1028 mots
Dans le métro bondé, Hélèna avait réussi à se dégoter une place assise. Elle était engoncée entre un bonhomme large et la vitre froide. L’horizon bouché de ce tunnel sombre lui faisait penser à sa vie à ce moment.
Lire la suite30 mardi Juin 2026
1028 mots
Dans le métro bondé, Hélèna avait réussi à se dégoter une place assise. Elle était engoncée entre un bonhomme large et la vitre froide. L’horizon bouché de ce tunnel sombre lui faisait penser à sa vie à ce moment.
Lire la suite25 jeudi Juin 2026
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636 mots
Il n’avait aucun moyen d’échapper à ses dettes.
Depuis qu’il était revenu de son service militaire, Munch avait tout fait pour passer à autre chose. Il avait travaillé comme boucher, comme éboueur, comme gardien de dock orbital, comme guide, comme pilote pour des colonies de vacances spatiales.
Il n’avait jamais réussi à se poser, à trouver sa place.
Lire la suite23 mardi Juin 2026
975 mots
Éric conduisait silencieusement, mais vite. Heureusement moins qu’en montant, mais de manière clairement moins souple qu’à son habitude. Il était furieux et ne disait plus un mot.
Il n’ouvrit pas la bouche jusqu’à leur retour au chalet. Une fois arrivés, il dégaina immédiatement son portable et dit simplement à Hélèna : « Je dois appeler Danny ».
Lire la suite18 jeudi Juin 2026
889 mots
« Ne l’écoutez pas, il n’en sait rien. »
Corinne avait cette phrase un peu trop vite et sèchement pour ne pas attirer la suspicion de tous.
Rassemblés dans le jardin de Thierry et Corinne pour fêter avec eux leurs trente ans de mariage, les invités s’étaient tournés vers eux, surpris.
Lire la suite16 mardi Juin 2026
950 mots
Éric fonçait sur les petites routes sinueuses de montagne. Hélèna avait l’estomac qui dansait la gigue. Heureusement que le grimpeur ne roulait pas comme ça habituellement, elle aurait refusé de monter une seconde fois avec lui.
Au bout de vingt longues minutes à rouler à un rythme effréné sans échanger un mot, Hélèna trop inquiète et Éric concentré sur sa conduite, ils arrivèrent au parking qui donnait sur le sentier menant au spot pris en photo par Lisa.
Lire la suite11 jeudi Juin 2026
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2114 mots
Elle ressentit un soudain pincement de culpabilité.
Après avoir travaillé tant années pour Vigo, elle avait espéré tant de fois avoir l’occasion de le laisser tomber. Aujourd’hui, elle en avait la possibilité. Et de la pire des façons.
Elle voyait dans ses yeux, la détresse mâtinée de colère. Il était impuissant, c’était nouveau pour lui ; elle pouvait l’aider, mais ne le faisait pas.
Misa l’entendait penser : « après tout ce que j’ai fait pour toi ! »
Tout ce qu’il avait fait c’était de la piéger et de la garder captive pour lui faire faire ses sales besognes.
Voilà près de vingt ans qu’elle avait rencontré Vigo. À l’époque, Misa était une jeune femme au sortir de l’adolescence. Travailleuse acharnée à l’école, elle avait fini sa première année de médecine avec brio. Pendant les week-ends, elle travaillait comme bénévole dans un dispensaire. Elle y apprenait sur le terrain tout ce qu’elle pouvait, soignant ceux n’avaient pas le sou pour aller voir un médecin ni à l’hôpital. Le quartier dans lequel elle œuvrait était mal famé. Plusieurs fois, elle avait soigné des blessures par balle, des lacérations au couteau ou au tesson de bouteille. Elle était devenue une spécialiste des blessures de guerre, comme disaient les autres soignants, si bien qu’il les lui envoyait tous et que certains étaient prêts à attendre plusieurs heures pour être soignés par elle.
Puis un jour, une grosse voiture aux vitres fumées s’arrêta en trombe devant le dispensaire. Quatre hommes en sortirent qui en traînaient un cinquième. Ils entrèrent en hurlant, demandant où était Misa. La jeune femme qui s’occupait de l’accueil leur répondit qu’elle était en pleine conversation et que, de toute façon, ils allaient devoir attendre leur tour, la salle d’attente était bondée.
L’un des gars sortit un flingue et le braqua sur la jeune femme qui s’écarta simplement. Les patients dans la salle d’attente hurlèrent de peur. Les cris firent sortir les quelques soignants de leurs salles de consultations, Misa en tête. Elle avait déjà un fort caractère et avait suffisamment vu les effets délétères des armes à feu sur les gens du quartier pour laisser des cow-boys risquer d’aggraver la situation. Elle s’approcha d’eux d’un pas décidé.
« Qu’est-ce que vous voulez ?
— C’est toi Misa ?
— Qu’est-ce que vous voulez ? répéta la jeune femme, sans se démonter.
— Il faut soigner Vigo. »
À l’époque, ce n’était encore qu’un adjoint d’adjoint dans la mafia locale, mais sur sa table d’opération, en train de souffrir le martyre, transpercé par trois tirs, il montrait déjà sa force de caractère et sa résistance à la douleur. Même s’il transpirait à grosses gouttes en serrant les dents, il ne geignait pas, ne se plaignait pas, ni disait rien. Il la scrutait simplement. Sur le moment, il avait dû se demander pourquoi on l’avait amené voir cette gamine pour le soigner alors qu’ils avaient tant de bons médecins à leur botte dans toute la ville. Malheureusement pour Misa, son dispensaire avait été l’endroit le plus proche. En un sens, Vigo avait eu de la chance que ses hommes viennent ici, plutôt que de chercher un de leurs docteurs habituels. Il serait mort, sinon. Une des balles était logée juste au-dessus de la rate, un centimètre plus bas, Vigo n’aurait pas vu la nuit tomber.
Misa s’était approchée avec ses ciseaux pour découper le costume hors de prix du blessé. Celui-ci lui avait attrapé le poignet avec une puissance encore impressionnante.
« Pas de conneries ! » avait-il simplement soufflé.
Misa avait travaillé plusieurs heures pour réussir à extraire les deux balles qui étaient restées logées dans le corps de Vigo. La première, la moins dangereuse s’était logée sous la clavicule, il en garderait une douleur et une mobilité réduite de ce bras, et l’autre, près de la rate, fut la plus compliquée à extraire, et nécessita une aide de plusieurs soignants du dispensaire.
Vigo à peine soigné, ses quatre hommes l’embarquèrent et disparurent.
Il repassa quelques jours plus tard pour la remercier.
« Le meilleur moyen de me remercier, lui cracha-t-elle au visage, serait d’arrêter les guerres de gangs et de laisser les gosses traîner avec des armes ! »
Vigo avait compris. Il n’était plus jamais venu la revoir.
Jusqu’à la dernière année de médecine. Misa n’avait plus le temps d’aller au dispensaire. Elle passait son temps entre l’hôpital et son petit appartement, à s’occuper de sa mère malade atteinte de la maladie de Barrett-Köhler, qui la rendait de plus en plus dépendante. Le traitement contre la maladie dégénérative coûtait extrêmement cher et, même Misa, avec son salaire plutôt confortable, commençait à avoir du mal à boucler les fins de mois.
Un soir où Misa sortait d’une garde plus éprouvante que les autres, elle s’était assise sur un banc devant l’hôpital, pour reprendre son souffle, ses esprits, le sens de la réalité, elle ne savait pas quoi, mais n’avait pas envie de retourner faire le garde-malade. Elle aimait sa mère de tout son cœur, mais se sentait dépassée et en avait assez de la voir décliner un peu plus chaque jour. Cela la faisait se remettre en question constamment. Comment pouvait-elle être une bonne médecin si elle n’était pas capable de soigner la personne la plus importante à ses yeux ?
Quelqu’un s’était assis à côté d’elle alors qu’elle avait la tête dans ses mains, à contempler le sol dans l’obscurité, à se battre contre la fatigue et ces questions néfastes. Misa se redressa pour voir qui était cette personne qui venait la déranger.
Misa ne reconnut pas Vigo immédiatement. Elle le dévisagea espérant mettre cet homme suffisamment mal à l’aise pour qu’il parte. Il la fixa en retour, sans rien dire.
Fatiguée de ce combat futile, Misa se leva pour enfin rentrer chez elle. L’homme l’attrapa par le poignet. C’est à cette poigne d’acier que la jeune femme reconnut Vigo, plus qu’à sa voix quand il l’appela.
« Tu m’as sauvé la vie, il y a longtemps.
— J’ai sauvé de nombreuses vies, éluda Misa.
— Je n’ai jamais eu l’occasion de te remercier. »
Misa le fixa. Elle ne voulait rien d’un type pareil.
« Je sais que ta maman est très malade. »
Elle serra la mâchoire.
« Je sais que son traitement est un poids énorme sur ton budget. »
Comment pouvait-il le savoir ? Elle n’en avait jamais parlé personne.
« Vous m’espionnez ? s’énerva Misa.
— Je t’aurais bien offert de l’argent pour te remercie de ce que tu as fait… continua Vigo, en montrant d’un geste circulaire de sa main gauche sa rate, mais je sais que tu refuseras.
— Vous essayez de m’acheter ?
— Rassieds-toi », dit calmement Vigo, tapotant délicatement le banc, regardant au loin.
Misa s’exécuta, impressionnée par son ton beaucoup trop calme.
« Quand tu m’as vu, il y a quelques années, je courais encore les rues, je n’ai qu’un homme de main. Maintenant, je suis le patron. Et j’ai besoin que de gens compétents travaillent, pour faire tourner le business, tu comprends. Et déjà à l’époque, tu étais compétente. Je ne veux pas t’acheter. Ce serait une insulte. Mais je suis prêt à te payer pour les interventions spéciales que je serais amené à te demander de prendre en charge. Je te l’assure, ça te permettrait de vivre beaucoup mieux. Tu n’aurais plus à t’inquiéter pour le paiement du traitement de ta mère, tu pourrais même engager quelqu’un pour s’occuper un peu d’elle. Ça te laissera un peu de temps pour vivre pour toi. »
Misa se dressa en disant un « jamais ! » ferme, puis partit en marchant droit devant elle, sans se retourner. Elle reconnut un peu plus loin un gros véhicule aux vitres fumées. Elle espéra simplement que les hommes de main de ce mafieux ne l’arrêteraient pas.
Pendant plusieurs jours, elle s’inquiéta d’être suivie, mais ne vit personne ni n’entendit plus parler de ce type, dont elle ne connaissait pas encore le nom.
Tout bascula quand, en rentrant chez elle, Misa trouva sa mère étalée par terre au milieu du salon. Elle était tombée de son fauteuil roulant pour attraper quelque chose peut-être, difficile à dire. Avec l’accumulation du stress et de la fatigue, elle avait oublié de racheter le traitement, pensant qu’il lui en restait encore quelques jours d’avance.
La pensée insidieuse de cette proposition lui revint en tête alors qu’elle remettait sa mère sur le fauteuil roulant et qu’elle regardait ses yeux dans le vague.
Misa pleura de rage, mais finit par descendre dans la rue et hurla de toute sa colère contre le sort et ce monde :
« Puisque vous me surveillez, venez ! J’accepte votre offre ! Venez ici ! »
La voiture aux vitres fumées avait déboulé dans la rue dans l’instant et freiné en faisant crisser les pneus devant la jeune femme. La porte s’était ouverte et quelqu’un lui ordonna de monter. Vigo n’était pas là, mais elle fut conduite à lui.
« Votre offre tient toujours ? demanda-t-elle sans préambule.
— Comment va votre maman ? demanda en retour Vigo. J’imagine que si vous avez changé d’avis, c’est qu’elle ne va pas très bien… Vous êtes donc prête à travailler pour moi ? finit-il par demander, face au mutisme soudain de Misa. Je vais prendre votre silence pour un oui. Je vais passer quelques appels pour vous fournir ce qu’il faut pour un mois. Ça arrivera avant le matin. Rentrez chez vous, vivez comme d’habitude, je m’occupe du reste. Je vous contacterai quand j’aurai besoin de vous. »
— — —
Misa avait passé les années suivantes à soigner des hommes de main de Vigo, blessures par balle, au couteau, au tesson de bouteille, rien de vraiment neuf ni compliqué. Sa mère avait reçu des traitements pendant deux années puis la maladie l’avait emportée. Misa avait voulu se défaire du contrat qui la liait à Vigo, mais il lui avait bien fait comprendre que si elle arrêtait, sa carrière s’arrêterait en même temps. Il avait suffisamment de dossiers sur elle pour qu’une dénonciation anonyme puisse malencontreusement atterrir sur le bureau de membres du conseil de l’hôpital ou de l’Ordre des médecins.
Misa prise au piège avait continué les basses besognes de Vigo.
Plusieurs fois, elle avait imaginé s’enfuir, loin, quitter la planète, changer de système solaire, mais pour aller où ?
— — —
Cela faisait plusieurs mois que Misa n’avait plus entendu parler de Vigo. Elle allait entrer au bloc pour une opération lourde quand elle reçut un message de Tante Ursula, le nom de code de son dispatcher de tâches. On lui ordonnait de se rendre de toute urgence dans un quartier à deux blocs de là. À la surprise générale, elle abandonna son poste, laissant les rênes de l’opération à son jeune interne, et partit là où on voulait l’envoyer.
Sur place, c’était un carnage. Un guet-apens ou un règlement de compte. Il y avait plus de cadavres que de frigo à la morgue de l’hôpital. La ruelle où la fusillade s’était tenue n’était plus qu’un charnier. Misa la remonta malgré tout pour trouver des survivants et des blessés. Il y avait forcément quelqu’un à sauver.
Malheureusement, le seul encore en vie était Vigo. En plus d’avoir la peau dure, il avait une veine de cocu.
Misa, debout au-dessus de lui, regarda un instant Vigo, allongé sur le sol de la rue, à moitié recouvert par un de ses gardes du corps, qui n’avait pas eu sa chance. Elle pouvait le sauver. Il avait l’air de n’avoir reçu qu’une balle à l’estomac. L’hémorragie était sévère, mais la balle devait être ressortie. Il suffirait de nettoyer et cautériser la plaie. Mais Misa entrevit envie une porte de sortie.
Elle ressentit un soudain pincement de culpabilité, mais au fond de ses tripes sa décision était déjà prise.
Elle voyait dans ses yeux, la détresse mâtinée de colère. Il était impuissant, c’était nouveau pour lui ; elle pouvait l’aider, mais ne le faisait pas.
Misa l’entendait penser : « après tout ce que j’ai fait pour toi ! »
C’est à ce moment qu’elle m’entendit me plaindre et grogner. Moi aussi je m’étais fait trouer la peau, mais à l’épaule et à la cuisse. Rien de grave, juste extrêmement désagréable. Je me remettais debout comme je pouvais, m’appuyant contre un mur.
La contrebande n’avait jamais été ma tasse de thé, mais je me promis ce jour que ce serait la dernière fois. On ne peut pas faire confiance aux mafieux.
Quand je la vis debout au milieu des cadavres, comme l’ange de la mort qui vient faire sa moisson d’âme, je dégainai mon arme, pensant que c’était un autre homme de main de cet enfoiré. Elle leva les mains au-dessus de sa tête.
« Laissez-moi vous aider, dit-elle. »
Ça tombait bien, j’avais besoin d’aide.
Et d’un médecin dans mon équipage.
Elle m’avait suivi sans même se retourner sur Vigo.
Plus d’histoires sur le reste de l’équipage :
09 mardi Juin 2026
830 mots
Hélèna se réveilla de bonne humeur. Elle avait passé une excellente soirée. Et Lisa n’était pas revenue avant que Christie parte et qu’Éric et elle aillent dormir. Ils avaient même pu profiter d’un petit moment d’intimité avant de retourner chacun dans sa chambre.
La photographe espérait que l’autre folle ne serait pas rentrée du tout et la laisserait enfin tranquille avec son grimpeur.
Lire la suite04 jeudi Juin 2026
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1334 mots
Ce fut par pure chance que nous avions trouvé la maison.
Elle était au milieu de la forêt. La clairière dans laquelle avait été construite avait complètement disparu. Les arbres avaient repris leurs droits et l’espace. Tout avait changé depuis que la dernière carte de la région avait été dressée. Plus rien ne correspondait. La masure était en mauvais état, aussi. Le toit s’était affaissé. Plusieurs arbustes s’échappaient des fenêtres de l’étage. Tous les carreaux ou presque étaient brisés. La mousse recouvrait une grande partie des façades.
« Bon, on entre ? » demanda Gwennin.
Lire la suite02 mardi Juin 2026
768 mots
Le temps était beau. Quelques nuages flottaient dans le ciel. L’air était doux. Le paysage était magnifique, l’eau du lac d’un bleu glacial, sa température aussi était glaciale. Quelques chevaux en liberté vagabondaient autour des randonneurs, leur extorquant gentiment quelques morceaux de pain ou de légume.
Ils avaient bien tenté de venir se ravitailler auprès d’Hélèna, Lisa et Éric, mais le grimpeur, enfant du pays, ne se laissait plus amadouer depuis longtemps. Il les avait éconduits fermement.
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