553 — La randonnée (partie39)

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Dans son bureau, Hélèna était en train de trier les photo envoyées par son collègue depuis un coin de paradisiaque à l’autre bout du monde. Elle rivait l’écran en changeant l’image affichée sans la regarder. Elle réfléchissait à ce qu’avait dit son patron : Éric avait viré son manager et ne travaillait plus avec l’agence.

Depuis une heure, la photographe se demandait dans quelle mesure la discussion qu’elle avait eu avec lui le matin même avait motivé sa décision. En était-elle la raison principale ? Elle avait du mal à imaginer le contraire.

Elle avait bien pensé appeler le sportif professionnel pour en savoir plus, mais après ce qu’elle avait fait, elle ne trouvait pas le courage de le faire. La jeune femme avait plusieurs commencé des SMS pour éviter la solution frontale, mais elle les avait tous effacés, n’arrivant pas à tourner les choses correctement.

Si son patron apprenait son implication dans cette affaire, il ne lui pardonnerait jamais. Mieux valait rester discrète sur ce sujet. Elle espérait que son ami Thomas divulguerait pas non plus le secret dans une de ses maladresses dont il avait l’habitude.

Hélèna se dressa soudainement. Elle ne devait pas attendre que cela se produise. Elle se dirigea vers le bureau de son ami d’un pas décidé.

Malheureusement, en chemin, elle tomba sur la seule personne qu’elle ne voulait pas croiser : son patron. Il l’invita à faire demi-tour et à repartir avec lui dans le sens opposé.

« Cette histoire avec Chantelain m’embête beaucoup. J’avais beaucoup d’espoirs dessus. On ne peut pas se permettre de le perdre. Et il ne faudrait pas que son nouveau manager lui trouve une autre agence de com. »

Hélèna acquiesça pour la forme, ne comprenant pas pourquoi son boss lui racontait tout ça alors qu’il laissait habituellement ses employés assez loin de la gestion des affaires de la boîte.

« Vous avez passé plusieurs semaines avec lui dans un chalet, vous avez dû tisser quelques liens, j’imagine. Non ? »

Oui, j’ai craqué pour lui et j’ai couché avec, mais comme hier soir j’ai préféré me taper un mannequin et que ce matin, Éric était devant ma porte, les choses se sont plutôt mal terminée.

Ce fut la première pensée qui traversa l’esprit d’Hélèna. Elle eut un vertige à l’idée de n’en dire qu’une infime partie à son patron. Elle préféra ne rien dire.

« Si vous avez son numéro, j’aimerais que vous essayiez de l’appeler pour en savoir plus, continua le boss sans s’être rendu compte qu’Hélèna avait manqué de s’étaler par terre. Vous pouvez faire ça pour moi ? demanda-t-il en s’arrêtant devant le bureau de la jeune femme.

— J’ai bien son numéro, mentit Hélèna dans un soupir. Je vais essayer de l’appeler, mais c’est un garçon assez taciturne, je ne vous promets pas qu’il me répondra.

— Essayez, ce sera déjà ça. Et envoyez-moi son numéro aussi. J’essaierai de mon côté, on ne sait jamais. »

Le patron laissa Hélèna là, pendant qu’il continua d’arpenter les couloirs du bureau. La photographe le regarda s’éloigner puis, loin de rentrer dans son bureau, elle se précipita voir Tom. Il était au téléphone quand elle s’engouffra à l’intérieur de son bureau et referma la porte. Quand il raccrocha enfin, il lui demanda ce qu’il se passait. Hélèna commença par lui ordonner formellement de ne rien dire à son patron sur sa relation avec Éric et ses derniers rebondissements.

« Bien sûr que je ne vais pas lui dire, répondit le jeune homme, offusqué. Tu me prends pour qui ?

— Je t’adore, Tom, mais ce ne serait pas la première bourde que tu ferais comme ça. Rappelle-toi l’histoire entre Jo et Dominique de la compta, ou entre Alex et Mouss.

— Non, mais c’était pas pareil, argua Thomas.

— Peut-être, mais, là, si tu tiens pas correctement ta langue, je suis morte. C’est sûr et certain !

— Ok ok ok ! Je ferai attention, promis. »

Hélèna s’assit face à son ami, le bureau les séparant. Elle lui raconta aussi ce que leur patron venait de lui demander.

« Oh ! Moi, si j’étais à la place d’Éric, c’est clair que je décrocherais pas !

— Oui, je sais, se plaignit la jeune femme. Moi non plus je ne répondrais pas, mais il faut que j’essaye. Je peux pas mentir et dire que je l’ai fait si c’est pas vrai. Ça va se voir sur mon visage.

— C’est clair. Tu peux dire que moi je sais pas tenir un secret, mais toi c’est pas mieux. Quoi que je suis très étonné que celui-là, tu as réussi à le tenir jusqu’ici.

— Et il faut que ça continue comme ça ! »

Hélèna soupira en laissant retomber sa tête vers le sol, écrasée par le poids de tout ses problèmes.

« Aide-moi, Tom. Qu’est-ce que je vais lui dire s’il décroche ?

— T’inquiète pas, il décrochera pas.

— Tu m’aides pas, là. Même s’il ne décroche pas, je vais lui laisser un message, mais je sais pas quoi dire. “Salut, c’est la meuf qui vient de te tromper, je t’appelle si tu veux bien continuer de bosser avec mon patron et donc voir ma face de traîtresse chaque fois que t’auras besoin d’un shooting”. Ça va pas le faire !

— Ah ah non, c’est sûr ! » s’amusa Tom, avant de se rigidifier derrière son bureau et de souffler : « le patron » en faisant un grand sourire à la baie vitrée derrière Hélèna.

La porte du bureau s’ouvrit sur leur boss qui s’adressa à la photographe comme c’était son bureau.

« Alors, vous l’avez appelé ?

— Pas encore… Je suis venu voir Thomas pour réfléchir et trouver les bons éléments de langages. Je ne voudrais pas trop passer pour…

— Une charognarde qui vient se repaître du cadavre de Danny ? Mais c’est exactement ce que je vous demande de faire pourtant.

— Ne vous inquiétez pas, patron, intervint Tom. Je vais l’aider à trouver les bons mots.

— Très bien, mais n’attendez pas trop ! »

Leur patron referma la porte. Hélèna et Thomas soupirèrent de soulagement, comme deux enfants ayant réussi à cacher une bêtise à leurs parents.

« Écoute, je crois qu’il n’y a pas de recette magique. Il faut que tu lui dises ce que tu as sur le cœur. On verra ce que ça donne. »

Hélèna chercha dans son répertoire le numéro d’Éric avant d’être prise d’un doute. Avait-il gardé son numéro en changeant de téléphone ? La photographe lança l’appel, fébrile.

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