527 — Aucun remords

719 mots

Il n’était pas désolé d’avoir frappé l’autre garçon.

Il était désolé de s’être fait prendre et d’avoir été sanctionné pour ça, alors qu’il ne faisait que se défendre.

En tant que jeune homme, il se battait toujours. Il n’avait jamais perdu cette habitude et détestait toujours plus l’injustice. Dès qu’il voyait quelqu’un en mauvaise posture, il y allait, quitte à se prendre quelques coups pour la peine. Il perdait rarement.

Continuer la lecture

519 — Le puissant Timorax

933 mots

Sa description n’avait aucun rapport avec la réalité.

On avait vendu à Sam un grand méchant, un monstre immonde de plusieurs mètres de haut, autant de circonférence, libidineux, puant, cruel, impitoyable, invincible presque. À la place, elle se trouvait face à une limace, à peine plus grande, posée sur un canapé doré, à la soie rouge, entourée de deux gardes cyborg en armures brillantes et lances d’apparat, avec, derrière, une immense baie vitrée donnant sur l’immensité sidérale.

Continuer la lecture

517 — Deadline éditoriale

1592 mots

Mon éditeur souhaite voir une première ébauche d’ici la fin de la semaine prochaine.

Ça serait super si j’avais écrit quelque chose. Mais pour l’instant, je n’ai rien. Même pas un début d’idée. Elles viennent toujours quand je n’ai rien pour noter. Aux toilettes ou sous la douche. Quand je me promène dans la forêt avec mon chien. Je devrais prendre un dictaphone avec moi, mais l’idée de parler tout seul à voix haute m’insupporte au moins autant que celle de m’écouter. Quelle horreur d’entendre sa propre voix.

Continuer la lecture

510 — Guère de tranchée

578 mots

« Vous avez eu largement assez de temps pour terminer le travail. »

Le propriétaire du restaurant était mécontent. La ruelle dans laquelle se trouvait son établissement était sale, sombre, lugubre. Mais tout cela, il y était habitué. Ces clients aussi. Ils préféraient vivre loin des grandes artères, de leurs caméras et de leurs tarifs prohibitifs pour une nourriture un peu naturelle.

Continuer la lecture

505 — Saclay soilée

1105 mots

Jacques était toujours prêt à faire des heures supplémentaires si nécessaire.

Cela expliquait pourquoi il se retrouvait maintenant dans le dernier RER pour rentrer chez lui, fourbu. C’était à se demander ce qui le poussait à accepter, alors qu’il savait très bien qu’il n’y avait rien à attendre en matière d’augmentation ni d’avancement. Il réfléchissait vaguement à son absence d’espoir pour sa carrière, scrollant sur son téléphone des news dont il ne lisait que vaguement les titres : le secret de cette plante incroyable qui permet de perdre 50 kg en trois jours, une militante végane renonce à ses principes et arrache la gorge d’un militant d’extrême droite avec les dents, les militaires réfutent la construction d’un accélérateur de particules sous la capitale, le plus gros thon de Bretagne a été vu récemment sur les plages de Brest et inquiète les sous-mariniers du Triomphant.

Quel ramassis de conneries.

Continuer la lecture

492 — Un robot qui ne manque pas d’air

785 mots

« Fumer peut provoquer des maladies mortelles. »

Le robot d’assistance avait annoncé cela à Joe avec son ton monocorde habituel.

« C’est ça. De toute façon, la vie est une maladie mortelle, mec ! »

Il tira sur sa cigarette trois grandes bouffées puis écrasa le mégot sur le front du robot qui restait là stoïque.

Continuer la lecture

488 — Baroud d’honneur

1400 mots

Elle pouvait entendre les pas lourds de Bill à l’étage.

Natsi n’avait pas l’habitude de se laisser gagner par le stress, mais entendre l’artilleur faire les cent pas juste au-dessus de sa tête, alors qu’elle scrutait éperdument l’horizon, écrasée par la chaleur, en se demandant qui de Jonas ou de la horde de Salmenk débarqueraient en premier, tout cela mettait ses nerfs à rude épreuve. Elle se demandait même comme l’Espagnol arrivait à dormir dans le coin de la pièce. Entre le bruit régulier des pas et cette mort qui leur pendait au nez si leur pilote ne se bougeait pas les fesses, Natsi n’aurait jamais pu fermer l’œil. Pourtant, on racontait partout que c’était la capitaine qui avait le plus de sang-froid dans cette bande de chasseurs de prime. Elle commençait à se demander si sa réputation n’était pas galvaudée. Ou peut-être commençait-elle à se faire trop vieille pour ces conneries.

Continuer la lecture

478 — De l’indépendance

946 mots

Joy et Ford discutaient des avantages de l’indépendance, pendant que je m’asseyais.

Ces deux-là n’avaient que ce mot à la bouche. Depuis des semaines, ils en parlaient matin, midi et soir. Je ne pouvais pas leur en vouloir. Du haut de leurs vingt ans, ils avaient envie d’enfin posséder quelque chose à eux.

Continuer la lecture

463 — KafkIA et le procès

709 mots

Ils ont été accusés de complot et de tentative de meurtre.

Les cinq hommes ont été emprisonnés hier au matin, après avoir été arrêtés par les forces de police. De nombreux faisceaux de renseignements corroborent l’accusation. De plus, les moyens employés et les précautions prises étayent les soupçons qu’on leur porte.

Continuer la lecture

448 — Techbrotopia

1800 mots

« Soyez silencieux ! » dit-elle en posant son doigt sur ses lèvres.

Les trois enfants étaient tapis derrière un buisson. Adélaïde avait pris la tête de l’expédition. Frédéric et Philéas, ses deux frères jumeaux, avaient décidé de fausser compagnie à leurs parents pour aller se promener dans cette forêt. On racontait qu’un monstre y vivait. Les deux garçons voulaient le voir en vrai. Adélaïde était forcée de les suivre, ces deux empotés allaient forcément se fourrer dans le pétrin. Pour éviter d’être suivis à la trace, ils avaient déconnecté leurs ordinateurs de bord. Ce n’était pas la première fois qu’ils faisaient le coup. Ça n’empêcherait pas leurs parents d’être morts d’inquiétude.

Continuer la lecture