Tags

,

847 mots

Hélèna se figea et le temps sembla ralentir pour presque stopper alors que le sportif se retournait pour la regarder. La jeune femme aurait voulu fuir, mais elle n’arrivait pas à commander à ses jambes. Elle restait immobile, à sourire, embarrassée, mais finalement parvint à lancer un « bonjour » presque inaudible au prix d’un incroyable effort. Éric lui répondit d’un simple mouvement de tête, une expression neutre sur le visage.

« Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de faire les présentations, s’amusa le patron, inconscient de la gêne entre son invité et sa photographe. Asseyez-vous, continua-t-il sur un ton avenant. Nous devons parler de choses importantes ensemble. »

Hélèna s’exécuta, étonnée.

« Avec l’éviction de Danny Martinet, monsieur Chantelain se retrouve sans manager, ce qui peut être un handicap pour quelqu’un qui souhaite relancer sa carrière. Personnellement, je veux y croire. C’est pourquoi j’ai décidé de lui proposer un contrat de sponsoring.

— Ah bon ? s’étonna Hélèna à voix haute avant de regretter sa question.

— Oui ! Je trouve que vous avez fait du très bon travail pendant vos semaines à la montagne. Vos clichés ont permis à monsieur Chantelain de regagner en visibilité, et c’est déjà un grand pas en avant.

— C’est… une incroyable nouvelle ! répondit Hélèna, qui ne savait toujours pas où voulait en venir son boss.

— Le départ de Danny laisse notre grimpeur avec un problème. Il n’a plus personne pour l’aider à gérer toute sa paperasse, son agenda, ses rendez-vous, la relation avec la presse, ce genre de choses. Et c’est là que j’ai pensé à vous, s’écria le patron, en désignant Hélèna de son péremptoire index.

— Moi ? s’étonna la jeune femme. Mais je n’ai pas les compétences pour être manager, ni même assistante ! se défendit-elle. Surtout pour un sportif ! Je ne connais rien à ce milieu. Un mannequin, à la limite… mais je n’ai jamais approché le milieu du sport de près ou de loin…

— Je ne m’inquiète pas, objecta le patron. Vous avez vos entrées dans plusieurs grandes revues, vous arriverez bien à faire jouer de vos connaissances pour aider monsieur Chantelain. Pour le reste, je sais que vous êtes suffisamment maligne pour réussir à vous débrouiller ! »

La réunion informelle de promotion d’Hélèna avait encore duré quelques minutes. Éric n’avait pas décroché un mot, ni pour refuser ce choix ni pour l’appuyer. C’était à n’y rien comprendre.

Le patron avait fini par les inviter à aller finir les arrangements organisationnels dans le bureau d’Hélèna avant de les pousser hors du sien.

La photographe et le sportif se retrouvèrent face à face dans le couloir.

« Euh, ben, euh, allons-y… » finit par dire Hélèna avant de faire volte-face et de se diriger vers son bureau, suivi par Éric, l’homme qu’elle aimait, mais qu’elle avait trompé, et qu’elle essayait de récupérer, sans savoir ce qu’il pensait réellement d’elle, et dont elle venait d’être promue manager.

Ou manageuse ?

Ou manageure ?

Elle n’avait aucune idée de la manière dont elle allait devoir se présenter à partir de maintenant.

Pendant qu’elle marchait à travers les couloirs de son agence, elle se retourna plus pour être sûre qu’elle ne se faisait pas d’idées et qu’Éric était bien derrière elle, plutôt que pour s’assurer qu’il arrivait à la suivre. Elle se réalisait à quel point son agence était un méandre de couloirs qui pouvait ressembler à un véritable labyrinthe au néophyte.

Une fois devant son bureau, elle ouvrit la porte, invita le sportif à s’installer. Il s’assit l’unique fauteuil invité.

« J’ai besoin d’un café, dit la photographe. Tu en veux un aussi ? »

Elle n’attendit pas la réponse d’Éric et partit.

Dans la cuisine, pendant que le café coulait, Hélèna réfrénait l’envie de hurler tout en courant dans tous les sens en agitant les bras. Elle se demandait dans quelle galère elle était en train se fourrer, pourquoi elle n’avait pas clairement refusé, et pourquoi Éric n’avait pas catégoriquement refusé non plus.

Thomas arriva dans la cuisine à ce moment, soupirant et roulant des yeux brillants.

« Je crois que je ne vais pas réussir à faire grand-chose cet après-midi, dit-il. J’ai vraiment trop bu cette fois. Avec ces clients, c’est pas possible. Je crois qu’on était à une bouteille de champ’ par personne, sans compter le cocktail d’apéro. Je suis défait ! »

Il se figea en voyant la mine déconfite d’Hélèna.

« Tu es triste parce que tu n’as pas eu de nouvelles de ton grimpeur ? Mais t’inquiète pas, je vais te le faire oublier, moi. Ce soir, on sort et on fait la fête ! »

Le jeune homme était vraiment éméché en plein milieu de l’après-midi. Il était en train de se trémousser au milieu de la cuisine sur de la musique que lui seul entendait. Hélèna ne savait pas si elle devait lui annoncer la dernière nouvelle, au risque de le faire dessaouler sur le champ.

« Il est dans mon bureau », dit-elle simplement, les deux tasses de café dans les mains, à un Tom, les yeux ronds.