544 — La randonnée (partie 35)

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Le shooting s’était bien passé, malgré le retard d’Hélèna. Après avoir jeté son ordinateur dans son sac de matériel photo, elle avait traversé la ville en métro pour arriver près d’une heure après le moment du rendez-vous. Heureusement pour elle, dans ce métier, tout le monde était habitué aux caprices des stars, des divas et autres, dont le retard était le moindre des défauts. Personne ne lui en tint rigueur. Au contraire, elle eut l’impression que les divers assistants lui avaient parlé avec plus de respect que d’habitude.

La séance était terminée. La photographe avait décidé d’aller déjeuner avant de rentrer au bureau. Elle avait déjà assez couru ce matin et pouvait bien s’octroyer un petit moment de détente.

La jeune femme avait trouvé une terrasse d’une brasserie pour déjeuner. Elle était plongée dans l’étude du menu, se demandant bien par quel dessert elle allait pouvoir clôturer ce repas et hésitait entre la crème brûlée, la mousse au chocolat, le fondant au chocolat ou le classique café gourmand qui lui permettrait de n’avoir pas besoin de choisir, quand quelqu’un se planta devant elle. En bonne citadine, elle allait lever le nez pour râler sur cette personne et lui dire qu’elle lui faisait de l’ombre, mais elle s’arrêta en voyant qu’il s’agissait d’un des mannequins du shooting : grand, beau, des épaules de nageur olympique, la mâchoire carrée, les cheveux bruns, les yeux clairs renforcés par un teint hâlé. Même à contre-jour, il était à craquer.

« C’est étonnant de vous trouver là ! dit-il d’une voix beaucoup trop suave, portée par un accent espagnol ou italien.

— Ah bon ? Pourtant les photographes mangent parfois, tenta de répondre Hélèna de manière la plus détendue possible. Et vous ? Vous avez le droit de vous approcher d’un lieu de débauche tel qu’un restaurant ? »

Le mannequin ne répondit que par un sourire.

« Vous voulez vous asseoir ? demanda finalement Hélèna, en le voyant qui restait planté là, sans vraiment savoir ce qu’il voulait.

— Je veux bien, oui, si vous m’acceptez à votre table.

— Vous avez déjà mangé ?

— Oui, j’ai mangé un sandwich, mais je ne reprends l’avion que demain et je n’ai plus rien de prévu jusque-là, alors j’ai un peu de temps devant moi. Je m’appelle Jose. »

Il était définitivement Espagnol. Ou Sud-Américain.

« Hélèna, répondit la photographe en tendant la main, que le mannequin baisa avec sensualité avant de s’asseoir.

— Je suis enchanté de vous connaître. »

Ils discutèrent un bon moment, Hélèna devant son café gourmand et Jose devant un thé.

Le mannequin était très sympathique et drôle en plus d’être joli garçon. Le monde était vraiment injuste, pensa la photographe, certains semblaient avoir reçu tous les dons à la naissance. Jose était originaire de Buenos Aires. Il travaillait dans la ville pour au moins la vingtième fois, mais il ne l’avait jamais vraiment visitée et avait prévu de le faire cette fois-ci.

Hélèna l’aurait bien accompagné, mais elle devait rentrer au bureau. Elle lui proposa cependant de se retrouver un peu plus tard, quand elle sortirait du travail pour aller visiter des coins sympas et manger dans les endroits pour les touristes, mais qu’il fallait avoir faits au moins une fois dans sa vie.

Ils s’échangèrent leurs numéros et se donnèrent rendez-vous devant l’opéra à 18 h 30.

— — —

La photographe repartit dans son métro le cœur plus léger. Quand elle arriva à son bureau, elle lança le transfert des photos vers son ordinateur et alla voir Thomas.

Voyant par l’immense baie vitrée de son bureau qu’il n’était pas spécialement occupé, elle passa la tête par la porte et lui annonça qu’elle ne pouvait pas aller boire un verre avec lui ce soir, puis elle s’enfuit presque, direction la cuisine, pour se faire un café. Thomas, intrigué par la manière beaucoup trop joviale par rapport au matin avec laquelle Hélèna avait dit cela, la suivit sans attendre.

« Qu’est-ce qu’il s’est passé au shooting pour que tu sois si radieuse maintenant ? Tu n’as pas croqué le fruit défendu avec un de ces beaux spécimens que tu prends déjà en photo à moitié nus ?

— Ce n’était pas une séance maillot de bain, s’insurgea Hélèna. Ils étaient tous habillés.

— Dommage… mais ce n’est pas la question !

— Non, je n’ai pas… qu’est-ce que tu t’imagines ? Mais j’ai pris le dessert avec l’un d’eux.

— Ah !

— Et je le revois ce soir pour lui faire visiter la ville et manger avec lui.

— Oh ! »

Ils parlèrent encore un peu. Thomas fit le détour jusqu’au bureau d’Hélèna pour voir les clichés de cet apollon argentin, avant de repartir travailler à contrecœur.

La fin d’après-midi sembla interminable à Hélèna. Mais enfin, l’heure de partir arriva, elle sauta dans le premier métro, direction l’opéra.

Pour une fois, elle n’arriva pas avec plus de cinq minutes de retard, mais Jose était déjà là.

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