en ville. J’ai fini au café, avec de vieilles connaissances.
— Tu as faim ? demanda la photographe avec entrain. Je vais te préparer quelque chose ! »
Ils passèrent la soirée lovés l’un contre l’autre sur le canapé, devant un film, sans vraiment le regarder, profitant simplement de la présence de l’autre.
Au moment de monter se coucher, ils hésitèrent un instant. Dormir chacun dans sa chambre ou ensemble ? En haut des escaliers, chacun devait s’éloigner, pour rejoindre ses quartiers. Ils hésitèrent un instant, puis Hélèna bougea la première. Elle préférait laisser un peu d’espace à Éric, de peur de l’étouffer. Elle aurait quand même bien aimé qu’il ait un geste pour la retenir, une manière lui montrer qu’il ne lui en voulait pas.
La photographe fit un pas, lent, plein d’espoir muet, puis un notre, déçu. Elle allait faire le troisième et abandonner définitivement l’idée d’être près d’Éric quand celui-ci lui attrapa la main pour l’arrêter et l’attirer à lui. Il l’embrassa en même temps.
Les deux amants se réveillèrent au son du téléphone d’Éric qui sonna beaucoup trop tôt au goût d’Hélèna. Le sportif se glissa hors du lit et laissa la belle continuer à profiter de la nuit. Il la réveilla beaucoup plus tard, après une petite séance de course sur le tapis au sous-sol, en remontant prendre sa douche. Hélèna hésita à le rejoindre, mais préféra retourner dans sa chambre pour se préparer de son côté.
Ils prenaient leur petit-déjeuner quand le téléphone d’Hélèna sonna. Elle avait fini par le rallumer dans sa chambre pour supprimer toute notification éventuelle de message ou d’appel de Damien, mais elle n’en eut pas besoin, puisqu’il avait eu la délicatesse de ne pas essayer continuer la discussion. Non, ce matin, c’était son patron qui l’appelait.
Hélèna soupira, elle n’aimait pas lui parler, mais elle se doutait que ce serait pour discuter des photos qu’elle avait envoyées, hier.
Son patron échangea les politesses d’usage, posa des questions desquelles il n’écouta pas les réponses, puis après un temps poliment suffisant, il aborda le sujet des photos. Le portable d’Éric sonna à son tour. Il articula silencieusement « Danny » avant de s’éloigner pour ne pas rendre les discussions incompréhensibles.
« C’est pas mal ce que vous nous avez envoyé hier.
— Contente que ça vous plaise. Mais ce n’est que le début, ajouta Hélèna pleine d’assurance.
— Je ne vous le fais pas dire. J’ai eu Danny Martinet au téléphone, hier soir.
— L’agent d’Éric ?
— Oui, nous avons vu quelques idées intéressantes. Surtout les photos avec sa partenaire. Il faut en faire plus des comme ça. Ça va bien se vendre. Il m’a dit qu’il allait en parler à son poulain pour lui donner des directives à ce propos. Moi, je voulais surtout vous dire que j’étais content de vous. Continuez comme ça, surtout ! »
Hélèna bredouilla un remerciement avant que son patron ne lui raccroche presque au nez. La photographe était sonnée parce qu’il lui avait dit. Elle resta là un instant, assise à l’îlot de la cuisine, le regard dans le vide, jusqu’à ce qu’elle entende Éric s’énerver contre son manager.
« Tu te fous de moi ? … C’est hors de question ! … Tu imagines pour quoi je vais passer, moi ? … Je… »
Le sportif raccrocha, visiblement excédé. Hélèna ne préféra pas lui poser de questions quand il revint à côté d’elle. Il but d’une traite son mug de café refroidi, réfléchit un moment, le regard fixé dans le vide face à lui, puis se tourna enfin vers Hélèna.
« Il a demandé à Lisa de continuer à venir s’entraîner avec moi, pour que tu nous prennes encore en photo ensemble. Il a envoyé tes photos à des magazines en nous faisant passer pour un couple ! »