Étiquette : Polgara d’Erat

  • 096 – Jusqu’à ce que la mort nous sépare

    Phrase donnée par Polgara d’Erat

    John posa son regard de braise sur l’épaule fragile et dénudée d’Amanda. La jeune femme frémit, son visage se voila de désir, si intense qu’elle en perdait presque la raison. Elle s’appuya sur son bureau, ouvrit le tiroir, laissa ses doigts le fouiller. Enfin, elle senti l’étui en cuir de son couteau.

    L’enserrant discrètement, elle fit glisser la lame hors de son fourreau avant de l’empoigner fermement. Il fallait qu’elle agisse avant qu’elle ne contrôle plus ni son désir ni son corps. Elle aimait Brandon et devait se débarrasser de son mari pour pouvoir vivre son amour sans plus de problèmes.

    Tout avait été arrangé. Brandon attendait déjà en bas de l’immeuble avec une camionnette empruntée à son travail. Il devait déjà avoir recouvert tout l’arrière de bâches pour éviter de laisser des traces de sang. Ils avaient vu ça dans une série à la télé. Une fois qu’elle l’aurait fait, Amanda appellerait son amant pour l’aider à mettre le corps dans le tapis avant de l’évacuer. Ils iraient ensuite le jeter sur le chantier où travaillait Brandon comme maçon. Ils devaient absolument se débarrasser de John ce soir, des fondations seraient coulées demain. Après ce serait trop tard et cela repousserait leur projet à beaucoup plus loin dans le temps.

    Mais John avait un charme énorme. S’il ne l’avait pas délaissée de la sorte pour coucher avec sa secrétaire, la chef de projet, et la petite salope de la cafétéria, Amanda aurait pu le pardonner, mais là, c’était trop tard. Elle était heureuse avec Brandon même s’il ne gagnait pas aussi bien sa vie. Mais son sourire, la douceur de sa voix, ses mains rugueuses fermes et douces, l’odeur de sa peau… Impossible de résister. Sous les baisers de John dans son cou, Amanda lâcha lentement le couteau, se laissant partir dans la volupté.

    Amanda fut brutalement ramenée à la réalité quand John lui susurra un mot doux mais l’appela « Christine ». La jeune femme repoussa son mari avec violence. Celui-ci bredouilla un chapelet de prénom féminin dont aucun ne correspondait à celui de son épouse. Kimberley, Sharon, Cassandra, Gertrude. Comment pouvait-il ne pas se souvenir de celle pour laquelle il avait promis amour et fidélité ? Amanda, vexée autant par le nombre de conquête qu’il semblait avoir que par son incapacité à se souvenir de son prénom, ouvrit le tiroir de son bureau en grand et attrapa son couteau.

    Se jetant, des larmes plein les yeux, la lame en avant sur John, Amanda hurla la seule phrase qui lui venait à l’esprit : « jusqu’à ce que la mort nous sépare !! »

    Son mari, surpris mais alerte recula d’un bond et attrapa la première chose qui lui tomba sous la main : un mini buste en bronze d’un illustre inconnu. Il esquiva le coup de lame d’Amanda et lui assena un coup de buste sur le coin de la tête. Amanda s’écroula en tapant le bord d’une petite table. Étalée au sol, elle ne bougeait plus. John, effrayé par ce qui venait de se passer, se pencha sur le corps de sa femme. Son pouls ne battait plus. Il eut un instant de vide, incapable de bouger, de penser, de réaliser ce qu’il venait de faire. Certes, c’était de la légitime défense et il l’avait trompée tant de fois mais il venait de tuer sa femme.

    Soudain, la porte de la pièce s’ouvrit en claquant. Un homme armé d’un revolver apparut. John le connaissait, il l’avait déjà vu à la maison. Il lui fallut un instant pour se souvenir qu’il avait été leur maçon pour la clôture. Brandon. Amanda, à l’époque avait eu l’air de s’intéresser à lui. Il n’en savait pas plus mais imaginait aisément la raison de sa présence armée.

    Brandon eut l’air de réfléchir quand il vit Amanda à terre.

    « C’est un accident ! Je le jure ! » annonça rapidement John en se relevant. L’autre pointa son arme sur lui. Avant de laisser le temps au maçon de tirer, John lança le buste qu’il avait toujours en main. L’autre se protégea. John en profita pour se jeter dessus et tenter de le désarmer. S’en suivit une bagarre violente. Les deux hommes étaient de forces égales. Ils se roulaient par terre en tenant à quatre mains l’arme à feu, chacun tentant d’en prendre le contrôle.

    Un coup partit, étouffé par les deux corps serrés l’un contre l’autre.

    John se releva en un bond, les yeux exorbités. Il regarda Brandon se débattre pendant que la tache de sang sur sa chemise s’agrandissait à vue d’œil. À présent, il avait deux cadavres sur les bras. Une légitime défense pouvait passer auprès des autorités mais deux… personne ne croirait son histoire.

    Il attrapa le buste et le mit dans les mains de Brandon puis arracha un bout de sa chemise, attrapa l’arme gisant devant le maçon en prenant soin de ne pas rajouter d’empreintes digitales, essuya bien l’arme pour faire disparaître celles qu’il avait déjà dû déposer et s’approcha de son épouse. John mit le revolver dans la main d’Amanda, posa le canon sur la tempe de la jeune femme et appuya sur la détente. Cette mise en scène devrait suffire à le disculper.

    Regardant une dernière fois sa femme et son amant, John rentra chez lui, brûla ses habits tachés de sang dans la cheminée et attendit que la police l’appelle pour lui annoncer la triste nouvelle. Il espérait juste pouvoir jouer correctement la surprise.

  • 086 – Dix, onze, douze

    Phrase donnée par Polgara d’Erat

    « 1, 2, 3, nous irons au bois. 4, 5, 6 planter des saucisses.

    — 7,8,9 et s’taper des meufs.

    L’escouade s’esclaffa à l’arrière du blindé. L’habitude était de décompresser un maximum pendant le trajet de la mission. Personne ne savait ce qu’il y aurait après, alors autant en profiter. Pour celle-ci, la présence du petit nouveau faisait que le niveau de grivoiserie et de lourdeur de l’humour atteignait des sommets. L’habitude était de voir quelle était la limite d’outrage des bleus.

    Le première classe Hersnivia venait d’être affecté à l’escouade 201. Il n’avait que dix-neuf ans et un physique un peu moins étoffé que ses nouveaux camarades mais il avait passé tous les tests sportifs et psychomoteurs avec d’excellents résultats possibles. Évidemment, il n’avait pas fini premier au classement général mais les quelques autres qui l’avaient précédé n’avait pas osé choisir cette affectation renommée, prestigieuse mais contraignante.

    L’escouade 201 avait pris part aux missions les plus importantes des dernières guerres sur le territoire national et sur de très nombreux théâtres d’opérations à l’étranger. Les légendes urbaines disaient même qu’elle aurait été à l’origine d’un certain nombre de changement de chefs d’État dans les anciennes colonies. Mais les méthodes souvent discutables, parfois répréhensibles au regard du droit international, de l’équipe empêchaient les gouvernements successifs de confirmer ou non l’information.

    Hersnivia avait pris le poste de tireur d’élite. Personne ne voulait parler de la façon dont le précédent était mort. La seule chose de sûre était qu’il n’avait pas pris la quille. La jeune recrue essayait de ne pas trop se poser de question et de ne pas trop en poser. Il avait essayé une fois et s’était fait plus ou moins gentiment rembarrer par le sergent Martins.

    Alors qu’une blague de mauvais goût, mélangeant étrangement l’âge d’Hersnivia, du lait qui coulerait encore de son nez, une chèvre et une cuillère en bois et le ceinturon du capitain, venait encore de fuser, le véhicule arrêta de bringuebaler dans un freinage brutal comme les aimait le caporal Lefèvre.

    Martins se retourna vers son groupe.

    « Ok les gars ! Vous connaissez la mission et vos positions ! Pas de questions ?

    Silence.

    — Le nouveau ?

    — Non, sergent ! Pas de question ! répondit Hersnivia en serrant un peu plus son fusil et soutenant le regard de son supérieur.

    — Bien ! Alors, te fait pas dessouder pour ta première mission ! J’ai pas envie d’annoncer à ta mère que tu t’es fait bouffer le cul par l’ennemi ! Allez ! Débarquez !! »

    La porte arrière du blindée s’ouvrit. Le groupe sortit rapidement pendant que le conducteur, après s’être allumé un cigare, s’installait à la tourelle et commençait déjà à envoyer du tir de couverture.

    Hersnivia inspira profondément. Il y était. Sa première mission, ce pour quoi il avait accepté de souffrir pendant ces quatre mois de classes. Il entendait distinctement le bruit de mitrailleuses et de tirs d’artillerie ennemi. Tous autant qu’ils étaient, ils risquaient de mourir aujourd’hui, ou demain ou pour n’importe quelle mission. Cette idée lui donna la sensation d’être plus en vie que jamais. C’était pour ça qu’il s’était engagé.

    Le première classe sauta à son tour du véhicule. Le sergent lui mit un coup sur le casque.

    « Ça y est ? T’as fini de te pisser dessus ?

    Le tireur d’élite hocha la tête, souriant béatement et le regard dans le vide, concentré sur sa mission, il répondit évasivement au chef de groupe :

    — 10, 11, 12 fêter la victoire devant une binouze ! »

    Le groupe se sépara pour accomplir, encore une fois, sa mission.

  • 080 – La goutte

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    Phrase donnée par Polgara d’Erat

    David regarda la goutte de sang couler le long du mur.

    Il en avait vu des centaines déjà. Des petites disséminées sur le sol. De grandes raies des murs comme quand on égoutte un pinceau. Des amas en quantité tellement grandes qu’on est toujours étonné que ce ne soit le sang que d’une seule personne…

    En étant policiers, David avait pu voir des choses bien plus horribles que cette goutte de sang. Son métier avait tout ce qu’il fallait pour retourner les tripes à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, et plus particulièrement depuis que le « tueur de flics », comme l’appelait la presse, avait commencé ses meurtres depuis six mois. Douze de ses collègues y étaient passés, et dans le lot, deux amis très proches de David. Et les mises en scènes étaient vraiment monstrueuses.

    Tout le monde était tendu à la brigade. On sortait moins de nuit, jamais seul. La paranoïa les guettait tous. Évidemment les civils se sentaient un peu concernés et ne paniquaient pas ayant bien compris que seuls les policiers étaient atteints par ces attaques sournoises.

    David était comme tous les autres, sur les nerfs. Mais ce soir, il y avait eu un appel pour des coups de feu entendus dans un quartier en général assez calme. Il avait été envoyé ici pour vérifier avec Paul, co-équipier habituel.

    Ils avaient vérifié une première fois le quartier en faisant une ronde rapide en véhicule puis étaient descendu pour la refaire à pied. Arrivé près d’une impasse, David voulait vérifier au bout. Paul avait insisté pour laisser tomber, cette alerte ressemblant plus à un canular qu’autre chose. David, sans écouter son collègue, s’était engouffré dans l’impasse sombre, la lampe torche dans une main, le pistolet dans l’autre.

    Une fois au bout, à présent sûr qu’il n’y avait rien de suspect, il allait retourner à la voiture quand il vit cette goutte sur le mur. Puis une salve de sang y apparut, puis une seconde et encore une autre. Au rythme de son cœur. David mit un instant pour sentir la douleur dans son cou. Le temps qu’il y porte la main, sa vision se troublait déjà. Il se retourna pour voir son collègue avec un sourire sadique et un couteau de chasse ensanglanté dans la main.

    « Je t’avais dit de pas venir au fond. Mais comme d’hab, tu n’en fais qu’à ta tête. Voilà où ça mène de vouloir jouer les superflics ! Par contre, j’aurais cru qu’avec toi ça serait un peu plus compliqué qu’avec les autres ! Je suis désolé mais j’aurai pas le temps de te faire une mise en valeur, j’ai une couverture à tenir ! »

    David, toujours dans l’incompréhension la plus totale, s’étala au sol, incapable de contrôler plus ses jambes. Il se sentait fatigué. Avant que ses yeux ne se ferment malgré ses efforts, il eut le temps de voir Paul mettre la main à sa radio.

    « P.C. on a un homme à terre… »

    David aurait voulu lui lancer une insulte mais il n’en avait plus la force. Il ne sentit pas sa tête taper le sol quand ses yeux se fermèrent définitivement.

  • 077 – Carmen

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    Phrases données par Polgara d’Erat

    Carmen posa le torchon sur la barre de son four, se retourna, et fixa son mari droit dans les yeux.

    « Carl, y-a-t-il quelque chose que je devrais savoir ?

    Le quadragénaire, surpris, se retourna pour voir s’il n’y avait pas quelqu’un derrière lui, véritable destinataire de cette question. Mais il n’y avait personne. Il avait bien eu l’idée de lui répondre « conduire » mais vu la façon dont la question avait été posée, Carl comprenait que ce n’était pas le moment de rire.

    — Sur quoi ? se hasarda-t-il finalement à demander. Carmen refréna un sourire de nervosité

    — Tu sais très bien de quoi je parle !

    — Je… euh… ben… euh… Non, en fait.

    Carmen attrapa un couteau de cuisine sur le support en bois. La lame eut l’air de scintiller étrangement dans le regard de Carl. Il déglutit, heureux de n’avoir pas fait sa blague.

    — Tu sais qu’il ne faut pas me prendre pour une conne, je n’aime pas ça ! continua-t-elle en allant au frigo dont elle tira un poulet.

    — Mais, ma chérie, tu veux savoir quoi sur quoi ? Je ne comprends pas.

    Elle posa le poulet sur une planche à découper et enfonça la lame de son couteau, tout en continuant de fixer son mari dans les yeux. Elle ne l’avait lâché du regard que pour trouver, rapidement, la volaille dans le frigo.

    — Tu crois que je n’ai pas vu ton manège ? Tu passes ton temps sur ton portable à envoyer et recevoir plein de message. Si tu as une maîtresse, dit le moi ! Ça serait pas très classe de m’annoncer ça le jour de mon anniversaire mais à quoi bon attendre demain ?

    — Oh putain ! Ton anniversaire ! J’allais complétement oublier !

    Le visage de Carmen eut l’air de se détendre quand elle vit son mari fourrer la main dans sa poche. Il n’avait pas oublié et allait sûrement sortir un écrin contenant une bague. Il était adorable finalement.

    Mais au lieu de ça, il tira son téléphone et lança un appel. Carl, l’index sur la bouche intima l’ordre à sa femme de se taire.

    — J’ai oublié d’appeler le garagiste pour le contrôle technique de la bagnole, annonça-t-il pour toute excuse avant de s’éloigner dans le salon.

    Carmen sentit le sol s’ouvrir sous ses pieds. Alors qu’à l’autre bout du téléphone, elle entendait vaguement sonner, Carl se retourna et lui sourit gentiment, comme si tout allait bien. Carmen eu l’impression de perdre la raison. Carl n’eut que le temps de commencer sa phrase à son interlocuteur qu’il se mit à hurler de douleur du couteau que sa femme venait de lui planter dans le dos. Une fois. Deux fois. Trois fois. Plein de fois.

    Des années de frustrations sortaient de Carmen. Quand elle s’arrêta, elle était recouverte du sang de son mari qui gisait sur le sol du salon. Quand elle releva les yeux, repoussant une mèche de cheveux, elle découvrit tous ses amis qui venaient d’entrer dans la maison. Certains avaient des paquets cadeaux, d’autres des bouteilles de champagne ou de vin mais tous avaient les yeux écarquillés rivés sur leur amie.

    La main de Carmen lâcha l’arme du crime comprenant la vérité et essayant de se persuader qu’elle venait de rêver les cinq minutes précédentes. En même temps que l’impact du couteau brisa le silence. Carmen s’évanouit.