969 mots
Le groupe marchait en file indienne, Lisa en tête. Éric, juste derrière, et Hélèna qui fermait la marche, étaient maussades. Les plans que le manager du sportif et le patron de la photographe avaient manigancés dans leur coin ne leur plaisaient pas. C’était un euphémisme.
Éric avait à peine desserré les mâchoires depuis qu’il avait raccroché au nez de Danny. Hélèna avait l’impression d’être sonnée, plus vraiment au contrôle de son corps. Elle avançait machinalement. Seule Lisa semblait heureuse de la situation. Elle gambadait presque sur le sentier, un sourire radieux et inamovible sur le visage.
Éric restait distant, il ne voulait pas dévoiler le secret de leur relation naissante à cette femme qui était pourtant une amie d’enfance. Hélèna préférait cela.
Elle se voyait pousser la casse-pied du haut d’un ravin pour s’en débarrasser et pouvoir profiter tranquillement de son grimpeur. Quand elle n’imaginait pas le sort qu’elle aurait aimé réservé à Lisa, Hélèna s’imaginait faire son affaire à Danny, le manager qui donnait plus l’impression de vendre son poulain aux torchons à potins qu’à des magazines de sport, comme il aurait dû. Hélèna était presque dégoûtée qu’on utilise ses photos pour de vulgaires images de paparazzis.
Elle secouait la tête régulièrement pour éloigner ses mauvaises pensées, mais elle trouvait toujours le moyen de revenir. Quand le sportif se hasardait à lui lancer un regard pour voir si elle suivait, la photographe avait bien l’impression qu’il partageait les mêmes idées qu’elle. Au moins pour son manager.
Ils marchèrent une bonne heure avant de s’arrêter au bord d’un lac. L’endroit était, comme tous les endroits où ils allaient dans la région, magnifique. Les montagnes alentour se détachaient particulièrement bien. Le bas de la vallée était rempli d’une épaisse couche de nuage qui ressemblait à un lac de coton gris. Au-dessus de leur tête, le ciel bleu, immaculé.
Lisa se mit en tenue sans attendre. Éric lança à Hélèna un regard qui avait l’air de dire : « désolé, je n’ai pas envie, mais je n’ai pas vraiment le choix. »
La photographe répondit par un sourire compatissant.
Ils passèrent la fin de matinée et le début de l’après-midi à grimper de manière tendre et complice, pour Lisa, qui n’avait pas l’air de se forcer trop pour jouer la comédie, et Éric, qui avait plus de mal à esquisser un sourire ; à les prendre en photo pour Hélèna, qui avait envie de mordre dès que Lisa se collait un peu trop au sportif.
Quand vint l’heure de redescendre, Lisa attrapa le bras d’Éric et ne le lâcha plus. Il aurait bien aimé s’en défaire, mais il se sentait obligé de jouer le jeu. Hélèna le comprit et continua de shooter le couple.
Une fois au chalet, Lisa insista pour pouvoir rester là jusqu’à la fin de la semaine.
« Ce sera plus simple pour moi, surtout si nous devons partir plus loin. »
Hélèna l’aurait étranglée avec la sangle de son appareil.
Mais elle s’abstint.
Éric ne trouva pas de raison logique à lui refuser de rester. Il y avait encore plusieurs chambres libres.
Les trois se retrouvèrent au sous-sol pour profiter du sauna et du bain bouillonnant. Lisa était encore une fois la première arrivée. Éric et Hélèna profitèrent de l’instant de répit pour discuter dans le couloir.
« Je suis désolé, chuchota Éric.
— Tu n’y es pour rien, même si ça ne m’enchante pas non plus. Il n’y a plus qu’à faire semblant le temps qu’elle se lasse. »
Éric soupira lourdement, peu convaincu que cela arriverait rapidement, embrassa la jeune femme, puis descendit au sous-sol. Hélèna attendit quelques minutes pour suivre.
Ils étaient dans le bain bouillonnant, tous les trois. Le bruit des bulles les obligeait à crier presque pour s’entendre, les poussant à limiter leur discussion au minimum. Cela ne gêna vraiment que Lisa, qui tenta de parler plusieurs fois, mais ne reçut que des réponses monosyllabiques.
Au bout d’un moment, elle sortit du jacuzzi.
« Qui vient avec moi au sauna ? demanda-t-elle pendant qu’elle dégrafait le soutien-gorge de son maillot de bain.
— Tu ne vas pas te déshabiller pour y aller, quand même ? protesta Éric.
— Eh quoi, tu m’as déjà vue toute nue, non ?
— On avait 5 ans ! Il y a prescription !
— Et cette soirée, le bal à machin, on a fini à se baigner à poil dans la rivière. On n’avait pas 5 ans, là, on en avait plutôt 17, 18, il me semble.
— Je peux pas dire, je ne me souviens de rien de cette soirée ni du lendemain, tellement j’étais bourré.
— Bon, OK ! concéda Lisa en raccrochant son soutien-gorge. Mais vous venez, alors !
— Je passe mon tour ! répondit Éric, sans attendre. Je vais me doucher vite fait dans ma chambre et je vais commencer à préparer à manger. Je meurs de faim.
— Je vais rester dans le bain, répondit à son tour Hélèna. Je n’aime pas trop la chaleur. »
Lisa soupira, dépitée par ses deux compagnons, puis entra dans la petite boîte surchauffée. Hélèna aurait bien voulu décamper et rejoindre Éric, mais elle savait que cela serait suspect et qu’elle n’en aurait pas assez de temps pour en profiter. Elle sortit quand même du jacuzzi au bout quelques minutes, comme elle commençait à s’ennuyer.
Elle se séchait avant de remonter quand Lisa sortit à son tour du sauna.
« Ah ! Ça fait du bien ! dit-elle, incapable de rester dans une pièce silencieuse. Tu crois que j’ai pas compris ton manège avec Éric ? dit-elle finalement avec un air suspicieux. Mais je te préviens, il est à moi. Tu peux coucher avec si tu veux, mais n’espère rien de plus. De toute façon, et grâce à toi en plus, tout le monde saura que nous sommes ensemble, lui et moi. »
Lisa sourit faussement avant de s’en aller, laissant Hélèna choquée.