439 — La randonnée (partie 8)

Épisode 7


1036 mots

« Qu’est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle un peu trop sèchement.

— Le petit-déj, répondit Damien. Je me suis dit que tu aurais besoin de manger quelque chose à ton réveil, mais que tu ne serais pas forcément en forme pour le faire.

— Non. Je veux dire, qu’est-ce que tu fais chez moi ?

— Tu étais dans un sale état, hier soir en rentrant. Tu n’arrivais même plus à trouver tes clefs dans ton sac… je t’ai aidée à remonter, je t’ai mise au lit et j’ai préféré rester dormir ici, au cas où tu aurais eu besoin dans la nuit. T’inquiète pas, ajouta Damien, j’ai dormi sur le canapé. »

Hélèna était partagée entre gratitude et colère. Elle n’aimait pas le fait que Damien essayât de revenir dans son intimité de cette manière, en prenant avantage d’une soirée trop alcoolisée. Mais elle lui était reconnaissante d’avoir pris soin d’elle et d’avoir préparé à manger. Elle s’assit sur un des deux tabourets hauts de son comptoir de cuisine et posa sa tête dans sa main, en grognant.

Damien lui tendit un verre d’eau et un comprimé de paracétamol.

« Commence par ça, ça devrait aller mieux rapidement. »

Il lui passa ensuite une assiette avec deux tartines beurre-confiture comme elle mangeait habituellement.

« Maintenant que tu es debout, je n’ai plus besoin de m’inquiéter. Je te laisse, je dois partir bosser. Et tu devrais essayer de te dépêcher, t’arriveras peut-être pas trop en retard. »

Le jeune homme récupéra son blouson sur le dossier du canapé, puis se dirigea vers la porte d’entrée. Hélèna n’avait pas bougé, elle fixait le verre d’eau et le cachet. Damien s’arrêta avant d’ouvrir.

« Ça m’a fait plaisir de te revoir et de passer un moment avec toi, mais je m’inquiète. Je crois que je ne t’ai vu dans cet état qu’une seule fois et c’était pour le Nouvel An chez Julie et Alex. »

Hélèna ricana à ce souvenir. Une soirée mémorable jusqu’au compte à rebours, ce qui s’était passé ensuite était recouvert d’un brouillard alcoolique. C’était la pire cuite qu’elle avait jamais prise.

« Ça va, répondit-elle. Je vais bien. »

Damien sourit en acquiesçant de la tête puis quitta l’appartement.

Hélèna s’écroula sur son comptoir en râlant comme un animal blessé. Pourtant, elle n’avait pas l’impression d’avoir tant bu que ça. Elle finit par se redresser et avaler le médicament que Damien lui avait préparé. C’était un gentil garçon, quand même.

 

Elle mâchait mollement sa tartine quand son téléphone sonna. Hélèna dut réfléchir un instant pour se souvenir, sans y parvenir, où elle l’avait laissé avant de le chercher dans son sac à main, où il avait passé la fin de la soirée. Mais ce fut trop tard. Appel manqué. Elle découvrit avec stupeur que c’était déjà le troisième. Pourquoi Thomas avait-il essayé de l’appeler avec tant d’insistance ? Son collègue ne l’appelait jamais. Il n’avait pas laissé de message et n’avait pas envoyé de SMS non plus. Elle le rappela sans attendre.

« Tu es où ? demanda Thomas sans autre préambule, d’une voix qui semblait chuchoter et crier en même temps.

— Je suis chez moi… j’ai eu une nuit compliquée, résuma la photographe.

— Eh ben, tu devrais te bouger les fesses à arriver. Le boss te cherche, ça a l’air important. J’ai réussi à te gagner du temps en lui disant que tu étais descendue aux archives, mais il veut te voir dès que tu remontes. Tu penses pouvoir être là dans combien de temps ? »

Hélèna regarda l’horloge au-dessus du frigo, calcula le temps qu’il lui faudrait pour prendre une douche, s’habiller, tracer jusqu’au bureau… Avec son mal de crâne, c’était plus difficile qu’une épreuve de maths au bac.

« Laisse-moi trente minutes. »

 

Vingt-huit minutes plus tard, Hélèna arrivait devant le bureau de Thomas pour lui montrer qu’elle était arrivée, puis alla directement frapper au bureau de son boss.

« Entrez ! Asseyez-vous ! »

Il semblait toujours énervé quand il donnait des ordres. Même quand ça n’en était pas. Hélèna s’exécuta. Elle voulait en dire le moins possible pour ne pas éveiller de soupçons sur son état, même si la douche et le médoc l’avaient légèrement amélioré.

« Quel est votre secret ? »

Hélèna regarda son patron avec des yeux ronds. Il savait. Savait-il ? Pourquoi posait-il la question s’il ne savait pas ? S’il ne savait, pourquoi posait-il cette question ? de cette façon ? Que répondre ? Elle allait bredouiller quelque chose quand il la coupa.

« Vous vous rendez compte de ce que cela implique ? »

Hélèna leva encore plus les sourcils. Elle ouvrait et fermait la bouche comme un poisson manquant d’air, incapable de construire une phrase intelligible.

« Pour vous comme pour nous ! » continua son patron.

Cette fois, la jeune femme plissa les yeux en fronçant un sourcil. Cette conversation avait-elle un sens ? Elle en venait à se demander si elle n’était pas encore en train de rêver après la cuite qu’elle avait prise.

Le patron se leva de son bureau et se dirigea vers la fenêtre. Il ricana. S’il avait encore été permis de fumer dans les bureaux, Hélèna était sûre qu’il aurait allumé un gros cigare.

« Je suis désolée, mais je ne comprends pas.

— Désolée ? Vous êtes désolée ? s’exclama le boss. C’est moi qui suis désolé ! Si j’avais su avant, je ne vous aurais pas laissée en studio ! Je vous aurais envoyée sur le terrain bien longtemps.

— Vous aimez les photos de la comète ? s’aventura Hélèna qui ne comprenait toujours pas le sens de cette discussion.

— Hein ? Non. Je m’en contrefous. Je n’ai jamais compris l’intérêt de lever le nez pour quelques lumières dans le ciel. Je vous parle d’Éric Chantelain.

— Pardon ?

— Éric Chantelain, vous savez qui c’est ?

— Je… euh… oui…

— Moi, j’en avais jamais entendu parler avant ce matin. C’est un grand sportif, il paraît. Un type qui fait de l’escalade.

— Oui, de la grimpe en voie libre, précisa Hélèna.

— Ah ! Donc, vous avouez que vous le connaissez !

— Oui, je l’ai rencontré pour les photos de la comète. C’était mon guide.

— Eh bien, je ne sais pas quel tour de charme vous lui avez joué, mais je viens d’avoir un coup de téléphone de son agent. Il vous veut ! »

Laisser un commentaire