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La sonnerie se fit entendre.

Le téléphone à l’oreille, Hélèna regardait Thomas avec détresse.

Première sonnerie.

Seconde sonnerie.

La photographe attendait avec impatience que son appel soit transféré sur la boîte vocale.

Troisième sonnerie. Le temps semblait s’étirer.

« Allo ? »

Hélèna fut mortifiée en entendant la voix d’Éric. Elle bloqua une seconde, puis deux. Thomas l’exhortait du regard à dire quelque chose.

« Hélèna ? » demanda Éric, la voix rauque.

La jeune femme agitait les lèvres, mais aucun sons ne les passaient. Son esprit était complètement vide, rien ne lui venait.

Le silence était à présent si long et lourd qu’il en était étouffant.

Hélèna décolla le téléphone de son oreille, regarda l’écran.

« Allo ? » répéta le sportif.

La jeune femme raccrocha.

Thomas la dévisagea un court instant avant de s’exclamer :

« Mais quoi ?? Pourquoi tu lui as raccroché à la gueule ?

— J’ai paniqué !! répondit Hélèna, au bord de la crise de nerfs.

— Ah ben, maintenant, en plus de t’en vouloir, il va croire que tu es folle !

— Je ne m’attendais pas à ce qu’il réponde, moi !! se plaignit la jeune femme.

— Sans compter le patron qui va pas être content si tu lui donnes pas rapidement des nouvelles.

— Je sais… »

Thomas soupira puis réfléchit un instant. Il se dressa, se pencha par-dessus son bureau et arracha le portable des mains d’Hélèna. Elle s’insurgea mais son collègue la fit taire d’un geste pendant qu’il pianotait sur l’appareil. Il le porta à son oreille tout en tournant en rond derrière son bureau.

« Je vois bien qu’il faut que je prenne les choses en main, là !

— Qu’est-ce que… »

Même à cette distance, Hélèna entendit Éric décrocher avec un air passablement énervé.

« Quoi ?

 — Bonjour ! répondit Thomas avec sa voix la plus mielleuse, celle qu’il réservait généralement à ses meilleurs clients ou à ceux qu’il essayait de draguer. Je ne pense pas que vous vous souveniez de moi, nous nous sommes croisés il y a quelques semaines, quand vous êtes venus voir Hélèna au bureau.

— Pourquoi m’appellez-vous avec son téléphone ? Il lui est arrivé quelque chose ?

— Non, non, rien de grave. Enfin… Elle m’a un peu raconté et elle n’a clairement pas le moral, mais ce n’est pas pour cette raison que j’appelle. Notre boss nous a annoncé que vous vous étiez séparé de votre manager et, n’étant pas au fait de ce qu’il se passe entre vous, il a demandé à Hélèna de vous appeler pour, je vais vous le dire franchement, pour essayer de vous amadouer et de vous convaincre de continuer à travailler avec nous. Mais forcément, dans son état de culpabilité extrême dans lequel se trouve Hélèna, elle n’a pas été capable d’aligner deux mots. Elle n’avait vraiment pas l’intention de vous jouer un mauvais canular. »

Thomas avait cette capacité de remplir tout l’espace en n’arrêtant pas de parler. Hélèna devait aussi lui concéder qu’il arrivait à balancer avec un flegme certain des vérités qu’elle n’aurait pas osé dire à voix haute, même seule.

« Je ne vais pas vous déranger plus longtemps, continua Thomas. Je vais laisser Hélèna vous envoyer les coordonnées de notre patron, vous l’appelez ou pas, c’est comme vous voulez. Moi, je ne fais que passer le message, je n’ai rien à gagner ou à perdre. Par contre, si vous me permettez une dernière chose avant de vous laisser : Hélèna fait parfois des trucs idiots, mais là, c’était clairement une grosse connerie. Elle était désespérée. Certains noient leur désespoir dans l’alcool et d’autres dans l’affection d’un soir. Ce n’est pas une excuse valable, mais ce qui est fait est fait, et surtout, loin de montrer qu’elle se fout de vous, c’est une manière, certes extrêmement maladroite, de prouver la force de ses sentiments envers vous à l’aune du désespoir dans lequel votre absence l’a plongée. Elle ne m’a pas demandé de vous dire tout ça et je la vois mortifiée de m’entendre vous l’avoir dit, mais c’est une bonne amie et je ne pouvais pas la laisser dans cet état sans réagir. »

Thomas salua Éric sans lui laisser le temps de répondre et raccrocha.

Pendant son speech, la mâchoire d’Hélèna était descendue au point qu’elle se serait décrochée si son collègue avait continué ne serait-ce que quelques secondes de plus. Celui-ci lui posa le portable au bout de son bureau, voyant qu’elle n’était pas en état de le récupérer. La photographe était complètement immobile, telle une statue. Thomas bougea un peu pour voir et fut rassuré de la voir au moins le suivre des yeux.

Hélèna n’en revenait pas de tout ce qu’il avait balancé en un si court laps de temps. Elle était tout autant vexée de ce qu’il avait pu dire d’elle, impressionnée d’à quel point il la cernait bien et admirative de la facilité et de la rapidité avec lesquelles il avait trouvé des mots si justes.

« Tu aurais dû être avocat, finit-elle par dire quand elle trouva enfin la force de sortir de son mutisme.

— Ma mère en rêvait… mais mon père était plutôt contre l’idée que je porte la robe… ironique, non ? »

Le jeune homme fit le tour de son bureau et prit sa collègue par les épaules pour la faire se lever. Il prit ensuite son téléphone et lui colla dans la main.

« Envoie-lui le nom et le numéro du boss tout de suite. Et rien de plus, pas de commentaires, pas d’excuses vaseuses, rien. Tu le laisses revenir vers toi. Après ce que tu lui as fait, il faut lui laisser le temps de digérer. »

Thomas poussa délicatement la jeune femme hors de son bureau.

« Mais avec ce que je lui ai dit, s’il ne t’appelle pas rapidement, c’est que c’est mort… »


Quand j’ai écrit le premier épisode, qui devait être comme toutes les autres nouvelles du marathon 2026 un standalone, je ne m’attendais pas à en faire 40 épisodes ! Et c’est pas fini, comme on dit…