Étiquette : Arts martiaux

  • 430 — Application martiale

    770 mots

    J’ai vu sa main arriver à toute vitesse sur mon visage.

    Sans réfléchir, je glisse sur le côté pour sortir de cette ligne d’attaque, je maîtrise son bras en glissant dans son dos, lui empoigne la nuque pour le faire tourner sur lui-même, lève un bras au ciel pour l’arrêter brusquement dans son élan. Il s’écroule par terre, plus étonné que sonné.

    Il semblerait que, finalement, mes années d’entraînement et de répétitions de mouvement d’arts martiaux m’ont appris quelque chose. C’est la sensei qui va être contente. Ou pas.

    Malheureusement, il en reste encore cinq autour de moi. Même si leur volonté vacille à vue d’œil, ils restent prêts à me faire mon affaire.

    Dans le bar, le temps s’est suspendu. Le silence est tombé d’un coup. Je découvre que de la musique jouait tout ce temps. Mon amie a réussi à s’éloigner et à se mettre à l’abri derrière un pilier. Le barman est prostré à l’autre bout du comptoir, de peur de prendre un coup par hasard ou malchance, ou les deux. Je pense qu’il n’a jamais vu de bagarre ici.

    « Qu’est-ce que vous attendez ? rugit celui à terre à ses amis. Faites-lui la peau ! »

    Le plus courageux se décide à se jeter sur moi en armant un coup de poing si ample qu’il en paraît caricatural. Je ne réfléchis pas plus qu’avant et je rentre, comme on dit, avant qu’il n’ait porté son coup en lui plaçant un atemi au visage. Je sens la douleur sur le dos de ma main, mais je crois sentir son nez se briser sous l’impact. Il recule, aussi sonné que surpris.

    Je n’ai pas le temps de réfléchir qu’un autre m’attaque par-derrière. Il m’attrape par les épaules en me poussant. J’avance d’un pas et pose un genou au sol en me penchant en avant. Emporté par son élan et le mien, il me vole littéralement par-dessus et va s’écraser sur son ami au nez en miettes et en sang.

    Je me relève vite fait pour faire face aux trois derniers. Ils sont moins sereins, plus hésitants. Moi, je ressens étrangement de la sérénité. Avec ce que je viens de faire, je me rends compte que je n’ai pas de raisons d’avoir peur. Ça ne m’empêche pas de me rappeler des paroles d’un célèbre prof de self-defense qui disait qu’une fois l’agresseur à terre, il fallait fuir.

    Je regarde les trois autres. Ils n’ont pas bougé. Ils réfléchissent, j’imagine. Faut-il essayer de me donner la raclée que le chef de bande m’a promise, ou mieux vaut-il s’occuper de leurs copains blessés, ou juste fuir ?

    Sincèrement, le plus simple pour tout le monde serait qu’ils décident de prendre leurs jambes à leur cou, mais ils sont pétrifiés.

    Le chef se relève. Il fait comme dans les films et attrape une bouteille de bière par le col pour l’éclater sur le comptoir et en faire une arme bien coupante.

    Les choses se compliquent. Je n’ai pas le droit de me louper cette fois.

    Je sursaute en voyant une bouteille voler d’un coin de la salle et le manquer de peu. Elle s’écrase derrière le comptoir. Le barman ne parvient pas à retenir un « eh ! » de contestation. Une seconde bouteille fait plus ou moins le même trajet. Le chef de bande m’oublie un instant et essaie de voir qui lui lance ça. Il se tourne à peine vers le reste de la salle qu’une troisième bouteille arrive à pleine vitesse. Celle-là est parfaitement ajustée et elle le touche en plein milieu du front. Malgré la vitesse, c’est assez décevant, loin de faire ce que le cinéma nous apprend depuis des décennies, la bouteille ne vole pas en éclats mais fait un « poc » sourd avant de tomber au sol. Mais ça suffit pour faire voir trente-six chandelles à sa cible.

    La foule, enhardie par ce tir parfait, se resserre autour de nous et devient menaçante envers nos agresseurs. Le chef de bande reprend ses esprits, aboie au trois encore en état d’aider les deux autres estropiés. Il ne veut pas rester ici, c’est naze.

    C’est fou ce que ce genre de petite frappe peut balancer comme connerie pour essayer de garder la face.

    Les six voyous s’en vont en essayant de garder la tête haute, mais clairement mal en point moralement quand ce n’est pas physiquement.

    Les clients du bar s’approchent de moi et me félicitent. Ils sont admiratifs, moi je suis plus dans le gaz. La descente d’adrénaline. On nous offre des coups à mon amie et à moi. Je ne me souviens plus vraiment de la fin de la soirée.