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Le gala donné le soir après la compétition était bondé. Hélèna s’était apprêtée comme si elle allait rencontrer la reine d’Angleterre (parce que personne ne veut rencontrer le roi d’Angleterre), alors qu’Éric était à peine mieux habillé que d’habitude (il avait simplement mis un veste sur son tee-shirt).
Et ce devait être lui qui avait raison, car tous ses semblables étaient accoutrés de la même manière, plutôt casual. Quelques une des participantes féminines avaient, comme Hélèna, fait l’effort de mettre une jolie robe, de bien se coiffer, de se maquiller et même, pour certaines, de mettre des bijoux. Leur physionomie changeait tellement ! La photographe avait l’impression d’être entourée des mannequins. C’était une situation à laquelle elle était habituée dans son milieu professionnel, mais rarement autrement, et surtout pas en soirée.
Éric était entré dans la grande salle, les mains dans les poches, avec la ferme intention de ne pas rester longtemps. Ainsi l’avait-il annoncé. Il savait qu’il était important de se faire voir, mais il digérait mal sa quatrième place. Il ne l’avait pas clairement dit à sa manageuse, mais elle avait bien saisi qu’il ne voulait pas croiser Vogt. Elle non plus, à vrai dire. Ce type puait l’arrogance. Même s’il savait ce qu’il valait, un peu d’humilité ne lui aurait pas fait de mal.
La musique était forte, les cocktails appréciables, la nourriture heureusement pas anglaise. La soirée se passait finalement plutôt bien. Hélèna et Éric ne s’était pas trop mélangés au reste des invités. Il y avait bien eu quelques personnes qui étaient venues taper sur l’épaule d’Éric pour le saluer ou le consoler pour son score frustrant mais encourageant pour une reprise. Éric avait la plupart du temps répondu par des mot-phrases. De temps en temps, il avait pris le temps de sourire un peu et de faire la conversation, et même de présenter Hélèna comme la remplaçante de Danny. Certains eurent l’air surpris, d’autres répondirent qu’il avait bien eu raison de le virer et d’engager une aussi jolie manager. Hélèna goûta les compliments, mais eut malgré tout un pincement au cœur en voyant qu’Éric n’hésitait même pas et n’essayait pas de la présenter comme sa petite amie ou quoi.
Mais bon, après quelques semaines, il avait dû définitivement tourner la page. Il faudrait bien qu’elle le fasse aussi.
Hélèna devaient en être à son troisième mojitos, ou son cinquième. Elle avait arrêté de compter. L’alcool lui montait à la tête, mais elle arrivait à se tenir encore plutôt droite. Éric n’avait pas beaucoup bu, il restait à l’affût, comme un chasseur qui attend de repérer une proie. Soudain, son regard se fixa au loin. Hélèna était trop petite et noyée dans la foule pour voir sur quoi ou qui.
« Je reviens » dit simplement le grimpeur, avant de disparaître entre les invités.
Hélèna posa son verre sur le buffet près d’elle et tenta de le suivre. Il lui fallut se faufiler entre les gens, les groupes, manquer de se faire écraser, piétiner, asperger de boisson, quand les gens se rendait compte qu’elle passait par là. Elle manqua de percuter Éric qui s’était arrêté au milieu de la salle. Une des participantes était très proche de lui, une main sur son épaule, un verre dans l’autre, leurs visages très proches. Elle lui parlait dans le creux de l’oreille. Hélèna ne put empêcher de ressentir une pointe de jalousie. Elle eut même envie de jouer de son statut de manageuse pour dire bas-les-pattes à cette pouf, mais elle trouva la force de tout garder pour elle. La grimpeuse avait l’air très alcoolisée et ses intentions, quoique inaudibles, étaient tout à fait claires au vue de son regard concupiscent. C’était donc pour la trouver qu’Éric avait décidé de quitter le buffet si soudainement ? Hélèna grinça des dents, inaudible aussi.
La photographe ne vit que la mâchoire d’Éric bouger, elle n’entendit pas ce qu’il avait dit, puis il repoussa délicatement la jeune femme et continua de fendre la foule. Hélèna le suivit. L’autre la toisa avec amertume.
Qu’avait bien pu lui dire Éric pour qu’elle la regarde comme ça ? Hélèna dut combattre un début d’espoir pour ne pas risquer de s’enflammer toute seule.
Finalement, Éric parcourut presque toute la salle pour se retrouver sur le buffet à l’opposé. Mais Hélèna comprit enfin pourquoi il l’avait fait. Il parlait à présent avec Don Lewis, son ancien entraîneur. La jeune femme hésita un instant avant de les rejoindre, puis préféra leur laisser un peu d’espace. Éric devait chercher des conseils ou quelque chose qui le réconforterait de la part de quelqu’un qui n’avait rien à gagner à flatter son ego.
Hélèna fit demi-tour pour retourner à son point de départ, mais ne put pas faire deux pas qu’elle percuta le torse puissant d’un invité. Levant la tête, elle vit Vogt. La photographe retint une grimace.
« Hey, mais ce ne serait pas notre petite manager ? Content de te voir ici. Voulez-vous danser avec moi ? Si ça n’embête pas ton champion, évidemment, termina-t-il avec sarcasme.
— Plutôt me raser la tête.
— Ah, ah, très drôle. Je t’offre à boire, du champagne ? Vous les Françaises, vous adorez ça, il paraît. Si tu traînes avec moi, vous allez en boire souvent. »
Entre exaspération et après la surprise d’entendre l’Allemand passer du tutoiement au vouvoiement de manière aléatoire, Hélèna leva les yeux au ciel sans savoir quoi répondre. Elle préféra repartir dans son coin et essaya de le contourner mais Vogt la bloqua de son bras musclé.
« Allez, juste un verre, quoi !
— Non, merci. Laissez-moi passer ! »
Hélèna tenta de forcer le passage mais le bras de Vogt était plus rigide qu’une branche d’arbre. Il le referma sur la jeune femme et la ramena devant lui.
« Te fais pas prier. C’est pas parce que tu bosses avec l’autre assassin que tu dois jouer la…
— L’autre quoi ? s’étrangla Hélèna. Lâchez-moi ! Lâchez-moi !! »
Vogt la maintenait contre lui d’une seule main. Hélèna n’arrivait pas à s’en défaire et était prise d’une peur panique. Elle tourna la tête vers Éric, espérant qu’il la verrait et interviendrait.
Elle fut surprise de le voir déjà accourir vers Vogt et elle, visiblement mécontent. À trois pas d’eux, il arma son bras le lança vers le visage de son rival.