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Le mot, dur, violent, resta coincé dans la gorge d’Hélèna.
« Cet enfoiré peut bien dire ce qu’il veut. Il fera tout ce qu’il peut pour m’abattre. Même retraité, je lui fais peur, rétorqua Éric.
— Il t’a traité d’assassin. »
Cette fois, Éric s’étrangla et serra si fort des dents qu’il en grinça.
Son regard exprima une folle envie de meurtre, effectivement, mais la flamme s’éteignit rapidement, remplacée par de la tristesse.
« Ce mec est une ordure. Rien de plus » dit le grimpeur.
Il secoua la tête en essayant d’accuser le coup.
« Bonne nuit, Hélèna, termina-t-il avant d’ouvrir sa porte.
— Je suis désolée, dit la jeune femme avant qu’il ne disparaisse.
— Désolée de quoi ?
— De te l’avoir dit. Je n’avais pas l’intention de te blesser. Mais je ne voulais pas garder cela pour moi. »
Éric secoua la tête. Peut-être cela voulait-il dire qu’il s’en fichait, peut-être qu’il ne voulait pas en parler, peut-être qu’il se contenait pour ne pas hurler sur la jeune femme ? Il disparut dans sa chambre sans rien ajouter.
Hélèna dormit mal cette nuit. Elle repensa au regard d’Éric quand elle lui avait rapporté les paroles de Vogt et à son regard quand il avait failli le frapper. Elle espérait qu’il ne ferait pas quelque chose d’idiot dans la nuit, comme aller retrouver l’Allemand au bar ou ailleurs et lui casser la mâchoire à coup de tabouret, qu’elle n’aurait pas besoin d’aller le récupérer dans un commissariat et qu’elle ne perdrait pas son nouveau métier de manager. Pourquoi avait-il fallu qu’elle ouvre sa bouche ? Elle s’en voulait. Presque autant que d’avoir couché avec José.
— — —
Le lendemain matin, la photographe frappa à la porte de son sportif. L’excuse était toute trouvée : elle voulait voir s’il venait prendre le petit déjeuner avec elle. Malheureusement, Éric n’ouvrit pas. Hélèna recommença deux fois, mais la porte resta irrémédiablement fermée. Elle se résigna à descendre manger un peu avant de préparer ses bagages pour le voyage retour.
Elle fut surprise de trouver le sportif déjà attablé, en train manger d’un bon appétit. Il semblait seul. Elle le rejoignit.
« Je n’ai pas voulu te réveiller. Tu avais l’air fatiguée, hier soir. Et je sais que tu n’es pas du matin. »
Hélèna alla se servir et le rejoignit. Ils mangèrent en silence. Elle aurait bien voulu terminer la conversation, mais n’avait aucune idée de la manière d’aborder le sujet. Ils échangèrent des banalités pour meubler un peu le silence, mais n’allèrent pas beaucoup plus loin que la qualité de leur sommeil durant la nuit.
Finalement, elle ne dit rien. Lui non plus. Une fois le petit-déjeuner pris, ils montèrent sans plus discuter et retournèrent dans leurs chambres respectives pour finir de se préparer et quitter l’hôtel.
L’ambiance dans le taxi qui les amenait à l’aéroport était toujours aussi pesante. Plus même. Hélèna n’osait plus rien dire. Elle avait peur qu’Éric la rabroue si elle osait ouvrir la bouche. Il avait repris son mutisme habituel.
Dans l’avion, alors qu’il n’y avait aucun moyen de s’enfuir, Hélèna se lança enfin.
« Tu sais, finit-elle par dire quelques secondes après le décollage, alors que le signe ordonnant d’attacher sa ceinture n’était pas encore éteint, je ne voulais pas te blesser ni faire le jeu de Vogt. J’espérais simplement que tu m’en dirais plus. »
Éric la dévisagea comme s’il la rencontrait pour la première fois et jaugeait s’il pouvait lui faire confiance. Il fit la moue, plissant plusieurs fois les yeux. Puis il soupira lourdement.
« Il est persuadé que c’est moi qui ai poussé Fred de la falaise.
— Mais c’est faux…
— …
— C’est faux, hein ? »
Éric haussa les épaules.
« Je ne l’ai pas poussé de la paroi, mais si je ne l’avais pas convaincu d’aller nous entraîner malgré la météo… il serait peut-être là à discuter avec nous.
— Ça ne lui donne pas le droit de te traiter d’assassin, surtout devant tant de monde. Je vais porter plainte contre lui auprès de la World Climbing ! On ne peut pas le laisser colporter de tels mensonges. C’est de la diffamation.
— Je ne pense pas que ça servira à grand-chose, mais si tu veux. »
— — —
Le vol fut rapide et sans soucis. Ils récupérèrent leurs valises rapidement puis se dirigèrent vers la sortie du terminal. Hélèna avait déjà réservé un Uber avant le décollage pour qu’il soit là à leur sortie. Elle vérifiait son statut au moment où elle traversait les portes qui leur faisaient quitter la partie internationale.
« C’est bon, il sera là dans 5 minutes », dit la jeune femme au grimpeur, mais il n’écoutait pas. Il était même trois mètres devant, concentré sur autre chose. Ou plutôt quelqu’un d’autre. Hélèna se tendit d’un seul mouvement en voyant le comité d’accueil. Il n’y avait pas grand monde, en réalité. Une seule personne. Mais quelle personne !
Ce fut à Hélèna de grincer des dents. Lisa venait de se jeter dans les bras d’Éric qui l’attrapa avec un grand sourire.
Que faisait-elle là ? Comment savait-elle qu’ils arriveraient là ? Ce n’était quand même pas Éric qui lui avait dit, non ?