Auteur/autrice : Camille X Morgan

  • 237 — Mon top 5 des conseils pour le #NaNoWriMo

    Je ne suis généralement pas de ceux qui donnent des conseils et je n’aime pas trop les listes.

    Sauf que cette fois, quelqu’un qui se lance pour la première fois dans le NaNoWriMo (par ici pour les derniers à ne pas connaître) m’a demandé la formule magique.
    Hint : Je ne l’ai pas. Mot-dièse Dommage.
    Mais j’ai quand même un avis sur la question, alors autant en faire profiter tout le monde :

    1 – Avoir une fin

    Que vous vous lanciez avec ou sans plan dans ce marathon, je vous conseille d’avoir une idée de la fin, même vague. Vous ne serez même pas obligés de la suivre. L’important est d’avoir un cap à tenir dans les périodes où vous serez perdus (parce que même avec un plan, il y a toujours ce genre de moments de solitude).

    2 – Sacralisez votre temps d’écriture

    Pas toujours facile de dégager du temps entre le boulot, les études, les enfants, les animaux à occuper et tout le reste. Mais si vous voulez dérouler 1666 mots 3/4 par jour pendant 30 jours, il faudra bien arriver à bloquer au moins 1 h 30 par jour. Surtout si vous ne savez pas à quel rythme vous tapez. L’important est que votre entourage (télé et réseaux sociaux compris) sachent qu’il ne faut pas vous déranger là, à ce moment de la journée.

    3 – Tester d’autres horaires d’écriture

    Parfois, on a l’impression qu’on écrit mieux le soir alors qu’en se levant 30 minutes plus tôt on abattra plus de mots qu’en fin de journée. C’est à tester, pas forcément très longtemps, pas forcément la première semaine, mais parfois, on peut être surpris du résultat.
    Et on n’oublie pas la règle n°2, si vous changez d’heures d’écritures, dites-le, pour ne pas être dérangés aux nouveaux horaires.

    4 – Prenez de l’avance sur le quota

    Le NaNoWriMo commence officiellement le 1er novembre à 0h00. Il est de coutume de faire une soirée entre potes écrivains pour commencer à minuit tapantes (en personne ou sur Internet). C’est le meilleur moment pour prendre de l’avance. Ce ne sera peut-être que 500 voire 200 mots, mais si après votre nuit vous écrivez les 1667 mots (oui, j’ai arrondi), durant la journée, vous finissez avec déjà un peu d’avance.
    Chaque jour essayez de grignoter un petit peu plus. Ça permettra d’avoir un coussin de sécurité les jours de galère d’écriture. Perso, j’aime avoir au moins 1 jours d’avance.
    Je sais que ce n’est pas toujours simple d’enquiller plus que le quota, mais déjà en attaquant la première nuit, ça peut aider. Sans compter que l’effet déprimant d’être en-dessous du quota ne viendra pas si vous êtes en avance.

    5 – Appuyez-vous sur la communauté

    Parce que, pendant les moments de solitude, pouvoir en parler avec des personnes qui comprennent ce que peut être les problèmes de panne ça met du baume au cœur et ça permet même d’avoir des idées pour se relancer. (je ne parle même pas des word wars qui aident beaucoup à faire monter le quota).
    Si vous n’aimez pas les gens (ce que je peux comprendre), même virtuellement, essayez quand même d’avoir au moins 1 binôme. Ça peut sauver votre NaNo (et votre santé mentale 😂).


    Je terminerai en disant qu’on peut donner encore au moins 1.000 autres conseils, mais ceux-ci sont les plus importants pour moi. Sinon, vous pouvez toujours donner les vôtres en commentaires !

    Bon NaNoWriMo à toutes et à tous.

  • 236 — #Inktober 2017 – Vaudou aveugle

    Je n’étais pas trop inspiré par le thème pirate du jour (Vaudou), alors je voulais partir sur le thème principal (Aveugle), mais finalement mon aveugle ressemble à un zombie, donc finalement c’est thème 2 en 1 ! xD

  • 235 — #Inktober 2017 – Squelette

    Thème du jour : Squelette.

    C’est l’état auquel on arrivera tous. Mais chez les pirates, ça peut arriver plus vite pour certains, surtout s’ils essaient de doubler leurs compères. Une autre façon de se faire clouer au pilori, on dirait.

  • 234 — #Inktober 2017 – Sablier

    J’étais parti pour faire un truc trop compliqué, mais finalement, j’ai préféré laisser tomber et finir tranquillement ce personnage au pendentif si particulier. #Feignasse

  • 233 — #Inktober 2017 – Pavillon noir

    Il sont hissés pour annoncer la couleur, pour instiller la peur dans le cœur des marins, pour prévenir qu’il n’y aura pas de quartier ! Pourtant, même les pavillons noirs ont besoin d’amour et d’entretien. Et la couture n’est pas forcément l’activité préférée des pirates !

  • 232 — #Inktober 2017 – Carte

    Thème du jour pirate : Carte.

    Alors, oui, des fois, je suis le thème, mais, eh ! ça sert à quoi d’être un pirate si c’est pour suivre les règles ! 😀

  • 231 — #Inktober 2017 – ornement

    J’ai tenté des ornements (avec hachures, c’est toujours ma lubie du moment ^^)

  • 229 — [NMN2017 Amandine] Panne générale

    Elle tourna la clé dans la serrure et pénétra dans l’appartement. Elle sentit immédiatement que quelque chose ne tournait pas rond.

    Freddy, son pangolin de compagnie, gisait à plat ventre sur le sol de l’entrée, la langue pendante, ses quatre pattes dépassant de sa carapace comme s’il s’était subitement effondré sous son propre poids. Il était parfaitement immobile, statufié sur le sol en béton ciré. Ses griffes étaient sorties et ses écailles métalliques hérissées, et sur son petit museau pointu, ses yeux demeuraient d’un noir mat, absolument inexpressifs. Que s’était-il passé ?

    D’ordinaire, dès qu’elle poussait la porte de son appartement, Freddy s’élançait vers elle pour l’accueillir en trottinant sur ses deux pattes arrière, avant de lui tourner autour en poussant de petits jappements électroniques. C’était apparemment ce qu’il avait essayé de faire avant de se retrouver figé en pleine course à deux mètres de la porte d’entrée. Elle soupira. Évidement, Freddy n’était plus sous garantie. Et, évidement, la réparation serait hors de prix. Elle s’agenouilla à côté de la carcasse métallique, laissant glisser ses doigts sur les écailles froides, réfléchissantes comme des miroirs. Combien de temps devrait-elle attendre avant qu’il soit remis en état ? Elle s’imaginait mal rester une semaine entière sans robot de compagnie. L’idée d’en commander immédiatement un nouveau – pourquoi pas un tatou, pour changer – l’effleura, mais elle la chassa de son esprit, se sentant immédiatement coupable d’elle ne savait trop quoi. Elle n’avait pas du tout les moyens d’une telle folie, sans compter que, même si cela paraissait absurde, elle s’était attachée à Freddy. Elle savait bien que l’intelligence artificielle n’existait pas vraiment et que chacun des traits de comportement de Freddy étaient programmés à l’avance, ne faisant que se succéder et se combiner aléatoirement afin de mimer le côté hasardeux de la vie. L’illusion était bonne, cependant, et elle prenait plaisir à jouer à y croire.

    Ce ne fut qu’au moment où elle se releva qu’elle réalisa réellement ce qui clochait dans son appartement. Jusque là, accaparée par Freddy, elle était passée à côté de l’essentiel. Elle avait eu vaguement conscience d’un éclairage modifié et de l’absence de la musique qui se déclenchait habituellement à son arrivée – un concerto pour flûte électrique – sans toutefois s’en alarmer autant qu’elle aurait dû. Désormais, elle vacillait dans son vestibule, ne sachant quelle attitude adopter.  L’anomalie dépassait de loin le cas particulier de Freddy. Elle contemplait son appartement baignant dans l’éclairage blanchâtre de secours. Elle savait ce que cela signifiait. Elle avait affaire à une panne électrique de grande ampleur, qui concernait peut-être toute la tour d’habitation. Elle jeta un coup d’œil à l’extérieur afin d’en avoir le cœur net. Effectivement, la même lumière blanche, blafarde, baignait le couloir. L’incident semblait s’être produit au moment exact où elle avait ouvert sa porte. Elle n’avait jamais connu cela auparavant et tentait désespérément de se remémorer la charte de sécurité en petits caractères qu’elle avait négligemment signée lors de son emménagement. Combien de temps tiendraient les batteries des lampes de secours ? Elle n’en avait aucune idée. Tout ce qu’elle savait, c’était que dans un cas pareil, toute la domotique de la tour était hors service, ascenseurs compris. Finalement, ce n’était peut-être pas une si bonne idée que d’habiter au cent dixième étage ! Sans compter qu’il faisait déjà nuit dehors, et que lorsque les lumières s’éteindraient, elle se retrouverait dans le noir complet.

    Tout cela lui avait donné une décharge d’adrénaline. Son cœur pompait son sang avec force et elle recevait par salves des bouffées de chaleur qui s’émoussaient en frissons de sueur glacée, plaquant ses vêtements contre son corps. Elle avait les mains moites. Ça n’allait pas. Non : ça n’allait pas bien du tout, et il fallait faire quelque chose. Mais quoi ?

    Elle laissa tomber son sac à main par terre, enjamba Freddy, et s’avança dans son salon en clignant des yeux. Cette lumière était effroyable. N’aurait-il pas mieux valu en diminuer l’intensité afin d’économiser les batteries ? Elle avait la sensation de manquer d’air et devait se raisonner en se rappelant que c’était pourtant la seule chose dont elle n’avait pas à se soucier ce soir. Quoi qu’il arrive, elle respirerait.

    Elle avait l’impression de découvrir son appartement pour la première fois.  Tous les écrans tapissant les murs et les plafonds étaient éteints, dévoilant pour la première fois les surfaces nues.

    D’habitude, chaque pièce était affublée de son papier peint personnalisé et animé. Elle pouvait varier les fonds d’écran à l’infini, et grâce à la technologie 3D à pixels invisibles vantée dans les publicités, ceux-ci étaient toujours plus immersifs. Depuis quelques mois, elle avait pris l’habitude de dîner dans la nef colossale de la basilique Saint-Pierre de Rome, sous la coupole ornée de mosaïques. Elle prenait son bain en mer, immergée à plusieurs mètres sous la surface, admirant des bancs de poissons argentés entre les algues, et remontant du regard les chaînes d’interminables ancres, jusqu’aux minces coques des bateaux dodelinant au plafond.

    L’appartement, d’ordinaire immense, lui apparaissait désormais dans sa triste réalité : quatre pièces minuscules et vides. Désorientée et fascinée à la fois, elle passa ses mains sur les murs, caressant le revêtement homogène de plastique blanc et lisse. Personne n’était censé voir l’envers des choses. Les quelques meubles qu’elle possédait – pour l’essentiel une table, deux chaises, une baignoire et un lit – semblaient jurer, isolés dans ce décor blanc. D’ordinaire, personne ne pouvait éteindre les écrans. Qui, d’ailleurs, aurait songé à demander une chose pareille ? Sauf dans la chambre, évidement. Lorsqu’on se mettait au lit, les écrans s’éteignaient en même temps que la lumière afin de plonger la pièce dans un noir complet. Mais cela n’aidait pas à se rendre compte de l’apparence réelle des choses. Il avait fallu cette panne pour lui ouvrir les yeux.

    Mais s’il n’y avait que ça…

    « Tiroir. Ouvrir. »

    Elle parcourait le cube blanc qui lui servait d’appartement en réalisant à chaque seconde à quel point la domotique s’était immiscée dans sa vie. Le design de fin de vingt et unième siècle se voulait minimaliste et épuré. Les tiroirs et placards n’étaient plus que des surfaces lisses et laquées. Leur ouverture se commandant à la voix,  les poignées avaient disparu et les portes n’étaient plus que des plaques sans aucune aspérité. Rien, absolument rien, ne devait dépasser. Sauf que ce soir-là, le frigo et le micro-ondes refusaient obstinément de s’ouvrir, les placards gardaient jalousement leurs provisions et les tiroirs retenaient en otage jusqu’à la moindre petite cuillère. Sa cuisine intégrée était devenue un adversaire, un bloc glacé d’entêtement hostile. En outre, l’ensemble était solide, inattaquable, et de toute manière, elle n’avait pas d’outils.

    Dans la chambre, ce n’était pas mieux. Son armoire se montrant aussi récalcitrante que le reste, il lui faudrait renoncer à changer de chaussures et de vêtements. Mais le pire, c’était la robinetterie. Saisie d’un doute, elle se rendit dans la salle de bain, s’agenouilla à côté de la baignoire, et d’une voix forte et claire, elle déclama :

    « Eau chaude »

    « Eau froide »

    Rien, évidement. Elle testa l’évier de la cuisine ainsi que la chasse d’eau des toilettes. Pas une seule goutte d’eau. En outre, il commençait à faire froid.  Et, bien sûr, tous les thermostats étaient éteints.

    L’état des lieux fut vite fait, et il était catastrophique. Comme prévu, toute la domotique de l’appartement était hors service. Elle n’avait accès à rien, pas même au mécanisme d’ouverture des volets roulants, qui s’étaient abaissés automatiquement une demie-heure après le coucher du soleil. Elle regrettait de ne pouvoir jeter un regard sur la ville. Une inquiétude la rongeait : et si coupure électrique s’étendait à toute la cité ? Lorsque les lampes de secours lâcheraient, les gratte-ciel ne seraient plus que des squelettes noirs et inanimés et la nuit dévorerait la ville. Elle en avait des sueurs froides. Comme tout le monde dans cette société saturée de néons, elle était terrifiée par l’obscurité.

    Désemparée, elle eut le réflexe de consulter son brassard connecté, mais comme par un fait exprès, celui-ci n’avait plus de batterie. Elle avait passé trop d’appels holographiques ce jour-là et, désormais, elle s’en mordait les doigts. Si elle avait su… Elle aurait payé cher, désormais, pour pouvoir sonder pendant quelques secondes les réseaux sociaux ou les sites d’information. Il devait bien y avoir, quelque part, des gens qui savaient quelque chose. Elle ne pouvait pas rester là, toute seule, à attendre que l’éclairage de secours s’éteigne. Elle qui aimait afficher des horloges sur tous ses murs, ne savait même plus quelle heure il était. Cela ne pouvait plus durer ; elle ne pouvait pas rester comme ça. Le pire, dans ce genre de situations, c’était l’incertitude. Alors, après un dernier tour d’horizon déprimant sur ses quatre pièces blanches, elle se dirigea théâtralement vers le vestibule. Il n’y avait personne pour la voir, mais elle aimait être l’héroïne de ses propres pièces, la dramatisation l’aidant à convoquer son courage. Elle ramassa son sac à main et jeta un dernier regard au petit museau triangulaire de Freddy, presque comme si elle n’allait jamais revenir. Puis elle poussa la porte et se retrouva dans le couloir. En tournant sa clé dans la serrure, elle se souvint d’avoir souvent pesté contre ce système antédiluvien, qui la mettait en difficulté à chaque fois qu’elle rentrait les bras chargés de courses. Aujourd’hui, pourtant, elle en comprenait l’utilité.

    De part et d’autre du couloir, des portes s’ouvraient, se refermaient, et des visages inquiets passaient par les entrebâillements. Des gens s’agglutinaient devant l’ascenseur. Certains portaient des sacs à dos, dans lesquels ils avaient dû fourrer ce qu’ils avaient pu arracher à leurs placards. D’autres tenaient par la main des enfants réveillés à la hâte, encore engourdis de sommeil. Visiblement, livrés à eux-mêmes, les habitants avaient spontanément opté pour une évacuation de l’immeuble. Elle suivit le mouvement en direction de l’ascenseur sans y croire vraiment. Comme elle s’en doutait depuis le début, celui-ci était hors service, jusqu’au bouton d’appel qui demeurait désespérément sombre. Toutefois, certains refusaient de rebrousser chemin et se contentaient de stationner stupidement devant les portes retorses, le regard vide et les bras ballants, attendant sans doute un hypothétique retour du courant. D’autres commençaient à s’agiter et à vociférer, déclarant que tout ceci était parfaitement inadmissible, que ça ne se passerait pas comme ça, et réclamant les têtes des coupables sur des piques. Le vacarme faisait s’ouvrir les dernières portes, faisant surgir les derniers retardataires de leurs lits. Un certains nombre étaient en pyjamas, preuve que bien des armoires avaient refusé de s’ouvrir. Sous l’éclairage blême, les teints étaient cireux et les rides marquées. L’air était poisseux d’angoisse.

    Constatant que les agitateurs constituaient autour d’eux des groupes de plus en plus denses, elle jugea plus sage de s’éloigner. C’est alors qu’elle aperçut un éclair lumineux dans le coin de son champ de vision. Cela ne dura qu’une fraction de seconde, et pourtant, elle état sûre de ce qu’elle avait vu. Quelqu’un avait un brassard connecté en état de fonctionnement et s’était empressé de le cacher sous sa manche. Elle l’identifia rapidement une vieille femme terrorisée, appuyée contre un mur comme si elle voulait disparaître à l’intérieur de la cloison. La femme se tenait le bras gauche comme si elle cherchait à dissimuler quelque chose. Les vieux étaient bien les seuls à pouvoir faire durer leurs batteries des jours entiers.

    Soudain, la vieille femme se décolla de son mur et, tournant le dos à l’ascenseur, entreprit de remonter la marée humaine à contre-courant. Elle la suivit comme elle put en heurtant des épaules, marchant sur des pied et bredouillant des excuses. Cette femme était son seul lien avec le monde ; il ne fallait pas qu’elle la perde de vue.

    Tout au bout du couloir en forme d’équerre, passé le tournant, il n’y avait plus personne. La vieille femme paraissait soulagée d’avoir semé le reste de la troupe et ne semblait pas la considérer comme une menace. Alors, la vieille lui désigna d’un geste une porte grise, ornée d’un écriteau à la typographie datée. Elle lut :

    « Escaliers de secours »

    Elle éclata d’un long rire nerveux. Pourquoi n’y avait-elle pas pensé elle-même ? Pourquoi personne n’y avait-il pensé ? Seuls les vieux pouvaient se rappeler de ce genre de choses. Il fallait bien avoir soixante-dix ans pour avoir connu les escaliers. Toutefois, la vieille s’alarma de sa manifestation de joie. Elle plaça son index sur ses lèvres et la poussa vers la porte grise.

    — Vous ne voulez pas avertir les autres ?

    La vieille secoua la tête avec gravité.

    — N’y pensez pas. Nous vivons dans une tour de cent cinquante étages et c’est l’unique escalier. Croyez-moi ; vous n’avez pas envie d’être prise dans les embouteillages !

    — Mais… les autres ?

    — Ne vous inquiétez pas pour eux. Lorsqu’ils auront fini de tourner en rond et de s’échauffer, ils trouveront la cage d’escaliers. Ce n’est qu’une question de temps. Et nous, nous allons juste prendre un peu d’avance.

    Elle avait à peine fini de parler que dans un claquement sinistre, l’éclairage de sécurité lâcha. Des cris terribles jaillirent du fond du couloir. Des objets tombèrent. La vieille remonta sa manche pour s’éclairer avec son brassard. Puis, sans plus de cérémonie, elle ouvrit la porte et disparut de l’autre côté. Elle la suivit, le cœur battant. Sa comparse n’était plus de première jeunesse ; elle était frêle et tremblante, et elle se demandait par quel miracle celle-ci réussirait à atteindre le rez-de-chaussée.

    La descente par les escaliers de secours était comme une plongée dans le temps. À chaque étage, un petit palier leur permettait de reprendre leur souffle quelques seconde. Et, à chaque fois, il y avait une porte grise surmontée d’une veilleuse de secours surannée, qui devait être hors service depuis des décennies. Elle reconnut ces symboles qu’elle avait déjà rencontrés dans de nombreux musées. Sur un fond vert, un personnage stylisé courait vers un rectangle blanc, assorti d’une flèche épaisse. Pour chaque étage, un gros numéro était peint en blanc, au pochoir, sur le mur. Les nombres défilaient avec lenteur mais régularité.

    Cent cinq. Cent. Quatre-vingt-quinze. Quatre-vingt-dix.

    La vieille avait mis son brassard en mode économie d’énergie et s’agrippait soigneusement à la la rampe. Elle ne se plaignait pas, mais elle était de plus en plus courbée et respirait d’une voix rauque. Leur univers était limité aux cinq ou six marches éclairées par le petit halo mouvant. Combien de temps mettraient-elle à descendre les cent dix étages. La vieille femme la surprenait par sa détermination. Tout en avançant, un pied après l’autre, un bras passé sous celui de la vieille pour la soutenir, elle faisait ses petits calculs. À raison de quarante-cinq secondes par étage, elles mettraient une heure et vingt-deux minutes. C’était impressionnant.

    Soixante. Cinquante-cinq. Cinquante. Quarante-cinq.

    Au début, elles n’avaient croisé personne. Mais plus elles progressaient, plus elles rencontraient de monde. La cage d’escalier était envahie de grands-pères et de grands-mères déterminés, s’enfonçant brassards allumés dans le ventre de béton de l’immeuble. Certains étaient même munis de briquets ou de lampes à gaz. Avec ce qu’ils portaient sur eux, on aurait pu ouvrir un musée. Sa petite grand-mère ne déméritait pas et mettait un point d’honneur à ne prendre aucune véritable pause. Lorsqu’elles doublaient les plus faibles, elle les encourageait même d’un sourire.

    Quinze. Dix. Cinq.

    Il y avait de plus en plus de jeunes dans l’escalier. Les portes grises claquaient. Des jeunes couraient et slalomaient entre les vieux, qui s’accrochaient à la rampe comme à une ligne de vie. Certains laissaient passer les bolides en serrant contre leur poitrine le cadavre métallique d’une taupe ou d’un hérisson de compagnie qu’ils n’avaient pu se résoudre à abandonner. C’était de plus en plus encombré. Elles avaient bien fait de partir tôt.

    Zéro.

     

    Jamais elle ne se serait attendue à ça.

    Toute la ville était plongée dans le noir. Les gratte-ciel éteints étaient des monolithes d’un noir mat, comme les blocs titanesques d’un jeu de construction effrayant, dont on aurait égaré le mode d’emploi. Les voitures étaient à l’arrêt sur les pistes magnétiques transformées en voies piétonnes. Les gens se déversaient dans la rue et grouillaient partout. Peu avaient des brassards allumés, mais pourtant elle les voyait. La foule était une mer ondulante et compacte qui menaçait de l’absorber. Comment parvenait-elle à distinguer autant de détails ? Comment était-ce possible ?

    Elle avait toujours connu la ville scintillante, pulsante, stroboscopique. La ville lui avait toujours fait mal aux yeux. Elle avait grandi avec ces toiles de brume vaporisées entre les immeubles, à l’horizontale, et servant de faux-plafonds publicitaires. Il y en avait plusieurs couches à des altitudes variées afin que chacun puisse en profiter dans les étages. Elle n’avait jamais connu le ciel. De nuit comme de jour, l’air était juste une glu de lumière, de couleurs et de messages défilant en surimpression. Alors, elle s’était imaginée que la nuit allait être noire. Elle s’était trompée.

    La foule entière levait les yeux au ciel. À côté d’elle, la vieille femme pleurait en silence, émue. Les immeubles se détachaient sur un poudroiement d’or. En l’absence de pollution lumineuse, la Voie Lactée emplissait tout l’espace, exposant sa tranche sertie de nébuleuses et de poussières. Sur l’horizon sud, le bulbe galactique paraissait énorme. Le ciel était si lumineux que les bâtiments et les gens projetaient des ombres sur le sol.

    Peu importait que cette panne dure quelques heures ou quelques jours. Peut importait qu’elle touche la ville ou l’ensemble de la planète.

    Pour la première fois de sa vie, elle voyait les étoiles.

     

    Amandine

  • 228 — [NMN2017] La surprise

    Les nouvelles de la semaine débute par une phrase de Celle de X (merci !).

    Nous avons la chance d’avoir une guest star. En effet, Amandine a gentiment accepté l’invitation à se prêter au jeu de l’écriture d’une nouvelle avec une phrase imposée (la même que Miki et moi) pour cette semaine seulement. Comme elle n’a pas de blog, vous pouvez trouver sa nouvelle ici :

    https://comtedex.wordpress.com/2017/10/18/229-nmn2017-amandine/

    De mon côté, je trouvait que la phrase de cette semaine partait sur un thème qui me semblait évident et j’ai voulu ne pas m’y diriger, histoire de sortir de ma zone de confort, comme on dit. Vous me direz ce que vous en avez pensé.


    Elle tourna la clé dans la serrure et pénétra dans l’appartement. Elle sentit immédiatement que quelque chose ne tournait pas rond.

    Était-ce l’odeur fleurie trop synthétique qui masquait difficilement celle du détergent ? Le sol qui brillait d’une manière bien trop ostensible ou l’entrée parfaitement ordonnée ?

    Immédiatement, Katia sentit le coup fourré. Elle déposa les clefs dans la coupelle de l’entrée en refermant le plus silencieusement possible la porte — sans vraiment savoir pourquoi, puisqu’elle l’avait ouverte aussi bruyamment qu’à son habitude. La jeune femme, cherchant toujours à comprendre ce qu’il se passait, déposa toujours délicatement sa veste et son sac à main sur le porte-manteau puis se dirigea vers la pièce principale. Tout en avançant dans ce couloir de quelques mètres, elle réfléchit à tout ce qui pouvait expliquer ce qu’elle voyait. Pourquoi Romain aurait astiqué l’appartement ? Qu’avait-il fait qui nécessite ce genre d’effort ? Avait-il besoin de se faire pardonner quelque chose ? Il avait peut-être cassé un objet auquel Katia tenait énormément. Il était très maladroit et lui avait déjà cassé pas mal d’objets : quelques assiettes, deux trois vases et un miroir — et ils n’étaient ensemble que depuis un an et demi. Katia s’arrêta et ferma les yeux en bloquant sa respiration un instant, saisie d’une idée atroce. Pourvu que son petit ami n’ait pas expérimenté ses malheureux talents sur sa poupée en porcelaine, celle léguée par sa grand-mère à laquelle elle tenait tant. Lui ne l’avait jamais aimé, il la trouvait glauque avec son regard figé. Mais Romain n’était pas du genre à faire exprès de la casser. Il savait à quel point Katia pouvait l’aimer. C’était un souvenir important pour elle. Mais il était possible que, sans faire exprès, il l’ait fait tomber et qu’elle se soit cassée. Et il aurait fait tout le ménage et peut-être plus pour se faire pardonner ou au moins calmer sa réaction ? Pas impossible.

    Reprenant sa marche, Katia vit apparaître sur la table basse de l’autre côté du salon, la poupée, intacte, dans sa position habituelle. La jeune femme soupira, soulagée.

    Pourquoi, Diable, Romain avait-il tout nettoyé, alors ? D’ailleurs, où était Flocon ? Le chat de Katia venait toujours la voir quand elle rentrait, mais cette fois, elle n’était pas là. Il y avait eu un problème avec Flocon et c’est pour ça que Romain avait astiqué l’appart. Il avait tué Flocon et mis du sang partout. Ou pire, c’était un voisin que Romain avait tué dans l’appartement et il avait fait disparaître le corps et toute trace de sang ou preuve de l’acte. Mais qui aurait-il tué ? Le voisin qui aurait mis encore sa musique trop fort ? Non, cet abruti n’écoutait son rap à fond que le week-end très tôt le matin. La voisine du dessus qui marchait en talons aiguilles à 2 heures du mat’ ? Un des gosses d’à côté qui passaient leurs journées à courir et hurler à travers les murs trop fins ? Ça ne pouvait pas être ça. Katia avait quand même l’espoir d’avoir trouvé un garçon assez malin pour faire ça ailleurs que chez eux, s’il devait se débarrasser de quelqu’un. De toute façon, Romain n’était pas du genre à tuer des gens ni des animaux. Il était trop gentil pour faire quelque chose comme ça. Les mots de sa mère revinrent en tête de Katia : « Il faut toujours se méfier des gens aux airs trop gentils ». La jeune femme secoua la tête. C’était n’importe quoi ! Pourquoi Romain aurait tué quelqu’un, de toute façon ?

    Et si c’était d’elle qu’il voulait se débarrasser ? D’abord, il nettoyait toute la maison du sol au plafond. Ensuite, il l’attendait, l’empoisonnait ou la gavait de somnifère à son insu, la découpait en morceaux et les jetait dans une rivière ou au fond d’une forêt. Il n’aurait plus qu’à repasser un coup de propre, ni vu ni connu. Quand la police viendrait chercher des preuves, il n’y aurait absolument plus rien d’elle. Peut-être quelques photos pour faire moins suspect. Mais pourquoi Romain voudrait la tuer ? C’était n’importe quoi. Ou alors il avait été endoctriné par une secte ? Katia secoua la tête. Il fallait qu’elle arrête de regarder des séries policières. Et de se faire des films, surtout.

    « Romain ? T’es là ? demanda-t-elle finalement, un peu inquiète.

    — Ouais ! J’suis là ! Dans la cuisine ! »

    Le couloir n’avait jamais paru aussi long à Katia. Enfin, elle arriva dans le salon et se tourna vers la cuisine américaine. Il n’y avait personne.

    « Romain ? »

    Le jeune homme se releva de derrière le bar comme un diable serait sorti de sa boîte. Il était à moitié débraillé dans un vieux jogging, avait les cheveux en bataille, le regard fuyant.

    Katia plissa les yeux. Elle le surprenait dans une situation un peu trop bizarre pour être honnête. Prise d’un nouveau doute, elle se dirigea vers la chambre. Son petit ami était-il en train de la tromper et essayait-il de masquer son méfait d’une façon aussi mauvaise ? Avec qui cela pouvait-il être ? De prime abord, Katia aurait pensé à cette vipère de Nathalie, la cheffe de bureau de Romain. Cette cougar était une grande perche toujours affublée de mini-jupes moulantes, de talons aiguilles et de décolletés plongeants. C’était le genre de femme à sauter sur — ou se faire sauter par — tout ce qui bouge et quoi de mieux qu’un jeune comme Romain, plein de vigueur et incapable de dire non à sa cheffe ? Non, c’était idiot. Si elle avait réussi à séduire Romain pour coucher avec, ils ne seraient pas venus jusqu’ici pour le faire. Non, ce devait être quelqu’un de la résidence. La voisine à talons du dessus, peut-être. Elle était plutôt pas mal. Il suffisait qu’elle soit descendue pour demander du sucre ou un truc dans le genre et prise d’une pulsion elle aurait sauté sur Romain pour l’embrasser et l’aurait déshabillé pour le traîner jusqu’à la chambre où ils auraient… Katia tressaillit à cette idée. En l’entendant rentrer, Romain se serait rhabillé du premier truc qu’il avait trouvé : son jogging bon à jeter, en espérant pouvoir occuper Katia suffisamment longtemps pour que la voisine quitte les lieux du crime en toute discrétion. Mais non ! C’était n’importe quoi ! L’appartement était complètement briqué. Ça ne collait pas avec cette affabulation. Et de toute façon, Katia avait une totale confiance en son petit-ami. Elle ouvrit quand même la porte de sa chambre pour vérifier qu’il n’y avait personne qui s’y cachait.

    Flocon s’en échappa et tourna autour de sa maîtresse en ronronnant. Un instant bloquée par ce qu’elle voyait, Katia ne s’en rendit même pas compte.

    La chambre était dans un état de rangement impeccable. Le lit n’avait jamais été aussi bien fait, comme dans un hôtel, la poussière avait disparu, les diverses affaires de l’un et de l’autre étaient hors de vue, sûrement dans les placards originellement prévus à cet effet.

    Katia se retourna et vit que Romain avait une éponge à la main et astiquait le fond du placard du bar.

    « Qu’est-ce qu’il se passe ici ? demanda-t-elle. C’est sympa de tout ranger et de tout nettoyer, mais j’aimerais bien savoir ce que tu as fait de grave pour essayer de te faire pardonner comme ça ! »

    Son petit ami la regarda avec des yeux de merlan frit. Elle détestait quand il faisait ça, comme si elle ne parlait pas la même langue et qu’il ne comprenait rien. Il cherchait une excuse pour lui cacher la vérité. Il était en train d’inventer une histoire délirante, mais un minimum plausible, pour cacher un méfait vraisemblablement inavouable. Katia avait beau chercher, elle n’arrivait pas à savoir ce que c’était et, a priori, Romain n’était pas prêt à le lui dire.

    « Tu vas me répondre ? s’exaspéra-t-elle.

    — Je… non…

    Ses épaules s’affaissèrent un peu. Il semblait embêté.

    — Je ne peux rien dire, c’est une surprise. »

    Katia éclata de rire. Tout d’un coup, son stress s’en allait et elle se demandait pour quelle raison elle avait bien pu se poser autant de questions. La journée au bureau avait été si chargée et longue qu’elle en avait oublié qu’aujourd’hui, c’était son anniversaire. Elle rit tellement à l’idée d’avoir oublié son propre anniversaire et face à son attitude, que Katia en eut des larmes. Romain semblait se détendre également. Il esquissait un sourire en demi-teinte, indiquant qu’il ne savait toujours pas s’il pouvait se réjouir complètement ou non. Il allait disparaître à nouveau dans son placard pour continuer à astiquer.

    « Et alors, ce quoi cette surprise ? demanda Katia, en faisant les yeux doux à son petit-ami.

    — Vraiment, c’est une surprise, je ne dois rien te dire, répondit le jeune homme, la tête déjà dans le meuble.

    — Allez, c’est quoi ?

    L’index sur tapotant son menton, Katia levait les yeux au ciel pour réfléchir.

    — Si tu nettoies, c’est que ça se passe ici. T’as invité les copains pour faire la fête, c’est ça ? Y aura qui ? Caro, Alice, Mag ? Allez, sois sympa dis-moi, je ferais mine de pas savoir. “Oh ! Je suis tellement surprise de vous voir, les filles !” joua-t-elle faussement. Et puis, tu sais, elles vont pas venir vérifier au fond du placard pour voir si c’est propre. Je crois que tu en as fait suffisamment.

    — J’ai promis de ne rien dire et c’est assez difficile donc, s’il te plaît, ne me demande pas.

    — Roh, t’es pas drôle. Il va falloir que j’attende jusqu’à quelle heure ? Tu sais que je ne suis pas très patiente. Surtout pour mes cadeaux ! »

    Face au silence de Romain, Katia fronça les sourcils et fit une grimace qu’il ne put voir. Elle partit vers la salle de bain :

    « Si c’est ça, je vais prendre une douche. Ça me fera passer le temps.

    Romain se releva en vitesse.

    — Non ! Je viens de la nettoyer, dit-il d’un ton plus désespéré qu’autre chose. Elle est toute propre.

    Katia s’énerva à nouveau.

    — Mais c’est quoi le problème, à la fin ?? Les copains ne viennent pas pour se laver, ce soir, que je sache !! Tu n’as jamais nettoyé autant l’appart’. Pourquoi tu fais ça ? Le jour de mon anniversaire, en plus ? »

    Au fur et à mesure qu’elle parlait, Katia réfléchissait. Quand était-ce la dernière fois qu’ils avaient fait cet appartement de fond en comble, avec autant d’ardeur ? C’était pour Nouvel An ? Non ! Noël. Et pourquoi ? Les souvenirs de Katia se déliaient au fur et à mesure des questions. Soudain, la réponse la frappa en plein visage. Comment n’avait-elle pas pu y penser ? Comment avait-elle pu oublier ?

    Ses yeux s’écarquillèrent.

    « Ne me dis pas que… »

    Comme tous les types arrêtés dans les séries aux États-Unis, Romain préféra garder le silence pour éviter que cela puisse être utilisé par la suite contre lui, mais ce silence était tout aussi clair qu’un torrent de fausses excuses.

    « Pourquoi !!  hurla presque Katia, exaspérée. C’est mon anniversaire ! C’est pas juste ! »

    Elle s’affala dans le canapé, la tête en arrière, les yeux fixés sur le plafond. Elle n’avait pas envie. Cette soirée allait être un enfer.

    « Je sais. J’avais réservé une table dans ton resto préféré en plus, mais j’ai été obligé d’annuler… »

    Romain vint s’asseoir à côté de Katia, le regard dans le vague.

    « Tu le sais depuis quand ?

    — Elle m’a appelé il y a une deux heures, à peu près. Elle va me tuer si elle apprend que je n’ai pas tenu ma promesse. Je ne devais rien te dire… »

    Katia n’avait pas envie de passer la soirée de son anniversaire à recevoir des critiques sur la façon dont elle tenait son appartement, sur le fait que les choses étaient si mal agencées, mal rangées, mal dépoussiérées, sur ce chat qui perdait ses poils et ramenait ses miasmes… Romain avait été traumatisé la fois précédente et il aurait préféré ne pas avoir à le revivre. Katia comprenait finalement bien son besoin si urgent d’astiquer l’appartement comme s’ils allaient recevoir le président de la République.

    « J’ai pas envie, dit simplement Katia.

    — Je sais, moi non plus. Mais ton anniversaire et ta mère veut te le fêter. »


    Par ici pour le texte de Miki.


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