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« Hélèna ? »

La voix d’Éric résonnait dans l’interphone en même temps que les pensées d’Hélèna s’entrechoquaient. Que faisait-il là ? Comment connaissait-il son adresse ? Pourquoi débarquer si tôt et à l’improviste au lieu de simplement appeler ? Et surtout, comment faire en sorte qu’ils ne se croisent pas avec Jose pour éviter de lui avouer cette incartade malheureuse ?

Hélèna était bloquée face à son interphone.

Ce fut l’instant que choisit le mannequin pour sortir de la chambre.

« Hélèna, continua Éric, je suis désolé d’arriver sans prévenir, je ne savais pas comment te joindre autrement.

— Que se passe-t-il ? » demanda José, encore mal réveillé.

La photographe plaqua sa main sur le micro du combiné de l’interphone. Elle ne savait plus quoi faire, plus quoi dire. Laissant pendouiller le combiné, elle se précipita vers l’hidalgo et ramassa au passage ses vêtements avant de les lui fourrer en boule dans les bras.

« Il faut que tu partes tout de suite, chuchota-t-elle.

— C’est ton copain ou quoi ? »

Jose parlait avec moins de retenue. Hélèna hésita avant de répondre.

« Oui ! enfin non ! Je ne sais pas, mais dans tous les cas, il ne doit pas te voir ici ! Je suis désolée. J’ai pas l’habitude de ça.

— Oui, ça se voit, s’amusa Jose, sinon tu te serais mieux organisée, j’imagine. C’était sympa, en tout cas. J’espère que ça va aller avec ton mec. On se croisera peut-être sur d’autres shooting. »

Le mannequin récupéra ses chaussures et sortit de l’appartement en faisant un clin d’œil à Hélèna qui reprenait le combiné de l’interphone.

« Éric, tu es toujours là ? »

Elle s’interrompit immédiatement en plaquant à nouveau la main sur le micro du combiné.

« Jose, passe par les escaliers, sinon il va te voir ! »

Le jeune homme qui était en train d’enfiler ses vêtements dans le couloir hocha simplement de la tête avant qu’Hélèna ne referme sa porte.

« Excuse-moi, reprit-elle à l’adresse d’Éric. Je suis surprise.

— Oui, je me doute. Je peux monter ? ou toi, tu descends si tu préfères…

— Non, c’est bon, monte. »

Elle lui indiqua l’étage et appuya sur le bouton de déverrouillage de la porte de l’immeuble. La jeune femme soupira. Il fallait qu’elle s’habille un peu, et qu’elle remette de l’ordre dans son appartement. Avant cela, elle sortit la tête dans le couloir, pour voir où en était son coup d’un soir : il avait déjà déguerpi.

— — —

Hélèna eut l’impression de n’avoir eu qu’une minute mais elle parvint à enfiler des habits propre, à passer un coup de brosse dans ses cheveux et à remettre un peu d’ordre chez elle. Quand on sonna à sa porte, elle avait encore le souffle court et le cœur qui battait comme si elle venait de courir un cent mètres, mais elle se sentait prête à avoir.

Éric se tenait là, le sourire gêné. Hélèna eut un moment de flottement quand il se pencha vers elle pour l’embrasser. Fallait-il se laisser faire comme si de rien n’était, lui faire une simple bise, le repousser gentiment, ou carrément lui faire une scène après n’avoir eu aucune nouvelle de lui depuis deux semaines ?

Heureusement, le grimpeur arrêta son mouvement à mi-course en voyant l’expression de sa petite-amie. Celle-ci s’écarta simplement du passage pour le faire entrer.

« Tu veux un café ? » demanda-t-elle en se dirigeant vers le coin cuisine.

Elle en avait bien besoin d’un. Éric accepta volontiers.

« Je suis désolé d’arriver chez toi de si bon matin, mais je ne pouvais plus attendre.

— J’ai cru que tu étais mort dans un ravin ! lâcha la photographe, avant de se rappeler que le meilleur ami d’Éric avait perdu la vie de cette manière, il n’y avait pas si longtemps.

— C’est pour ça que je suis venu. La dernière fois que nous nous sommes parlés, je partais en montagnes pour quelques jours. Manque de bol, j’ai perdu mon téléphone là-haut. Impossible de remettre la main dessus. Et comme je n’avais ton numéro que là dedans, je n’ai pas pu te prévenir. Quand je suis redescendu, j’ai demandé à Danny de vois avec ton patron pour récupérer le numéro, mais cet idiot a laissé traîner les choses…

— Ce type est vraiment un bon à rien, marmonna Hélèna en posant une tasse de café devant Éric.

— J’ai été obligé de lui demander plusieurs fois, mais quand, au bout de plusieurs jours, il ne m’avait toujours pas trouvé l’info, j’ai eu l’idée d’appeler ton boulot, mais personne ne voulait me donner ton numéro, et il semble que tu n’as pas beaucoup été présente au bureau les derniers jours… donc comme je devais monter à Paris, je me suis dis que le seul moyen de te voir et de te donner de mes nouvelles, c’était de venir directement chez toi.

— Tu ne connais pas mon téléphone, mais tu connais mon adresse ? s’étonna la photographe.

— Les étiquettes de la SNCF sur ton sac. Je l’ai vue plusieurs fois. Je l’ai retenue. »

Hélèna ricana. Il avait de la suite dans les idées, il fallait l’avouer.

« Donc, ces deux semaines de silence, c’était vraiment pas volontaire ? demanda-t-elle.

— Bien sûr que non !

— J’ai cru que tu me ghostais.

— Pourquoi j’aurais fait ça ? s’étonna Éric. Je croyais que…

— Oui, non, moi non plus, mais deux semaines sans réponses… je me suis imaginé des choses.

— Au point de me trouver un remplaçant ? » demanda Éric, sans malice.

Hélèna toussa après avoir bu une gorgée de son café de travers. Ça l’empêcha de mentir ou d’essayer de se justifier d’une manière qui aurait été trop maladroite pour être honnête.

« Parce que ta manière de répondre à l’interphone plus le beau gosse à moitié débraillé en train de descendre les escaliers de bon matin…

— Tu as pris les escaliers pour monter ?

— Ah, donc ma déduction est la bonne ? »