552 — Armure fantasy

1306 mots

En sortant, elle s’aperçut dans le miroir.

Cette armure avait de la gueule. Elle lui allait bien et la protégerait parfaitement. Le vendeur le lui avait assuré. Surtout qu’il lui avait fait un super prix.

Shari sortit de l’échoppe et rejoignit ses compagnes. Son groupes d’aventurières s’était donné rendez-vous à la sortie de la ville pour une nouvelle expédition. Quand Melv, Kortuv et l’elfe Ayza la virent accoutrée de son nouvel achat, elle ne firent aucun commentaire, mais Shari sentit bien qu’elles se retenaient. Elle avait déjà remarqué les regards des passants dans la ville. En même temps, avec une armure aussi cool.

L’équipée se mit en route sans attendre. Il n’y avait pas beaucoup de route. En avançant bien, elles pourraient être rentrées avant la fermeture de la taverne pour fêter ça.

Elles durent marcher près de trois heures.

Au début, les chuintements des lanières de cuirs de l’armure de Shari avait plutôt amusé ses amies, mais cela avait rapidement énervé tout le monde. Shari comprise.

Kortuv, la prêtresse qui savait toujours prendre des gants en trouvant les mots justes, avait exprimé son mécontentement la première — avant que les autres ne le fassent dans des termes moins gentils. Shari s’était excusée. L’armure était neuve et les lanières de cuir qui en tenaient les différents éléments devaient se faire. C’était d’ailleurs pour cette raison qu’elle l’avait immédiatement amenée en mission : pour qu’ils soient faits rapidement. C’était une petite mission, ça ne gênerait pas.

Enfin, à présent, elle en doutait. Shari ne pouvait pas faire un mouvement sans que couinement résonne dans la forêt. C’est était à tel point que tous les animaux alentours fuyait à leur approche.

« Comment voulez-vous qu’on les surprenne s’ils nous entendent arriver à cent pas à la ronde » s’énerva Melv.

La barbare n’était pas du genre patiente. Il était déjà étonnant qu’elle n’ait pas râlé plus tôt.

Quand au bout de la cinquième ou sixième fois, elle avait encore exprimé ses doutes quand à la réussite de l’opération, Shari annonça qu’elle faisait demi-tour et qu’elle les laissait remplir la mission toutes seules.

« Ne dit pas de bêtises, répondit Ayza. Quand nous arriverons près de l’endroit, je lancerai un sort de silence. Cela suffira pour nous permettre de nous approcher du camp sans que cela ne pose problème. »

Shari lança un regard plein de gratitude à l’elfe.

Personne ne savait si c’était parce qu’elles s’habituaient ou si c’était les cuirs qui commençaient à être faits, mais il semblait au bout des deux tiers du chemin que l’armure de Shari faisait moins de bruit. C’était un soulagement pour toutes. Surtout pour Shari, qui n’avait pas envie d’être celle à cause de qui la mission échouerait — ses amies lui en voulaient déjà suffisamment pour la dernière mission —, et qui avait besoin de la prime de cette mission pour se refaire un bas de laine après avoir mis toutes ses économies dans l’armure.

La nuit tombait quand Kortuv arrêta le groupe d’un geste sûr. Avec son ouïe fine et son odorat développé, elle avait détecté quelque chose. Elle partit en éclaireuse puis revint quelques instants plus tard.

Les quatre femmes se regroupèrent pour mettre au point le plan d’attaque.

La mission consistait à s’occuper d’un groupe de brigands qui sévissait sur les chemins depuis quelques semaines, détroussant tous les voyageurs. Les gardes de la villes avaient été envoyés, mais, sans surprise, ils étaient revenus bredouilles. Ils n’étaient pas aguerris pour la traque en forêt. C’était pourquoi le bailli avait mandé des aventuriers pour s’attaquer au problème. Les quatre amis avaient accepté sans hésiter. Après la dernière mission, qui s’était soldée par un échec à cause de Shari, elles avaient besoin de remplir leurs bourses et de redorer leur blason.

Un fois le plan arrêté et répété, Melv lança un regard appuyé à Shari.

« Oui, j’ai compris. J’applique le plan et je n’improvise pas », soupira-t-elle.

Ayza jeta le sort de silence. Elles n’avaient que quelques instants pour se mettre en place. Le groupe se sépara et chacun avança vers le point qui lui était assigné.

Les brigands étaient une douzaine. Ils avaient placé leur campement au pied d’une grosse roche dans une cuvette, loin du premier chemin. Ainsi, ils étaient bien à l’abri des regards. Pas étonnant que les gardes ne les avaient pas trouvés. Ils n’avaient pas dû tant chercher. Les bandits étaient réunis autour d’un feu où grillait du gibier. Certains d’entre eux étaient allongés sur des paillasses, d’autres étaient assis et jouaient aux cartes.

Quand les quatre femmes furent en place, Melv fit signe à Shari. C’était à elle de jouer. Celle-ci soupira. Elle n’aimait pas le rôle qu’on lui avait donné, mais il fallait qu’elle se rattrape de la dernière fois.

Shari sortit de son fourrée et descendit vers le camp des bandits avec la démarche la plus lascive qu’elle pouvait faire. Deux d’entre eux la vire et firent des yeux ronds. Cette jolie créature venait d’apparaître comme par enchantement. Ils s’imaginaient déjà goûter tous les plaisirs charnels qu’elle avait à offrir. Ils appelèrent leurs comparses pour profiter du spectacle.

« Salut les gars, lança Shari. Je crois que je me suis perdue dans ces bois et j’ai un peu froid. Est-ce que je peux me réchauffer un peu avec vous ? »

Shari avait répété mot pour mot ce que Melv lui avait dit. Elle n’aurait jamais osé dire de telle chose à un groupe d’hommes, ni à un homme seul.

L’un des brigands se leva et s’approcha de Shari. Les flammes dans ses yeux n’étaient pas le reflets du feu de camp.

« Salut ma belle. On peut te faire profiter de notre campement pour la nuit, si tu veux. On peut même te tenir chaud, si tu veux. »

Son regard annonçait clairement : « même si tu ne veux pas », mais il le tut pour éviter de faire peur à cette jolie proie qui venait de se jeter dans leurs bras.

« C’est une jolie armure, mais je comprends qu’elle ne tienne pas très chaud. Elle n’est pas trop lourde ? Tu peux l’enlever si tu veux te mettre à l’aise… Je peux même t’aider. »

Les autres sifflaient et riaient grassement. Shari n’aimait pas ça. Elle espérait que le plan de Melv allait fonctionner.

Le brigand la dépassait d’une demi-tête. Il allait poser ses mains sur les épaules. Shari se déroba, dégaina sa dague et la planta dans la main du gars qui la portait à son épée, lui embrochant du même mouvement le flanc. Elle lui asséna un coup de tête dans le nez. Il s’écroula par terre, inconscient.

Passée la surprise, les autres bondirent sur leurs armes. Ils n’eurent pas le temps de réagir. Melv avait déjà égorgé trois d’entre eux pendant qu’ils étaient subjugués par Shari. Ayza et Kortuv sortirent au même moment des fourrés et lancèrent un sort de boule de feu et un d’engourdissement. Les brigands restants furent carbonisés sur place.

« Voilà du travail bien fait ! s’exclama Melv. Bien joué, Shari !

— Merci, soupira la jeune femme, soulagée de n’avoir rien raté, cette fois.

— C’est vrai qu’elle est bien cette armure, ironisa Kortuv.

— Je ne sais pas… hésita Shari. C’est vrai qu’elle est quand même très dénudée, non ?

— Nous ne voulions pas casser la joie de ton achat, mais oui, elle est fort dénudée, répondit Ayza. Comment as-tu pu te laisser convaincre de porter quelque chose comme ça ?

— Je t’ai déjà dit de ne jamais aller chez ce roublard de Goerjy. Il a un charisme beaucoup trop élevé. Il peut te vendre tout et n’importe quoi. Et comme c’est un gros pervers, il en profite avec les jeunes aventurières en leur racontant des bobards sur les caractéristiques de ces armures.

— J’irai la rendre demain matin », conclut Shari, l’air penaud.

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