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« Des restes humains ont été retrouvés sous le plancher. »

Tout le monde se figea et fixa Louis qui continuait d’avancer dans la maison en ruine. Il s’arrêta bientôt lui aussi et se retourna vers ses amis.

« Vous n’étiez pas au courant ? C’est mon père qui me l’a dit. C’est justement pour ça qu’il m’a interdit de venir ici. »

Le père de Louis était policier municipal dans cette petite ville.

« Mes parents m’ont toujours interdit de venir sans jamais me dire pourquoi, répondit Léa. Juste que c’est dangereux.

— Moi, c’est pareil, renchérit Gabin.

— En même temps, qui aurait envie de visite cette baraque décrépie ? intervint Chloé.

— Ben, toi ! lui répondit Enzo, moqueur. Sinon tu ne serais pas là. »

En ville, c’était le soir du grand bal de la Saint-Jean, le bal annuel de la ville pour fêter la fin de l’année scolaire et l’arrivée de l’été. Les cinq gamins en avaient profité pour s’éclipser vers l’extérieur de l’agglomération et enfin pouvoir visiter la maison hantée. C’était une belle maison de maître d’au moins 100 ans, deux étages, un style vieillot décrépi, un terrain plus grand que le parc au milieu de la ville. Mais tout était en friche. La maison était abandonnée. Aucun ne savait pourquoi, à part Louis.

Dans les années 80, la police y avait trouvé des restes humains. Cela faisait plus de vingt ans que le dernier propriétaire était mort et la maison vide. C’était un chien qui, après s’être enfui de chez lui, était revenu chez sa maîtresse, tout fier de lui, avec un fémur dans la gueule. Le pauvre animal avait cru trouver un trésor, on le lui avait immédiatement confisqué, sans compensation. Mais cela avait permis à la police de retrouver le corps de Nathalie Dufresnes, une jeune femme disparue quelques années plus tôt, à 17 ans.

L’affaire avait effrayé la population qui avait immédiatement associé le lieu à un danger immédiat et permanent. Ce qui avait pour effet d’attiser la curiosité de tous les adolescents en mal de sensations fortes. Une association s’était même formée pour demander la destruction de cette maison, qui était « dangereuse pour la jeunesse » et « dénaturait la beauté de la ville ». Il ne s’était rien passé. Quelque part, des héritiers dont personne ou presque n’avait jamais entendu parler refusaient qu’on touche à la propriété. Elle restait donc ainsi à pourrir sur place. Mais dans l’inconscient collectif de la plupart des gens, l’endroit était à éviter. Il conservait une aura de mystère qui intriguait toujours les plus téméraires des adolescents.

Louis, Léa, Gabin Chloé et Enzo avaient donc profité de ce que tous les adultes ou presque étaient occupés à danser sur des musiques ringardes et boire de la bière bon marché pour se réunir une dernière fois avant l’été et pour enfin visiter cette maison.

Ils étaient tous dans le collège de la ville et seraient bientôt séparés dans des lycées différents. Rien ne serait plus pareil. C’était un peu une tradition de visiter la maison avec ses meilleurs amis avant la séparation.

Dans le hall de la maison, le carrelage était poussiéreux au possible. Chacun éclairait avec la torche de son portable. Léa était dégoûtée parce que Louis venait de leur annoncer. Elle se demandait si elle serait venue en sachant ça avant.

« Et tu es sûr qu’on ne craint rien ? demanda-t-elle, timidement.

— On n’est jamais sûrs de rien, tu sais, répondit Louis avec son flegme habituel.

— Non, mais il va pas y avoir de…

— De quoi ? ricana Enzo. Tu crois qu’il y a un tueur qui nous attend à l’étage pour nous découper en morceaux et nous planter à notre tour sous le plancher ?

— Ou pire, renchérit Gabin. Qu’il y a des monstres cachés dans les recoins ! »

Chloé lui colla une baffe derrière la tête, sous le ricanement renforcé d’Enzo.

« Arrêtez de dire de la merde. Qu’est-ce que vous pouvez être cons, des fois ! Bon, on avance ? J’ai pas envie que nos darons découvrent qu’on n’est plus dans le coin.

— Ouais, c’est pas con, ça. »

Ils avancèrent encore et passèrent dans ce qui avait dû être le salon. La plupart des meubles avaient été volés, la cheminée démontée. Il ne restait qu’un fauteuil moisi à l’assise transpercée par un ressort rouillé et des cadres tombés au sol.

« Vous avez entendu ? » demanda soudain Léa.

Les autres se figèrent pour écouter dans le silence.

« Tu te fais des films », se moqua Louis.

Celui-ci allait repartir quand un bruit sourd retentit. Puis un autre.

Les cinq amis se regardèrent avec inquiétude.

« Les gars… ? » commença Léa, n’osant pas demander à partir, fatiguée de toujours être la peureuse du groupe.

Troisième boum.

« Je vais aller voir », lâcha Enzo, blasé.

Il voulait montrer qu’il n’avait pas peur.

Mais il bondit en arrière en poussant un cri de surprise suraigu quand une forme noire surgit d’une porte au bout de la pièce. Une autre silhouette sombre et informe entra par une porte qu’ils n’avaient pas vue.

Les cinq gamins hurlèrent de frayeur.

Gabin fut le premier à sortir du salon pour revenir dans le hall. Il cria de plus belle en voyant une autre de ces formes sombres. Elle tenait un couteau, prête à asséner de mortels coups. Une autre glissait dans les escaliers pour le rejoindre.

Gabin se précipita vers la porte d’entrée et courut hors de la maison. Les autres le suivirent sans réfléchir. Louis sortit le dernier, manqua une des marches du perron et s’étala sur l’allée recouverte de mauvaise herbe. Chloé l’aida à se relever.

Plusieurs de ces silhouettes étranges et dansantes sortirent sur les paliers extérieurs, rugissant et grognant, mais semblèrent bloquées là, incapables de s’éloigner du lieu qui était leur éternelle prison.

Gabin ne s’arrêta de courir qu’une fois sur la route principale. Léa et Enzo le rejoignirent bientôt. Ils attendirent hors d’haleine Chloé et Louis qui semblèrent mettre une éternité à arriver. Heureusement, ils les rejoignirent enfin à leur tour.

« Putain, c’était quoi ces trucs ? s’écria Louis.

— J’ai cru qu’on allait tous y passer, s’exclama Enzo sans répondre.

— Je sais pas ce que c’était, mais ça m’a bien fait flipper. Rentrons, avant qu’ils nous rattrapent ! À la salle des fêtes, on sera en sécurité ! » conclut Léa, qui semblait êtes celle qui gérait le mieux la situation.

Les cinq amis se dépêchèrent de revenir près de la foule et de la lumière, ne manquant pas de se retourne tous les trois pas, pour vérifier qu’ils n’étaient pas suivis.

– – –

Dans la maison, les silhouettes regagnèrent l’intérieur de la maison, grognant de colère. La porte claqua. Leur grognement se transforma en hoquet puis en rire tonitruant. L’un d’eux ôta sa capuche et son masque. Les autres l’imitèrent.

Il fallut quelques minutes aux parents de Louis, d’Enzo et d’autres enfants du collège pour réussir à calmer leur fou rire.

« Je suis déçue, dit enfin l’une des mamans. J’aurais cru qu’il leur faudrait un peu plus de temps avant de fuir, à ceux-là ! »

Chaque année, pendant le bal de la Saint-Jean, des gamins de 3e allaient visiter la maison hantée. Chaque année, des parents se dévouaient pour jouer les monstres.

« Chut ! Remettez-vous en place ! J’en entends d’autres qui arrivent ! »