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Camille X. Morgan

Écrivain de l’imaginaire, Romans & Nouvelles

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  • 435 — Le voisin Bill

    885 mots

    « Je viens de voir Bill marcher dans la rue. »

    Franky était revenu à la maison, presque en courant pour l’annoncer à Donna. Elle n’en crut pas ses oreilles.

    « Bill ? Du bout de la rue ?

    — Celui-là même !

    — Notre gentil voisin en chaise roulante ? Impossible.

    — Je te jure que c’était lui. Il est arrivé en sifflotant, a fait comme s’il ne m’avait pas vu et est rentré chez lui, tout ça, sur ses deux jambes.

    (suite…)

    Camille X Morgan

    11 février 2026
    Blog, Nouvelles
    Bill, Debout, Fauteuil roulant, Mon marathon de la nouvelle, Voisins
  • 434 — Poursuite infernale

    Pour une fois, le texte n’est pas issue d’une phrase imposée, mais d’une idée de forme narrative donnée par mon ami écrivain Florestan.


    621 mots

    Il faisait nuit, il pleuvait. Il était claqué de sa journée et ne rêvait que de rentrer chez lui. D’ailleurs comment était-il arrivé dans ce quartier ? Il ne savait plus. Ce n’était pas grave, il prendrait le premier métro qu’il trouverait. Peut-être aurait-il dû prendre le taxi qu’il venait de voir ? Il se faufila à travers un groupe énervant et bruyant de gens qui prenaient tout le trottoir.

    Ce fut en passant devant cette ruelle qu’il entendit le coup de feu et vit l’éclair du tir illuminer les murs sales. Il se figea. Au bout, un homme s’écroula, visiblement sans vie. Un autre était derrière lui, par terre, le bras tendu avec ce qui semblait être une arme en main. Il la jeta et se releva, puis regarda sa victime, puis dans sa direction et le vit.

    (suite…)

    Camille X Morgan

    10 février 2026
    Blog, Nouvelles
    course, Meurtre, Mon marathon de la nouvelle, Ruelle
  • 433 — La randonnée (partie 5)

    Si vous n’avez pas lu le début de cette histoire passionnante, les épisodes précédents sont par ici :

    La randonnée partie 1

    La randonnée partie 2

    La randonnée partie 3

    La randonnée partit 4


    1046 mots

    Accoudée sur son bureau, le menton dans sa main, Hélèna scrollait de sa souris, de coup de molette de souris en coup de molette, les photos qu’elle avait faites durant son voyage, son périple, son odyssée même. Elle avait tellement l’impression que ces trois jours avaient duré des semaines, sans savoir si c’était à cause de la souffrance physique à marcher comme elle ne l’avait jamais fait (elle en avait encore des courbatures), ou parce que la coupure avec son univers habituel avait faussé son impression du temps, peut-être avait-ce été de passer trois jours sans utiliser son téléphone, loin des réseaux sociaux et des shorts, ou encore la façon dont elle avait frôlé la mort — sans exagérer.

    Au milieu des photos de paysages majestueux, jolies, mais peu intéressantes, celles du lever de lune et de la comète au nom ressemblant à un mot de passe wifi, plutôt réussies malgré son manque d’habitude de ce genre de clichés, et des portraits des différents randonneurs qu’elle avait croisés, Hélèna tombait sur les rares portraits d’Éric qu’elle avait pris un peu en cachette. Quand son sourire franc ou son regard triste rivé sur le vide apparaissaient sur l’écran, le doigt se suspendait au-dessus de la molette, arrêtant un instant le glissement vertical des images pour scruter les détails de ce visage. Elle ne le trouvait pas beau, pas suivant les standards qu’elle s’était fixés depuis longtemps, mais il avait quelque chose de charmant qui l’attirait sans savoir pourquoi.

    (suite…)

    Camille X Morgan

    9 février 2026
    Blog, Nouvelles
    Mon marathon de la nouvelle, montagne, Photographe, Randonnée
  • 432 — La randonnée (partie 4)

    Si vous n’avez pas lu les parties 1, 2 et 3 sont par ici :

    La randonnée partie 1

    La randonnée partie 2

    La randonnée partie 3


    897 mots

    Éric revint et interrompit le gardien avant qu’il n’eût pu raconter quoi que ce fût.

    « Qu’est-ce que vous chuchotez tous les deux ?

    — Rien, rien, répondit Pierre, sans la moindre trace de culpabilité. La jeune femme me racontait comme tu l’avais sauvée, tout à l’heure. Heureusement que tu étais là. »

    Éric grogna en forme d’approbation puis se tourna vers Hélèna.

    « Vous devriez entrer pour vous trouver une place. Je me suis mis dans le premier dortoir à gauche. C’est le plus près de la douche. Mais vous faites comme vous le sentez. D’ailleurs, profitez peut-être qu’il n’y a personne et encore de l’eau chaude pour vous rafraîchir. »

    (suite…)

    Camille X Morgan

    8 février 2026
    Blog, Nouvelles
    Mon marathon de la nouvelle, montagne, Photographe, Randonnée
  • 431 — Expédition polaire

    624 mots

    Elle a parcouru le journal pour avoir des nouvelles d’eux.

    Mais encore une fois, rien.

    Cela faisait près de quatre semaines que le télégraphe n’avait rien reçu de leur part ; un mois qu’ils étaient partis avec leur dirigeable à vapeur en direction du pôle sud. Ils avaient transmis des nouvelles tous les jours, parfois pour ne rien dire du tout, juste indiquer qu’ils allaient bien et que l’expédition suivait son cours. Puis après avoir quitté Le Cap, ils n’avaient plus émis.

    Madeleine ne s’était pas inquiétée. C’était normal. Elle connaissait ses frères, s’ils ne donnaient pas de nouvelles, c’était qu’il ne le pouvait simplement pas. Alphonse et Gustave n’étaient pas du genre à oublier. Ils savaient que beaucoup de gens attendaient impatiemment les avancées de leur voyage. L’expédition était une curiosité dans tout le pays. Ils avaient réussi à faire suffisamment parler d’eux pour obtenir le soutien de plusieurs mécènes et même de l’État qui y avait vu un moyen de redorer son image.

    Le jour de leur départ, une foule dense s’était massée sur le champ de Mars, face à l’école militaire, pour voir l’étrange engin décoller avec les deux hommes à son bord.

    (suite…)

    Camille X Morgan

    7 février 2026
    Blog, Nouvelles
    Alphonse, Expédition, Gustave, Madeleine, Mon marathon de la nouvelle, Pole
  • 430 — Application martiale

    770 mots

    J’ai vu sa main arriver à toute vitesse sur mon visage.

    Sans réfléchir, je glisse sur le côté pour sortir de cette ligne d’attaque, je maîtrise son bras en glissant dans son dos, lui empoigne la nuque pour le faire tourner sur lui-même, lève un bras au ciel pour l’arrêter brusquement dans son élan. Il s’écroule par terre, plus étonné que sonné.

    Il semblerait que, finalement, mes années d’entraînement et de répétitions de mouvement d’arts martiaux m’ont appris quelque chose. C’est la sensei qui va être contente. Ou pas.

    Malheureusement, il en reste encore cinq autour de moi. Même si leur volonté vacille à vue d’œil, ils restent prêts à me faire mon affaire.

    Dans le bar, le temps s’est suspendu. Le silence est tombé d’un coup. Je découvre que de la musique jouait tout ce temps. Mon amie a réussi à s’éloigner et à se mettre à l’abri derrière un pilier. Le barman est prostré à l’autre bout du comptoir, de peur de prendre un coup par hasard ou malchance, ou les deux. Je pense qu’il n’a jamais vu de bagarre ici.

    « Qu’est-ce que vous attendez ? rugit celui à terre à ses amis. Faites-lui la peau ! »

    (suite…)

    Camille X Morgan

    6 février 2026
    Blog, Nouvelles
    Aikido, Arts martiaux, Bar, Combat, Mon marathon de la nouvelle
  • 429 — La randonnée (partie 3)

    Si vous n’avez pas lu les parties 1 et 2, c’est par ici :

    La randonnée partie 1

    La randonnée partie 2


    720 mots

    Hélèna était collée contre Éric, tout contre. Son cœur battait à tout rompre, elle avait les joues en feu, elle haletait mais manquait d’air, ses jambes tremblaient et la portaient à peine. Elle avait manqué de tomber dans le ravin et avait le sentiment clair qu’il venait de lui sauver la vie.

    Alors qu’elle se sentait basculer en arrière, emportée par le poids de son cas, Éric avait bondit, vif comme l’éclair, l’avait attrapée par le poignet avec l’avait attirée vers lui. Elle s’était retrouvée contre lui et n’en décollait pas. Cela faisait peut-être deux longues minutes qu’elle avait manqué de mourir. Dans sa tête, elle imaginait en boucle la scène de la chute qu’elle aurait pu faire, la détresse de sa mère à qui les gendarmes venaient annoncer l’horrible nouvelle, l’idée que ce guide devait la trouver si encombrante et ridicule à s’accrocher à lui comme une moule accrochée à son rocher… mais si elle lâchait, elle s’écroulait par terre.

    (suite…)

    Camille X Morgan

    5 février 2026
    Blog, Nouvelles
    Mon marathon de la nouvelle, montagne, Photographe, Randonnée, romance
  • 428 — Exécution royale

    Une petite pause sur l’histoire de la randonnée (voir 426 et 427), parce que je voulais faire plus court aujourd’hui (spoiler : c’est raté ¯ \_(ツ)_/¯ )


    845 mots

    Le roi a ordonné qu’elle soit exécutée.

    Vous imaginez ? La reine. Exécutée.

    D’abord, personne n’y a cru. Le sujet était si futile. Mais le roi était un homme colérique et violent. Tout le monde en avait peur. Je peux comprendre. Que ce soit beaucoup ou très peu, on a peur de perdre ce qu’on a, rien qu’en contrariant son despote, pour une parole mal comprise ou un regard mal interprété.

    Personne ne savait clairement ce qu’avait fait la reine pour mériter la peine capitale, mais tout le monde était persuadé qu’elle était loin de la mériter. C’était une femme bonne, intelligente, prévenante avec ses sujets, du plus riche duc au plus pauvre de ses sujets. Elle avait toujours un mot agréable pour ses serviteurs. Jamais on ne l’avait entendue élever la voix. S’il lui était arrivé de contredire le roi son mari, elle avait dû le faire dans l’intimité, car personne ne se souvenait qu’un tel événement fût arrivé, même une seule fois.

    En un mot, tout le monde aimait la reine et tout le monde détestait le roi, mais tout le monde le craignait, donc tout le monde exécutait bêtement ses ordres, des plus idiots aux plus immoraux.

    Même quand il a ordonné qu’elle soit exécutée.

    Personne n’a rien dit. Personne n’a osé. Le ministre chargé des relations avec les pays voisins aurait pu expliquer au roi que cette décision nuirait à la diplomatie, il n’a dit rien. Le ministre chargé de la Sécurité intérieure aurait pu dire que le peuple serait choqué de voir sa bien-aimée reine se faire trancher la gorge comme une vulgaire voleuse, il s’est tu. Pas un ministre, aucun général, maréchal, sénéchal, connétable, noble, serviteur n’avait eu le courage de s’opposer à une décision que tout s’entendait, dans le dos du roi, à qualifier d’abjecte et de dommageable pour le pays.

    Aujourd’hui est le jour de l’exécution. L’échafaud a été monté comme d’habitude hier. Le billot est à sa place au milieu. La foule est présente et massive, plus que pour une exécution habituelle. Mais l’ambiance est lourde et silencieuse. Habituellement, les gens bavardent, s’esclaffent, rient de bon cœur, parce qu’un bandit ou un violeur, ce n’est pas bien grave pour eux. Mais aujourd’hui, c’est leur reine qu’on assassine. Une reine qu’ils aiment. Beaucoup sans raison particulière, simplement parce qu’elle n’est pas son tyran de mari et qu’elle fait toujours appuyer des décisions justes. Qu’elle faisait, faudrait-il dire plutôt.

    Elle était montée habillée d’une simple robe de lin blanche, drapée dans plus de dignité ce jour que n’importe quel noble de la cour tout au long de sa vie. Elle portait ses cheveux relevés en chignon pour dégager la nuque. Elle s’agenouille devant le billot et y dépose sa tête, face à la foule. Elle veut que son dernier regard soit pour ceux qu’elle a aimés sincèrement.

    Le roi et ses ministres sont alignés derrière moi pour assister à la scène, vérifier que la sentence est bien exécutée. Le visage caché sous ma cagoule noire, j’attends le signal du roi qui me le donne d’un nonchalant mouvement de doigt, comme s’il ordonnait qu’on débarrasse les détritus. Je lève ma hache haut, plus c’est haut, plus vite ça tombe, mieux ça coupe. Quelques fois, j’ai dû m’y reprendre à trois essais sur des bougres avec des cous de taureau. Ils hurlaient pendant que le sang pissait dans tous les sens dans l’hilarité du public. Il ne faut pas ça pour la reine. Cette femme admirable devait avoir une mort nette et sans souffrance — avec le moins possible en tout cas, surtout après avoir vécu tant de temps avec son mari. C’est pour cette raison que j’ai fait affûter mon outil de travail hier.

    La hache toujours levée, j’hésite un court instant, l’espace d’une seconde. Des courageux dans la foule me huent, ou huent le roi, difficile de déterminer qui ils regardent vraiment. Le roi est plus véhément dans ses ordres pour qu’on arrête les dissidents, pour qu’ils subissent le même sort, pour qu’ils servent d’exemple quand on se rebelle contre son roi.

    Je redescends ma hache et me retourne vers le roi, pour savoir si je dois attendre les nouveaux clients ou pas. Cette fois, le roi ne me donne le signal que d’un simple coup de menton en direction de son épouse.

    J’inspire profondément, souffle, inspire en hissant une nouvelle fois ma hache dans les airs, puis l’abat d’un coup rapide, net, précis. Mon plus beau. De toute ma carrière. Le dernier, je crois. Le corps s’écrase lourdement sur les planches de l’échafaud, la couronne roule un peu plus loin.

    Dans le public, une femme hurle soudain, un cri à déchirer le cœur, de la surprise mêlée à l’horreur. La peur de l’inconnu, dirais-je plutôt. D’autres personnes se joignent à elle.

    Le temps que les ministres comprennent ce qu’il se passe, ils sont recouverts de sang royal. Je ramasse la couronne, j’aide la reine à se relever et la lui pose sur la tête.

    « Le roi est mort ! Vive la reine ! »

    J’ai toujours détesté ce type.

    Camille X Morgan

    4 février 2026
    Blog, Nouvelles
    Exécution, Mon marathon de la nouvelle, Reine, Roi
  • 427 — La randonnée (partie 2)

    Si vous n’avez pas lu la 1ʳᵉ partie, c’est par ici :

    La randonnée partie 1


    864 mots

    Éric échangea son sac de couchage avec Hélèna. Il savait qu’il survivrait plus facilement aux températures qu’elle dans ce truc de plage, et il ne la supporterait sûrement pas le lendemain, si elle n’avait pas suffisamment dormi.

    Hélèna tournait sur elle-même comme un chat chassant sa queue, à la recherche d’une place sûre pour poser son sac de couchage. Éric plaçait de grosses pierres en cercle et y mit des brindilles et des branches.

    « C’est pas interdit de faire du feu, ici ? s’étonna la photographe.

    — Si, mais je sais comment faire pour ne pas déclencher un incendie. Après si vous préférez mourir de froid… Mais je préfère éviter que vous veniez vous coller à moi pendant la nuit pour vous réchauffer.

    — Non, mais vous rêvez ou quoi ? » s’étrangla Hélèna.

    Le guide soupira dédaigneusement et alluma le petit tas de bois avec son briquet. Les flammes naissantes brillèrent dans ses yeux sombres. Elles redessinaient ses traits de manière plus brute, accentuant sa barbe naissante, son front large, ses mâchoires carrées, son sourire moqueur. Dans d’autres circonstances, Hélèna n’aurait pas forcément dit non pour un rapprochement physique, mais il avait quand même un caractère bourru, et la traitait un peu trop comme une citadine perdue. Certes, c’était exactement ce qu’elle était, mais elle n’appréciait guère se le voir rappelé à chaque instant.

    Le feu bien parti, sa chaleur irradiait et fit sentir à Hélèna qu’elle était frigorifiée dans ses habits trempés de sueur. Pendant qu’elle fixait les flammes, en train de divaguer intérieurement, Éric avait déjà étalé son duvet et enlevé chaussures et chaussettes. Ils les disposaient proches du feu pour les faire sécher. Il enleva sa veste et son maillot de corps pour se retrouver torse nu, avant de tirer de son sac un t-shirt sec. Hélèna ne put s’empêcher d’admirer son torse et ses bras musculeux.

    « Vous devriez faire comme moi, lança-t-il en la voyant le regarder avec surprise. Vous allez attraper la mort si vous restez dans vos habits mouillés. Ne vous inquiétez pas, je me tourne et il n’y a personne d’autre pour vous regarder, ajouta-t-il avant qu’Hélèna ne proteste. À moins que vous n’ayez pas non plus d’habits de rechange ? »

    La jeune femme hésita un instant avant de répondre.

    « On vous a transmis les consignes au moins avant de vous envoyer ici ? ronchonna le guide. »

    Sans réponse de la photographe, Éric plongea la main dans son sac et la lui tendit.

    « Prenez ça pour la nuit le temps que vos habits sèchent.

    — Vous me prêtez un de vos t-shirts ? Vous n’en aurez pas besoin ?

    — J’en ai toujours un ou deux en plus au cas où je prends la pluie, mais ça devrait aller d’ici notre retour. Allez ! Mettez-le ! »

    Hélèna prit le maillot avec un peu d’appréhension. Éric se retourna pour lui laisser un peu d’intimité. Peut-être que sous ses airs d’ours bourru, c’était quelqu’un de sympa.

    Le soleil réveilla Hélèna. Elle avait plutôt bien dormi et n’avait même pas trop senti les aspérités du sol dans le sac épais et chaud du guide. Celui-ci n’était plus là. Hélèna se redressa inquiète qu’il l’eût abandonnée dans la nuit. Elle le vit un peu plus loin, en train d’admirer le paysage, une tasse fumante à la main. Il ressemblait à une pub pour du café.

    « Déjà debout ? » lui dit-il ironiquement en la voyant enfin réveillée.

    Cette pique refroidit immédiatement la jeune femme qui commençait à revoir son jugement sur son guide.

    Ils avaient repris la marche après un petit-déjeuner frugal. Hélèna avait encore mal au pied de la veille, mais elle ne pouvait pas se plaindre. Il fallait qu’elle arrive absolument au refuge aujourd’hui. Il n’y avait que deux nuits où elle pouvait prendre les photos qu’on lui avait commandées et elle avait loupé la première. Si elle loupait cette seconde nuit, elle se ferait appeler Arthur par son chef.

    En voyant le chemin qu’ils empruntèrent, Hélèna fut contente de s’être arrêtée avant pour passer la nuit. Ils longèrent une paroi abrupte, sur un chemin à peine aussi large qu’une personne, avec en contrebas un ravin de plusieurs dizaines de mètres. Il y avait bien une ligne de vie à laquelle elle se cramponnait, mais elle n’était pas rassurée. Éric l’avait laissé passer devant lui, et la tenait par le sac d’une main pendant qu’il tenait nonchalamment la ligne de vie de l’autre.

    De l’autre côté de ce passage périlleux, le guide laissa la jeune femme reprendre ses esprits avant de reprendre la marche. Elle était pliée en deux, les mains sur les genoux, cherchant son souffle comme si elle avait monté les escaliers de la tour Eiffel jusqu’au 3e étage.

    « Il ne devrait plus y en avoir que pour une heure, environ !

    — Super ! » répondit Hélèna, dans une expiration.

    Prête à repartir — c’est ce qu’elle essayait de faire croire et ce dont elle essayait de se convaincre —, elle se redressa, un peu trop rapidement. Emportée par le poids de son sac, elle recula, glissa sur un caillou et tomba en arrière. Le ravin était encore tout proche. Trop proche.


    Retrouvez la suite dans la partie 3.

    Camille X Morgan

    3 février 2026
    Blog, Nouvelles
    Mon marathon de la nouvelle, montagne, Photographe, Randonnée, romance
  • 426 — La randonnée (partie 1)

    Je m’étais promis de ne pas faire ça, mais pas suffisamment de temps pour tout faire dans une journée… voici donc une nouvelle en 2 parties.

    619 mots

    « Je ne pensais pas que ces bottes résisteraient à une si longue marche ! »

    Éric se retourna, l’air surpris. Hélèna, la photographe qu’on lui avait collée dans les pattes n’avançait pas à grand-chose. Si elle continuait à ce rythme, ils n’arriveraient jamais au refuge avant la nuit. Pourquoi lui avait-on demandé à lui de la chaperonner ?

    Hélèna s’était assise sur un des gros rochers qui longeaient le sentier. Elle était essoufflée rien que de respirer. La photographe n’était pas habituée à sortir de son studio niché dans la grande ville pour aller faire un trek dans la montagne. Quelle malchance que Nico se soit blessé deux jours avant et que personne d’autre ne fût disponible ! À présent, Hélèna se retrouvait obligée de suivre cet ours déguisé en guide pour atteindre une cabane perchée sur un éperon rocheux à 12 millions de kilomètres d’altitude (ressentis) pour faire des photos d’un lever de lune qui n’arrivait qu’une fois tous les 22 ans couplé au passage d’une comète qui ne passait que tous les 127 ans… du grand spectacle pour les amateurs de l’espace. Ce qu’Hélèna n’était pas du tout. Elle avait déjà du mal à trouver la Grande Ourse… Et elle détestait marcher. Et le froid aussi. Bref, elle maudissait Nico de s’être blessé.

    Héléna regardait ses bottes achetées en deux-deux dans le premier magasin de randonnée qu’elle avait trouvé. Elles semblaient tenir le coup. Par contre, ses pieds à l’intérieur lui brûlaient sous la plante, donnaient l’impression d’avoir gonflé au point de sentir toutes les mailles de ses chaussettes, et elle avait peut-être une ampoule qui lui commençait à se former au-dessus de son talon gauche.

    « Il reste combien de kilomètres ?

    — Pas beaucoup.

    — Ah ! Super ! Donc on y sera dans combien de temps ?

    — Si on continue à ce rythme… pas avant dix-neuf heures.

    — Mais c’est dans super longtemps ! s’insurgea Hélèna.

    — On n’avance pas aussi vite en montage qu’en ville, ironisa Éric. Et vous ne marchez pas très vite non plus. Surtout assise », ajouta-t-il, plein de sarcasme.

    Hélèna se remit sur pied. Elle se serait bien plainte qu’elle n’avait pas envie d’être là, surtout pour photographier des étoiles débiles, mais elle avait cru comprendre que ce guide connaissait bien son patron et elle ne voulait pas avoir de problèmes.

     

    La nuit était tombée depuis une heure déjà. Malgré la marche, Hélèna claquait des dents. Elle avait chaud et froid en même temps. Elle s’imaginait déjà en train de mourir d’hypothermie. Tout était sombre autour d’elle. Seule la lumière de la lampe frontale d’Éric dansait sur le sol, unique trace de modernité dans cet océan d’obscurité.

    Il finit par s’arrêter sans prévenir. Hélèna manquant de s’emboutir dans son gros sac à dos.

    « On est arrivés ? demanda la photographe avec soulagement.

    — Non ! On s’arrête ici, ça ne sert à rien de continuer. On arrivera trop tard.

    — Mais ils ne vont pas s’inquiéter ?

    — Non, j’ai déjà prévenu en partant que ça risquait d’arriver.

    — Ah ! Sympa ! ronchonna Hélèna, mécontente d’être vue comme l’archétype de la citadine (qu’elle représentait quand même plutôt bien). Mais on va dormir où ?

    — Ici.

    — Mais y a rien ici !

    — Vous avez amené une tente, vous ? Alors, ce sera à la belle étoile !

    — On risque pas de mourir de froid ?

    — Vous avez un sac de couchage fait pour ça, non ? C’était dans la liste du matériel que j’avais envoyée.

    — J’ai pris un sac de couchage, oui. »

    Éric soupira. Il sentait gros comme une maison le fait que sa cliente aurait un duvet pour aller faire du camping au bord de la méditerranée en été, pas pour survivre à des températures négatives de montagne.

    Bingo.


    Retrouvez la suite dans la partie 2.

    Camille X Morgan

    2 février 2026
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