434 — Poursuite infernale

Pour une fois, le texte n’est pas issue d’une phrase imposée, mais d’une idée de forme narrative donnée par mon ami écrivain Florestan.


621 mots

Il faisait nuit, il pleuvait. Il était claqué de sa journée et ne rêvait que de rentrer chez lui. D’ailleurs comment était-il arrivé dans ce quartier ? Il ne savait plus. Ce n’était pas grave, il prendrait le premier métro qu’il trouverait. Peut-être aurait-il dû prendre le taxi qu’il venait de voir ? Il se faufila à travers un groupe énervant et bruyant de gens qui prenaient tout le trottoir.

Ce fut en passant devant cette ruelle qu’il entendit le coup de feu et vit l’éclair du tir illuminer les murs sales. Il se figea. Au bout, un homme s’écroula, visiblement sans vie. Un autre était derrière lui, par terre, le bras tendu avec ce qui semblait être une arme en main. Il la jeta et se releva, puis regarda sa victime, puis dans sa direction et le vit.

Lui déguerpit. Il ne fallait pas que ce tueur s’en prît à lui. Il courut à perdre haleine. Ralenti par les nombreux passants qui ne manquèrent pas de râler avec plus ou moins de véhémence de s’être fait bousculer, il n’avait pas atteint la première intersection que l’autre était déjà sur ses talons. Avec des coups d’œil furtifs, il voyait l’assassin gagner du terrain. Il devait accélérer, mais il était encombré de sa sacoche. L’autre lui attrapa une épaule et l’obligea à se retourner. Emporté par son élan dans ce mouvement, l’autre alla s’écraser sur le pavé.

Lui en profita pour lui jeter sa sacoche à la figure et repartir en courant de là où il venait. Il allait sauter dans le taxi vu plus tôt.

L’autre s’était remis debout et l’avait repris en chasse.

Au loin, le groupe d’emmerdeurs croisé dans l’autre sens et qui prenait toujours toute la largeur du trottoir avait avancé, mais lui bloquait la voie. Sur la rue, les voitures roulaient beaucoup trop vite pour essayer de les contourner par là. Il n’avait pas d’autre choix que de tourner dans la ruelle, il trouverait bien un moyen de semer l’autre qui était toujours derrière.

Il n’avait pas fait une dizaine de foulées quand il se rendit compte que ce n’était pas une ruelle, mais une impasse. La seule issue était bloquée par l’assassin sur ses talons. Il se retourna vite fait pour voir s’il était toujours là, mais glissa sur le sol humide et s’étala de tout son long.

L’autre s’arrêta de courir et s’approcha, soufflant comme un bœuf.

Lui avait la tête qui tournait entre l’asphyxie de la course et l’impact de la chute. La peur le suffoquait, aussi.

Le tueur avança encore, réfléchissant sûrement au sort qu’il lui réservait.

Lui rampait pour s’éloigner, trop sonné, les jambes et les poumons trop en feu pour se relever rapidement. Ses mains agrippaient tout ce qu’elles trouvaient pour avancer plus vite. Cela ne servait à rien. Sous les détritus et vieux papiers qui tapissaient l’endroit, il frôla quelque chose de froid, quelque chose de lourd, quelque chose de métallique. Il allongea ses doigts pour l’attraper, quoi que ce pût être, espérant quelque chose qui pourrait l’aider à s’en sortir.

L’attaquant s’arrêta brusquement, comme touché par une étrange pensée.

Lui reconnut la forme d’une la crosse d’un revolver. Sans plus réfléchir, il l’agrippa fermement, se retourna vers son agresseur, visa, tira.

L’autre s’écrasa au sol.

Dégoûté et effrayé, il jeta l’arme et se releva, tremblant. Il n’avait jamais utilisé d’arme à feu, jusqu’à présent. Et maintenant, le voilà qui était un assassin. En levant, les yeux du cadavre pour regarder les lumières du bout de la rue, il se rendit compte que quelqu’un avait assisté à la scène.

« Attendez ! Je peux tout expliquer ! » cria-t-il pour essayer de se faire entendre.

Le témoin avait déjà déguerpi en courant.

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