L’épisode précédent est par ici 437 — La randonnée (partie 6)
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Elle jouait avec le sachet de sucre, évitant ses yeux.
Lui parlait, de tout, de rien. Elle ne l’écoutait pas. Elle ne l’avait pas écouté depuis qu’il avait ouvert la bouche. Hélèna ne savait même pas pourquoi elle avait décroché. Sûrement parce qu’elle était déçue, déçue que ce ne fût pas Éric et déçue d’elle-même d’avoir eu cette attente et cette déception. Cela tournait au cercle vicieux.
Elle avait accepté de dîner avec Damien, mais le regrettait. C’était un gentil garçon, un architecte, intelligent et mignon, mais elle ne l’aimait pas. Ils avaient passé 15 mois ensemble, et elle l’avait su très tôt, mais avait essayé, s’était dit que le problème venait d’elle, qu’elle allait s’habituer à lui. Elle n’avait rien à lui reprocher, il était cultivé, prévenant, bien élevé… le gendre parfait en somme, mais elle ne ressentait rien de spécial pour lui. Finalement, il s’en était rendu compte de lui-même et avait préféré mettre un terme à leur relation en lui rendant symboliquement la clef de son appart.
Hélèna n’avait pas envie d’être là, mais elle n’avait aucune possibilité d’être là où elle voulait. Elle avait bu trop de vin pour essayer de l’oublier et à présent, elle avait la tête qui tournait et de la difficulté à rester concentrée sur la discussion.
Damien posa soudain sa main sur celle d’Hélèna. Elle sursauta presque, tirée de ses pensées.
« Est-ce que tu es sûre que tout va bien ? lui demanda-t-il.
— Je ne sais pas.
— Tu veux venir dormir chez moi ? Juste pour ne pas être seule… je dormirai sur le canapé, si ça peut te rassurer. Mais ça m’inquiète de te voir comme ça. Tu n’es pas dans ton assiette. »
Hélèna ne voulait pas lui parler d’Éric. De toute manière, elle n’aurait pas su par où commencer.
« J’ai failli mourir », lâcha-t-elle sans même s’en rendre compte.
Elle espérait qu’ainsi Damien éviterait de lui poser des questions embarrassantes, mais ce fut bien logiquement exactement l’inverse qui se passa. Quand ? Comment ? Pourquoi ? Toutes les questions possibles ou presque y passèrent. Hélèna ne put répondre à toutes, mais résuma son voyage en montagne et le moment où elle s’était vu tomber dans un ravin.
« Mais ton guide est inconscient, incompétent ou les deux ? s’indigna Damien. Mettre en danger une personne qui n’a jamais fait ce genre de randonnée, c’est criminel ! Et les photos ? Elles valent le coup, au moins ? Je suis sûr qu’elles sont magnifiques. Tu me les montreras ? »
Hélèna sourit. Elle avait oublié comme Damien pouvait être enthousiasmé par son travail.
« Je suis fatiguée, dit-elle finalement. Je vais rentrer.
— Je te raccompagne. »
Il avait dit ça d’un ton ferme pour éviter qu’elle tergiverse. Hélèna n’avait même plus la force d’essayer.
Ils marchèrent côte à côte sur les quelques centaines mètres qui séparaient le restaurant de l’immeuble d’Hélèna. L’alcool continuait d’affluer dans son sang, elle trouva difficilement ses clefs dans son sac et avec encore plus de difficulté le trou de la serrure. Elle tenait à peine debout et tanguait comme un bateau prêt à s’échouer.
« Laisse-moi te remonter chez toi », proposa Damien, mais Hélèna n’était déjà plus très consciente.
Hélèna se réveilla avec un mal de crâne carabiné. Elle dessoula presque immédiatement en voyant Damien derrière les fourneaux de la modeste kitchenette en train de préparer quelque chose.

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