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Éric conduisait silencieusement, mais vite. Heureusement moins qu’en montant, mais de manière clairement moins souple qu’à son habitude. Il était furieux et ne disait plus un mot.
Il n’ouvrit pas la bouche jusqu’à leur retour au chalet. Une fois arrivés, il dégaina immédiatement son portable et dit simplement à Hélèna : « Je dois appeler Danny ».
Elle sentait dans le sportif une colère sourde, qu’il tentait de contrôler, et ne voulait vraiment pas être là quand il la laisserait s’exprimer. Il était trop tôt dans leur relation pour commencer à voir ses mauvais côtés, bien qu’elle comprenne parfaitement pourquoi il était dans un tel état. Elle rentra sans se faire prier.
Une fois à l’intérieur, elle hésita à prendre une bière, mais préféra attendre. Elle s’affala sur le canapé avec un verre d’eau fraîche et un soupir bruyant. Les éclats de voix d’Éric s’entendaient de l’intérieur, même si Hélèna ne discernait rien de clair, le ton, lui, ne laissait aucune place au doute. Éric était remonté et allait le faire comprendre vertement à son manager. Curieuse, la photographe s’approcha d’une fenêtre pour jeter un œil, et essayer de mieux comprendre ce qui se disait.
« Refais-moi un coup pareil et je n’hésiterai pas à me trouver un autre manager ! »
Éric raccrocha dans un geste de colère. Hélèna s’effaça discrètement de la fenêtre pour ne pas donner l’impression au grimpeur qu’elle l’espionnait. Elle se précipita vers le frigo, sortit deux bières et attendit devant la porte qu’Éric entre. Ce qui ne tarda pas.
Le sportif ouvrit la porte avec une telle véhémence que le vent décoiffa légèrement Hélèna. Son regard dur et rempli de colère changea du tout au tout, passant par la surprise et le réconfort, en voyant la gentille attention de sa petite amie.
Il prit la bouteille, trinqua goulot contre goulot et but une grande rasade autant par soif que pour noyer la colère encore bien présente, puis alla s’asseoir dans le salon. Hélèna lui laisse quelques instants pour respirer. Éric bascula en arrière dans son fauteuil et le visage vers le plafond et les yeux fermés, il dit simplement :
« Elle va me tuer… J’ai vraiment pas envie qu’elle remette les pieds ici !
— Il faudrait commencer par fermer la porte à clef, déjà, pensa Hélèna à voix haute. Ça l’empêchera d’entrer sans y être invitée.
— Elle a les clefs, elle a gardé des doubles après la vente », répondit, défaitiste, Éric sans même tourner la tête.
Il sauta sur ses pieds et plongea la main dans sa poche pour en tirer son téléphone. Il pianota dessus puis le colla à son oreille. Hélèna le regardait faire sans comprendre.
« Allo, Christie ? Oui, c’est moi. Dis-moi, tu pourrais me changer les serrures du chalet, s’il te plaît ? … Non, je n’ai pas perdu les clefs, mais… »
Hélèna sembla entendre « l’autre emmerdeuse », mais ne le jurerait pas.
« Oui, continua Éric, c’est pour ça. Je ne veux plus la voir chez moi. Je m’en fous qu’elle gueule. C’est chez moi ici, et c’est pas parce que c’est elle qui me l’a dégoté qu’elle a des droits dessus ! … … Merci, Christie. À demain. »
Il raccrocha, but une nouvelle gorgée, l’air fier de lui.
« C’est réglé, dit-il bientôt. Demain, nouvelles serrures, plus d’emmerdes ! »
Hélèna avait craint toute la soirée de voir débarquer Lisa à tout moment, mais avant qu’ils n’aillent dormir, elle n’était toujours pas revenue.
Le lendemain, la photographe et le sportif ne sortirent pas et attendirent patiemment l’arrivée de Christie. La dame vint une nouvelle fois avec une montagne de provisions pour remplir le frigo, et des nouvelles serrures, pour la porte d’entrée, la porte arrière et le garage. Une fois les provisions rangées, elle s’occupa de changer les barillets un à un sous les yeux éblouis d’Hélèna qui n’avait jamais vu personne le faire. Décidément, Christie avait vraiment de la ressource.
Après cela, les amoureux furent enfin sereins dans le chalet. Ils en profitèrent pour tester le canapé autrement qu’assis et la moellosité du tapis.
Dans l’après-midi, la photographe reçut un appel de son patron.
« Allo, Hélèna ? Vous avez du réseau en haut de la montagne ? s’étonna-t-il quand elle décrocha.
— Nous ne sommes pas en montagne, boss. Éric avait des affaires à régler dans le monde réel.
— Ah ah ! Très spirituel, comme toujours. Mais ce n’est pas pour me rappeler de la vivacité de votre esprit que je vous appelle. Danny Martinet m’a joint ce matin pour me dire qu’il y avait de l’eau dans le gaz entre notre sportif préféré et sa petite amie. »
Hélèna manqua de s’étrangler.
« En effet. Et je pense que ce n’est plus la peine de compter sur elle, confirma la photographe, avec un léger sarcasme.
— C’est ce que j’ai cru comprendre, oui. Mais ne vous inquiétez pas, ça ne remet pas en question votre mission. Continuez de faire des photos de notre homme, Martinet et moi allons bien vous trouver un nouveau scénario pour le mettre en avant et le faire revenir au sommet de sa gloire. Continuez d’envoyer vos clichés au fil de l’eau, je vous tiens au courant. »
Hélèna n’eut pas le temps d’ajouter quoi que ce soit que son patron avait déjà raccroché. Elle avait craint une fin prématurée de son escapade montagneuse, mais cela ne semblait pas être le cas et cette information lui leva toute inquiétude.
La fin de la semaine arriva bien vite. Et Hélèna se sentait à présent si bien avec Éric, loin de tout, qu’elle décida de rester là pour le week-end à condition qu’il lui fasse visiter la région autrement que par les chemins de randonnées. Ce qu’il accepta sans se forcer, trop heureux de ne pas avoir à se séparer d’elle pendant deux jours.