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Hélèna resta un long moment, là, sonnée.
Elle n’arrivait pas à croire à la manière désinvolte et carnassière avec laquelle Lisa lui avait lancé ce qui avait tout l’air d’une menace.
Éric se servait-il simplement d’elle ? Couchait-il avec toutes les femmes qu’il croisait ? Était-ce simplement un jeu pervers qu’il avait mis au point avec Lisa pour profiter d’elle ? Hélèna avait une boule au ventre en imaginant être aux prises avec deux psychopathes qui s’étaient joués d’elle et de ses sentiments.
Ce fut un frisson qui la tira de ses pensées. Elle était encore trempée et commençait à ressentir le froid en plus de ce sentiment insidieux d’insécurité.
En remontant vers sa chambre, les deux étaient dans la pièce de vie. Ils riaient ensemble. La photographe se demanda si c’était à son propos. Elle n’attendit pas de le découvrir et remonta dans sa chambre.
L’eau de la douche bouillante ruissela un bon moment sur son visage et son corps, mais elle ne suffit pas à emporter avec elle ce nœud qu’Hélèna ressentait au creux de l’estomac, au point d’en avoir envie de vomir.
Elle finit par sortir quand quelqu’un frappa à la porte de sa chambre. Éric l’appelait de l’autre côté pour la prévenir que le dîner était prêt.
« J’arrive ! » annonça Hélèna sans grande conviction.
Elle n’avait pas vraiment faim. Et l’idée de manger avec ces deux menteurs ne l’enchantait guère. Pourtant, quelque chose en elle la poussait à espérer qu’elle se trompait, au moins à propos d’Éric.
Dans la cuisine, Lisa lui avait pris le tabouret qu’elle utilisait depuis le premier. Même ça, cette garce ne pouvait s’empêcher de le lui piquer. Mais Hélèna ne lui ferait pas le plaisir de lui montrait que ça lui importait. Elle se retrouva à l’autre bout de l’îlot.
Heureusement, Éric s’assit entre elles deux. Malheureusement, il fut accaparé par son ami d’enfance qui parlait trop, racontait toujours des anecdotes de leur jeunesse, montrant bien implicitement à Hélèna qu’elle ne faisait pas partie du cercle et qu’elle n’en ferait jamais partie. Éric ne parlait pas beaucoup, difficile de savoir si c’était parce qu’il n’en avait pas l’envie ou simplement pas l’espace pour le faire.
Sitôt le repas fini, Lisa se jeta sur le canapé sans ménagement.
« Éric a fait à manger et moi, je l’ai aidé. Hélèna, je te laisse débarrasser pour équilibrer la répartition des tâches. »
La photographe y vit un nouveau coup de couteau dans le dos, mais ne put protester, sur le principe, elle était d’accord. Elle aurait simplement préféré que ce fût le propriétaire des lieux qui lui demande ça. Et sur un ton plus amical.
La photographe ne sut pas si elle l’imagina ou si elle l’avait bien vu, mais elle aurait juré voir Éric lever les yeux au ciel en entendant son ami d’enfance. Il eut la gentillesse d’aider Hélèna à tout ranger et nettoyer, avant d’aller lui aussi s’asseoir dans la partie salon.
Ils échangèrent quelques mots gentiment méchants, les mêmes que les bons potes se balancent parce que, trop intimes, ça deviendrait trop bizarre d’être gentil. Hélèna se posa encore des questions. Même si ce qu’il y avait entre le grimpeur et elle, comment arriveraient-ils à construire quelque chose de sérieux avec une telle femme autour d’eux ? Elle se sentit une nouvelle fois écrasée par une montagne de sentiments négatifs. Mais elle ne voulait pas céder devant Lisa. Elle ne voulait pas lui laisser croire qu’elle avait réussi à la décourager avec une simple attaque.
Hélèna se joignit à eux en s’asseyant dans un fauteuil. Ils prirent un film en cours de route. Éric et Lisa faisaient des commentaires à tour de rôle. Finalement, au bout d’un moment, Hélèna n’y tint plus et se leva.
« Je suis fatiguée, je vais me coucher », annonça-t-elle simplement.
Lisa ne lui répondit même pas. Éric lui jeta un regard qu’il voulut sûrement compatissant, mais qui sembla simplement vide.
Hélèna montait les escaliers quand elle entendit le sportif annoncer que lui aussi allait dormir. Elle eut un moment d’apaisement. Enfin, il arrivait à se libérer de la présence de Lisa pour se rapprocher d’elle. Elle allait enfin pouvoir lui dire ce que cette peste lui avait envoyé au visage. L’instant de répit fut court, car la télé se tut immédiatement après.
« Je vais pas rester en bas toute seule. Moi aussi, je vais aller me mettre au lit ! » annonça-t-elle.
Hélèna aurait eu envie de lui mettre son poing au milieu de la figure, mais elle serra les dents et continua de monter, puis se dirigea jusqu’à sa chambre pour s’y enfermer.
Elle resta un instant contre la porte, essayant d’entendre ce qu’il se passait dans le couloir. Elle entendit les pas sur le plancher, Lisa avait pris la chambre pile en face de celle d’Éric, à l’autre bout de celle d’Hélèna.
« Tu ne me fais pas un petit bisou pour m’aider à dormir ? demanda cette catin.
— Bonne nuit, Lisa ! » répondit sèchement Éric, avant de claquer la porte de sa chambre.
Curieuse de confirmer ce qu’elle avait entendu, Hélèna ressortit de sa chambre. Lisa restait là, seule, devant la porte de sa chambre, face à celle d’Éric. Elle lança vivement un regard noir à Hélèna.
« Je crois que j’ai oublié mon téléphone en bas. »
La mine de Lisa, contrariée par le revers qu’elle venait de prendre, mit du baume au cœur d’Hélèna. Tout n’était peut-être pas perdu.