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Il n’avait aucun moyen d’échapper à ses dettes.

Depuis qu’il était revenu de son service militaire, Munch avait tout fait pour passer à autre chose. Il avait travaillé comme boucher, comme éboueur, comme gardien de dock orbital, comme guide, comme pilote pour des colonies de vacances spatiales.

Il n’avait jamais réussi à se poser, à trouver sa place.

Il fallait bien avouer que son caractère n’était pas facile, voire franchement difficile. Il n’avait pas la langue dans sa poche et les patrons n’aimaient pas ça. C’était pour ça qu’il avait déjà visité la moitié des planètes habitables dans les soixante-douze systèmes solaires connus.

Jusqu’à ce qu’il rencontre Gerdi. Un petit canon de bonne femme. Une demi-décennie en moins, deux tiers de sa taille, mais une gueule au moins aussi grande que la sienne. Il fallait bien ça pour le calmer, le Munch, et le tenir tranquille. C’était assez impressionnant pour les quelques amis qu’il avait encore de voir sa transformation de ronchon professionnel intersidéral à homme au foyer ou presque.

Malheureusement, en dehors de la maison, il avait toujours sa grande gueule, et il ne gardait toujours pas ses boulots. C’était un gars cérébré, compétent, qui rechignait pas à bosser, mais qui l’ouvrait un peu trop quand c’était pas fait à sa façon, même si sa façon n’était pas aussi bonne, ou pas l’habituelle, ou pas celle que les chefs avaient décidée. Ça énervait les collègues, faisait fuir les plus jeunes, et par ricochet mettait à mal ses patrons qui préféraient se séparer de lui plutôt que de tous les autres.

Les joies de l’amour firent que Gerdi eut un premier gamin, puis rapidement un second et même un troisième. Munch avait de plus en plus de difficultés à trouver du boulot, il était grillé sur toute la planète et même dans le système solaire. Mais il ne pouvait plus aller voir une autre colonie. Il n’avait plus d’argent de côté, même pour lui tout seul.

Les dettes commençaient à s’accumuler. Il n’avait aucun moyen d’y échapper.

Le hasard a voulu que je croise sa route à ce moment. La main du destin, la chance, le hasard, dieu, appelez ça comme vous voulez, mais lui il a surtout vu ça comme son seul moyen de s’en sortir.

Ça tombait bien, j’avais besoin d’un type comme lui à bord. Un casse-burne qui sait bosser, une grande gueule qui tient l’équipe quand le chef est pas là. Un second solide. Gerdi l’a convaincu de prendre le poste après une soirée où ils m’avaient invité à manger chez eux, avec les gamins qui couraient et rampaient partout. Lars, le petit dernier m’avait même pissé dessus. De joie, paraît-il.

La première séparation a été plus compliquée que je ne l’aurais cru. Munch avait perdu l’habitude d’être loin de ceux qu’il aimait (l’avait-il jamais prise ?), mais il n’en montra rien et s’adapta à l’équipe avec son aisance coutumière. Avec fracas.

Mais au moins, à partir de là, j’ai eu un second.

Et puis à chaque fois, qu’il rentrait chez lui, il disait que c’était fini, qu’il ne repartirait plus, qu’il préférait rester avec sa famille, que Gerdi et lui agrandissait chaque fois ou presque.

Chaque fois, moi aussi, je me disais que c’était la dernière fois, mais malgré son expertise à me pomper l’air (pour pas dire qu’il me casse les couilles), je ne trouvais personne d’aussi compétent que lui.

Ça fait vingt ans qu’on voyage ensemble, ses premiers gamins sont en âge d’entrer à l’école spationavale, il continue de dire que c’est sa dernière mission, et de me les briser menues, mais je sais malgré ce qu’il peut parfois dire, ce n’est pas à cause de ses dettes qu’il continue — il n’en a plus depuis longtemps avec ce qu’il gagne maintenant —, c’est juste qu’il aime ce qu’il fait.


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