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Dans le bistrot où elle avait fini de manger, Hélèna venait d’envoyer un message à Éric. Un message défaitiste sur l’issue mais en même temps plein d’espoir. Elle espérait avoir été suffisamment claire sur le fait qu’elle faisait amende honorable et qu’elle espérait qu’il puisse encore la pardonner.
À peine avait-elle envoyé le message qu’un téléphone sonna derrière elle. Avant que son cerveau eut le temps de réfléchir, la jeune femme se retournait, pleine d’espoir. Pourtant, elle le savait, c’était idiot de croire que le sportif pouvait être dans le même restaurant qu’elle, alors qu’il en existaient des milliers dans la ville, et que rien n’indiquait qu’il n’était pas déjà reparti chez lui.
Hélèna se figea. Comment surmonterait-elle sa déception si ce n’était pas Éric ? Et qu’allait-elle faire si c’était bel et bien lui ?
Bloquée dans une position grotesque, à moitié levée et à moitié tournée, Hélèna prit un instant pour réfléchir, jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’elle dévisageait sans le vouloir la personne de la table proche. La jeune femme s’excusa et finit par se lever complètement. Elle hésita un instant encore, fixant son portable pour ne pas regarder ailleurs, espérant une réponse à son message. Au bout d’une minute ou deux sans rien, elle quitta le bistrot sans se retourner.
Soit cela n’avait été qu’un hasard que la personne derrière elle reçoive un message au moment où elle-même avait envoyé le sien, et Hélèna ne passerait pas pour une folle à fixer un autre client du resto sans raison. Soit c’était Éric, il n’aurait sûrement pas voulu lui parler. Dans tous les cas, ça aurait fait extrêmement bizarre de l’accoster à l’instant où il recevait le message pour demander une réponse. À part la faire passer pour une harceleuse, ça n’avancerait à rien.
En passant la porte, elle fut une dernière fois tentée de se retourner pour jeter un coup d’œil mais parvint à trouver la force de résister.
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Seule dans l’ascenseur qui montait à son bureau, Hélèna se demandait si elle n’avait pas laissé passer sa dernière chance de revoir Éric. Elle aurait voulu pouvoir lui présenter ses excuses de vive-voix et lui exprimer ses remords et son envie d’être avec lui.
Son téléphone bipa. Elle sursauta avant de plonger dans son sac pour prendre l’appareil, mais fut déçue. C’était Thomas.
« Alors ? Toujours pas de nouvelles ?
— Non
— Tant pis pour lui. Ce soir, on sort et tu vas l’oublier ! 💅🥂🕺💃
— J’espère… »
Hélèna retourna directement à son bureau, elle avait déjà bu un café après son repas, pas la peine d’abuser. De toute façon, elle n’était d’humeur à voir personne.
Elle était assise depuis quinze minutes, incapables de se concentrer, à soupirer de dépit quand son téléphone de bureau sonna. Le nom de son boss s’affichait. Étrange, il n’avait pas l’habitude de l’appeler. Généralement, il avait plutôt tendance à passer la voir. Ce devait être important, et ce n’était jamais bon. Hélèna serra les dents avant de décrocher, inquiète de la tuile qui allait lui tomber dessus.
« Venez me voir dans mon bureau, je vous prie »
Il n’avait dit que ça, ce qui n’aida pas Hélèna à se calmer. Elle se dirigea sans attendre vers le bureau de son patron, s’imaginant le pire. Il avait sûrement eu Éric qui lui avait dit qu’il ne voulait plus jamais bosser avec elle parce que c’était une traînée, ou quelque chose dans le genre. Si c’était ça, elle était finie. Elle allait être virée et finirait photographe dans un petit parc d’attraction de province à tirer le portrait à des parents insupportables et à leur merveilleuse marmaille. Si c’était ça, autant changer de métier directement.
Devant la porte de son boss, Hélèna avait leur cœur qui battait trop vite et trop fort. Elle respira profondément plusieurs fois pour essayer de retrouver son calme, puis frappa à la porte une fois qu’elle se sentit prête. Ou plutôt quand elle eut la sensation que son patron allait s’impatienter, ce qui n’arrangerait pas son humeur.
Celui-ci cria un « entrez » tonitruant à peine la jeune femme eut effleuré la porte.
Son cœur battait tellement fort et vite que tout le reste semblait se passer au ralenti autour d’elle. La porte s’ouvrait lentement, les sons semblaient eux aussi déformés comme si on jouait une vidéo trop lentement.
Jusqu’à ce que la porte soit entièrement ouverte et qu’Hélèna découvre que son patron n’était pas seul. Il avait un invité. La photographe se sentit immédiatement soulagée. S’il était avec un client et qu’il la faisait venir, ce n’était clairement pas pour la virer, mais sûrement plus pour essayer de vendre ses talents.
Mais son cœur ne prit pas le temps de se calmer. Au contraire, il redescendit trop vite, donnant l’impression de s’arrêter. L’invité ne s’était pas retourné. Il n’en avait pas besoin. Il n’y avait aucun doute possible. Hélèna le reconnaissait clairement. C’était Éric.