Étiquette : Roi

  • 428 — Exécution royale

    Une petite pause sur l’histoire de la randonnée (voir 426 et 427), parce que je voulais faire plus court aujourd’hui (spoiler : c’est raté ¯ \_(ツ)_/¯ )


    845 mots

    Le roi a ordonné qu’elle soit exécutée.

    Vous imaginez ? La reine. Exécutée.

    D’abord, personne n’y a cru. Le sujet était si futile. Mais le roi était un homme colérique et violent. Tout le monde en avait peur. Je peux comprendre. Que ce soit beaucoup ou très peu, on a peur de perdre ce qu’on a, rien qu’en contrariant son despote, pour une parole mal comprise ou un regard mal interprété.

    Personne ne savait clairement ce qu’avait fait la reine pour mériter la peine capitale, mais tout le monde était persuadé qu’elle était loin de la mériter. C’était une femme bonne, intelligente, prévenante avec ses sujets, du plus riche duc au plus pauvre de ses sujets. Elle avait toujours un mot agréable pour ses serviteurs. Jamais on ne l’avait entendue élever la voix. S’il lui était arrivé de contredire le roi son mari, elle avait dû le faire dans l’intimité, car personne ne se souvenait qu’un tel événement fût arrivé, même une seule fois.

    En un mot, tout le monde aimait la reine et tout le monde détestait le roi, mais tout le monde le craignait, donc tout le monde exécutait bêtement ses ordres, des plus idiots aux plus immoraux.

    Même quand il a ordonné qu’elle soit exécutée.

    Personne n’a rien dit. Personne n’a osé. Le ministre chargé des relations avec les pays voisins aurait pu expliquer au roi que cette décision nuirait à la diplomatie, il n’a dit rien. Le ministre chargé de la Sécurité intérieure aurait pu dire que le peuple serait choqué de voir sa bien-aimée reine se faire trancher la gorge comme une vulgaire voleuse, il s’est tu. Pas un ministre, aucun général, maréchal, sénéchal, connétable, noble, serviteur n’avait eu le courage de s’opposer à une décision que tout s’entendait, dans le dos du roi, à qualifier d’abjecte et de dommageable pour le pays.

    Aujourd’hui est le jour de l’exécution. L’échafaud a été monté comme d’habitude hier. Le billot est à sa place au milieu. La foule est présente et massive, plus que pour une exécution habituelle. Mais l’ambiance est lourde et silencieuse. Habituellement, les gens bavardent, s’esclaffent, rient de bon cœur, parce qu’un bandit ou un violeur, ce n’est pas bien grave pour eux. Mais aujourd’hui, c’est leur reine qu’on assassine. Une reine qu’ils aiment. Beaucoup sans raison particulière, simplement parce qu’elle n’est pas son tyran de mari et qu’elle fait toujours appuyer des décisions justes. Qu’elle faisait, faudrait-il dire plutôt.

    Elle était montée habillée d’une simple robe de lin blanche, drapée dans plus de dignité ce jour que n’importe quel noble de la cour tout au long de sa vie. Elle portait ses cheveux relevés en chignon pour dégager la nuque. Elle s’agenouille devant le billot et y dépose sa tête, face à la foule. Elle veut que son dernier regard soit pour ceux qu’elle a aimés sincèrement.

    Le roi et ses ministres sont alignés derrière moi pour assister à la scène, vérifier que la sentence est bien exécutée. Le visage caché sous ma cagoule noire, j’attends le signal du roi qui me le donne d’un nonchalant mouvement de doigt, comme s’il ordonnait qu’on débarrasse les détritus. Je lève ma hache haut, plus c’est haut, plus vite ça tombe, mieux ça coupe. Quelques fois, j’ai dû m’y reprendre à trois essais sur des bougres avec des cous de taureau. Ils hurlaient pendant que le sang pissait dans tous les sens dans l’hilarité du public. Il ne faut pas ça pour la reine. Cette femme admirable devait avoir une mort nette et sans souffrance — avec le moins possible en tout cas, surtout après avoir vécu tant de temps avec son mari. C’est pour cette raison que j’ai fait affûter mon outil de travail hier.

    La hache toujours levée, j’hésite un court instant, l’espace d’une seconde. Des courageux dans la foule me huent, ou huent le roi, difficile de déterminer qui ils regardent vraiment. Le roi est plus véhément dans ses ordres pour qu’on arrête les dissidents, pour qu’ils subissent le même sort, pour qu’ils servent d’exemple quand on se rebelle contre son roi.

    Je redescends ma hache et me retourne vers le roi, pour savoir si je dois attendre les nouveaux clients ou pas. Cette fois, le roi ne me donne le signal que d’un simple coup de menton en direction de son épouse.

    J’inspire profondément, souffle, inspire en hissant une nouvelle fois ma hache dans les airs, puis l’abat d’un coup rapide, net, précis. Mon plus beau. De toute ma carrière. Le dernier, je crois. Le corps s’écrase lourdement sur les planches de l’échafaud, la couronne roule un peu plus loin.

    Dans le public, une femme hurle soudain, un cri à déchirer le cœur, de la surprise mêlée à l’horreur. La peur de l’inconnu, dirais-je plutôt. D’autres personnes se joignent à elle.

    Le temps que les ministres comprennent ce qu’il se passe, ils sont recouverts de sang royal. Je ramasse la couronne, j’aide la reine à se relever et la lui pose sur la tête.

    « Le roi est mort ! Vive la reine ! »

    J’ai toujours détesté ce type.

  • 395 — J’ai fait un détour par les ruelles

    J’ai fait un détour par les ruelles.

    La rue principale est bondée. Le roi reçoit un duc ou un prince, ou quelque chose ça. Les gens sont là pour l’accueillir et l’acclamer. Une bonne partie de cette foule est composée de gens du roi, habillés comme ceux du peuple, pour donner l’illusion qu’il est aimé. Le reste est constitué de gens affamés et en colère.

    J’ai fait un détour par les ruelles. Le chemin est plus long, mais plus sûr, loin des gardes et autres assassins du roi, prêts à faire l’affaire à quiconque leur paraîtrait patibulaire. Je n’ai pas confiance dans cette engeance qui se prend pour juge, partie et bourreau, surtout avec ma dague toujours à portée de main dans ma botte, je risque gros aujourd’hui. Certes, même sans ça, je ne suis pas tout blanc, mais la contrebande de nourriture, c’est autrement moins grave qu’assassiner tous ceux qui critiquent notre bon roi. Notre bon roi… quelle hypocrisie. Ce tyran saigne le peuple avec ses impôts, le pille de ses ressources pour son bon plaisir et tue ses jeunes gens en les envoyant sur les champs de bataille pour combattre qui son cousin, qui son beau-frère, qui le premier puissant qui aura maladroitement formulé une phrase à son encontre.

    J’ai fait un détour par les ruelles pour éviter d’éviter d’être bloqué par le futur ennemi de l’État. Il le deviendra forcément. Dans un jour, un mois, un an, c’est là la seule incertitude. Je ne suis pas le seul à vouloir fuir la cohue. Même les passages les plus étroits, les venelles les plus dangereuses, les coupe-gorges habituellement déserts sont bondés. Les mendiants, les misérables, les souffreteux ont été repoussés loin de l’artère principale, pour ne pas insulter le regard du roi ou de l’éminent visiteur du jour, pour ne pas froisser leur sensibilité et surtout pour ne pas montrer que ce qu’on dit du roi en dehors des murs de la capitale est vrai.

    J’ai fait un détour par les ruelles pour être tranquille, mais il y a tant de monde. Ça va devenir compliqué de traverser la ville. J’entends le clocher sonner sans distinguer l’heure. La clameur de la foule s’est faite plus forte. Il faut que je me dépêche. Je dois traverser la rue principale, si je traîne trop, je serai bloqué par l’invité et sa suite. Pourquoi viennent-ils toujours avec tant de monde pour faire démonstration de leur richesse et de leur pouvoir ? Qu’ont-ils à prouver au roi. Tous lui finissent par lui baiser la main le genou posé au sol. Déplacer des centaines de personnes est inutile pour simplement accepter d’être le vassal d’un tyran.

    J’ai fait un détour par les ruelles, mais j’arrive déjà près des murs du palais. Je n’ai plus le choix de traverser. Manque de chance, la foule est épaisse ici aussi. Une rangée de gardes la bloque pour laisser libre un passage vers le portail. Je me faufile jusqu’aux armures et essaie de passer. Les gardes ne bougent même pas. Ils sont impassibles, telles des statues, malgré la pression des gens dans leur dos, qui s’appuient et tendent le cou pour voir le nouveau venu.

    Je n’aurais peut-être pas dû faire ce détour par les ruelles. J’ai perdu trop de temps. Me voilà bloqué. Je tente de longer le cordon tendu par les gardes, en quête d’une trouée, d’un passage qui me permettra de passer. Je ne m’occupe pas de ce qu’il se passe autour de moi, trop concentré.

    La clameur de la foule éclate comme une explosion. J’arrive à trouver un passage. Un petit coup bien placé sur le flan d’un garde, pour attirer son attention, et je me faufile de l’autre côté pour me retrouver au milieu de l’artère vide. Dix pas me séparent de l’autre côté. Je n’en ai fait que trois que je me retrouve dans l’ombre. Pendant que je lève les yeux pour comprendre, tout devient silencieux comme si la foule retenait tout à coup son souffle.

    Tout se passe très vite et pourtant, j’ai l’impression de tout vivre au ralenti.

    Un cheval se cabre pour éviter de me piétiner. J’ai surgi de nulle part, il a eu peur. Je préfère ça à ce qu’il me piétine. Malgré cela, dans un réflexe idiot, au lieu de continuer ma course, je m’arrête, sidéré, en me protégeant le visage avec les bras. Je vois pourtant une masse tomber de la monture. Le cavalier s’écrase par terre sur le dos.

    Une couronne roule de sa tête.

    Immédiatement, l’envie me prend de tirer ma dague de ma botte pour la loger dans sa gorge.

    Les gardes relâchent le cordon qui bloque la foule pour venir les uns m’attraper et me faire passer un sale quart d’heure, les autres pour secourir le roi qui ne se relève pas encore.

    La foule, libre de ses mouvements, envahit la rue, bousculant les gardes, les piétinant. Je ne sais pas ce qu’il se passe ensuite, je suis encerclé par le peuple. J’aurais pu moi aussi être écrasé par ses pas frustrés, mais quelqu’un m’attrape par le col et me remet sur pied. D’un geste du menton, il me conseille de fuir. Je parviens tant bien que mal à me faufiler loin de cette rue. Près des maisons, la foule est moins dense. Je me hisse à l’une d’elle pour essayer de voir.

    J’ai fait un détour par les ruelles pour éviter les problèmes, et pourtant…

    Le roi, les habits déchirés, le visage en sang, est porté par la foule. Je ne sais pas encore s’il est conscient ou si ce n’est déjà plus qu’un cadavre, mais les cris de liesse me donnent un indice.

    J’ai fait un détour par les ruelles, et personne ne saura jamais que c’est ce qui a libéré le peuple.

  • 187 — #Inktober 2016-22

    Je vous laisse deviner qui m’a soufflé le thème du jour ^^

    Blagounette bonus : Chez qui le Roi Tractopelle fait-il l’entretien de son véhicule ?

    2016_22Réponse : Chez le Roi Midas !