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« Il est dans mon bureau » avait annoncé Hélèna.
Loin de rester silencieux et assommé par la nouvelle, Thomas, son collègue éméché, s’écria :
« Quoi ? Mais qu’est-ce qu’il fait ici ? Il est venu pour te présenter ses excuses ? Pour te reconquérir ? Il a enfin compris qu’il ne pouvait pas vivre sans toi ?
— Le patron a décidé de faire de moi sa manageure.
— Pardon ? s’écria une nouvelle fois Thomas. Mais tu es photographe, pas manageure ! Et tu as accepté ?
— Il ne m’a pas vraiment demandé mon avis !
— Et ça t’arrange bien, hein. Maintenant, il est à ta botte. C’est toi la cheffe. Tu vas pouvoir en faire ce que tu veux !
— Tu as vraiment trop bu, je crois, Tom. Tu ferais mieux d’arrêter de parler, tu dis connerie sur connerie. Le patron semble penser que mes contacts dans les différents magazines me permettront de placer des articles sur Éric quand bon me chantera, mais j’y crois pas trop.
— Et lui, il en dit quoi ?
— Lui, qui ? Éric ? Pfff, soupira la photographe. Il n’a rien dit du tout, ni pour exprimer son mécontentement ni l’inverse.
— Et donc là, si tu le laisses poireauter dans ton bureau pendant que tu te fais un café, c’est pour lui montrer qui c’est qui est aux commandes ? s’amusa Thomas à moi affalé sur l’îlot de la cuisine.
— Je pense plutôt que c’était pour pouvoir mieux s’enfuir. »
Thomas se redressa vivement en entendant la voix masculine, qu’il ne connaissait pas, dans son dos. Hélèna faillit en lâcher les tasses. Éric venait d’arriver. Il avait fini par perdre patience à rester seul dans le bureau de sa nouvelle manageure et avait préféré se confronter au dédale à la recherche de la cuisine.
« Vous êtes Éric ? demanda faussement Thomas, qui connaissait déjà le grimpeur. Enchanté, Thomas Gabin, du marketing, continua-t-il lui en serrant la main.
— Thomas a trop bu pendant un déjeuner clients, coupa Hélèna. Il faut l’excuser s’il raconte n’importe quoi. Il retournait justement à son bureau pour essayer de reprendre ses esprits », ajouta la jeune femme, appuyant son regard sur le jeune homme.
Celui-ci comprit et s’excusa avant de partir. Hélèna soupira, posa la tasse destinée au sportif sur l’îlot puis bu une gorgée de son café. Éric prit sa tasse et fit de même.
Un silence lourd commença à s’installer. Heureusement, le grimpeur ne le coupa rapidement.
« Je ne te déteste pas. Je ne t’en veux même pas trop. C’est ma faute, j’aurais dû réussir à te donner des nouvelles plus rapidement. Je suis désolé.
— Moi aussi, je suis désolée. J’aurais pu… j’aurais dû… »
Elle préféra reprendre une gorgée de café plutôt que de finir sa phrase.
« Pourquoi tu n’as pas refusé quand ton patron t’as proposé de remplacer Danny ? demanda Éric.
— Tu ne connais pas mon boss. Ce n’était pas vraiment une proposition qu’il m’a faite. Mais dans tous les cas, je n’aurais par refusé.
— Pourquoi ça ?
— Et toi ? demanda Hélèna sans répondre. Pourquoi n’as-tu rien dit ? C’est toi le client, tu avais le choix de demander quelqu’un d’autre.
— À vrai dire, quand je l’ai vu décrocher son téléphone et appeler quelqu’un, je n’avais aucune idée de qui était la personne à l’autre bout, et encore moins qu’il allait lui proposer de remplacer Danny. Quand je t’ai vue, j’ai préféré attendre ta réaction. Surtout après ton SMS de tout à l’heure.
— À vrai dire, je pense que mêler travail et sentiment n’est pas une bonne chose. J’ai déjà du mal à gérer les deux séparément.
— J’avais plutôt l’impression du contraire.
— C’est-à-dire ?
— Tu as plutôt bien géré les photos que tu as faites pendant ton séjour chez moi. Et le reste était pas mal.
— Oui, mais manargeure ? Je ne sais pas faire. Je ne m’en sens pas capable. Je vais retourner voir mon boss pour lui dire que Thomas sera bien plus compétent que moi et qu’il vaut mieux qu’il le nomme ton nouveau manager à ma place. Ou quelqu’un d’autre. Je ne sais pas, moi…
— Tu es sûre que tu ne veux pas essayer. Je pense comme ton patron que tu réussiras très bien dans ce rôle. Sans compter que je dois passer plusieurs jours à Londres les prochains jours pour un évènement. Ce n’est pas un grosse compétition, mais ça me permettra de jauger mon niveau par rapport aux autres.
— Tu me proposes de t’accompagner à Londres pour y passer plusieurs jours avec toi ?
— Je pense que tu sais faire plein de choses et que tu peux très bien gérer ma carrière, donc je ne m’inquiète pas sur ce point… Pour le reste, je ne sais pas si je t’ai pardonnée, mais je n’arrive pas à me résoudre de me dire que je ne veux plus te revoir. Ces quelques jours nous permettrons de mettre les choses au point. Tu pourras aussi voir si ce nouveau métier te vas, et ensuite choisir de rester ma manager ou non. »
Hélèna avait l’impression d’être sur un petit nuage.