446 — Le tombeau

777 mots

« Nous y sommes presque ! C’est devant nous. »

Le professeur Bernardt avait dit cela avec une nervosité teinté d’excitation. L’archéologue avait cherché cet endroit toute sa carrière ou presque. Au fond de cette grotte éclairée par des projecteurs de chantier, dans le ronron des groupes électrogènes, l’équipe de dix personnes travaillait sans relâche depuis des semaines. Avec la chaleur et la lourde humidité qui régnait, ils avaient l’impression que cela faisait des mois. Mais, enfin, ils touchaient au but.

La première partie de l’excavation n’avait pas été la plus compliquée. Enlever de gros morceaux de roche à coups de pelleteuse, ça va toujours vite. Le plus long avait été la suite : le déblayage minutieux à la balayette et au burin fin, et le tri des nombreux débris de poteries, d’armes, de bijoux qui avaient été placés là, devant la tombe, il y avait plusieurs milliers d’années.

À présent, ils faisaient face à une grande pierre, haute de près de 3 mètres et large d’au moins 5. Impossible de savoir comment elle avait été déplacée à cette profondeur avec les moyens de l’époque. Ce serait déjà un exploit aujourd’hui avec toute la machinerie moderne…

Bernardt passa la main sur la pierre, il sentit le cartouche avant de le voir.

« Il est là ! » murmura-t-il simplement en braquant sa torche dessus.

Son assistante, la docteure Morvan, s’approcha et éclaira elle aussi le cartouche.

« Abandonne le royaume du roi mourant, déchiffra-t-elle.

— Je pense plutôt : “Laisse le roi des morts en son royaume”, rectifia le professeur.

— C’est peut-être plus correct, professeur, mais beaucoup moins rassurant !

— Il ne faut pas être superstitieux pour faire ce métier, tu le sais. Nous passons notre temps à déranger les morts », s’amusa Bernardt.

Il s’éloigna et ordonna qu’on déplaçât le caillou.

Des tirefonds furent plantés dans la partie supérieure, puis deux pelleteuses s’approchèrent. Des filins reliant les tirefonds furent accrochés à leur godet, puis dans un effort commun, les engins tirèrent avec toute la douceur et la délicatesse dont ils étaient capables.

Les moteurs montèrent en régime. Leurs rugissements emplirent la grotte. La pierre ne bougeait pas. Les conducteurs d’engins jetaient des regards réguliers au professeur, s’attendant à tout moment à ce qu’il ordonne l’arrêt de la manœuvre, mais son regard restait rivé sur cette pierre. Enfin, dans un crissement rauque, elle bougea. D’un centimètre, peut-être moins, mais elle avait bougé. Bernard fit signe de maintenir l’effort. Les pelleteuses continuèrent de tirer. La pierre bougea encore, au moins dix centimètres, cette fois. Puis vingt, puis plus. Un bruit d’aspiration se fit entendre alors que l’autre bout du morceau de roche se faisait enfin voir. Son épaisseur était incroyable, près de deux mètres.

« Si nous parvenons à découvrir comment ils ont réussi à déplacer cette pierre jusqu’ici, dit Morvan, nos noms resteront à jamais dans l’histoire.

— Il n’y aura pas besoin de cela, répondit Bernardt. Nous avons déjà retrouvé la tombe d’un grand Ancien. Cela suffira à nous apporter la gloire. »

Le professeur fit signe aux engins d’arrêter. Il y avait à peine de place pour si glisser derrière, mais il voulait être le premier à voir ce qu’il se cachait derrière. Morvan le suivit.

La lumière des projecteurs ne parvenait pas jusque derrière la pierre. Les ténèbres étaient d’une profondeur abyssale. Même leurs torches semblaient devoir lutter pour parvenir à illuminer ce qui se cachait derrière. Bernardt avançait un bras tendu pour éviter de se cogner. Après quelques mètres, il rencontra un mur. La torche qui pointait directement dessus ne renvoyait qu’un léger reflet.

« De l’obsidienne ? demanda Morvan.

— J’en ai bien l’impression.

— C’est fou comme la lumière des torches n’arrive même pas à éclairer un peu l’endroit ! Il va falloir retirer complètement la pierre et apporter les projecteurs si nous voulons pouvoir travailler. »

Bernardt acquiesça. Il se retourna pour retourner dans la grotte avec les autres, mais ne vit pas l’endroit par où il était arrivé.

« On est arrivé par où ? demanda-t-il à Morvan.

— De par-là, enfin, je croyais… », répondit-elle, elle aussi dans le doute en ne voyant plus l’ouverture.

Les lumières des torches se mirent à sursauter chaotiquement avant de s’éteindre complètement. Les deux archéologues jurèrent de concert. Morvan attrapa le professeur par l’épaule avant qu’il ne s’éloignât trop.

« Mieux vaut ne pas nous séparer dans un moment pareil », lui dit-elle.

Étonnamment, Bernardt qui aimait toujours avoir le dernier mot n’ajouta rien.

Ils avançaient dans la direction qu’ils pensaient être celle par laquelle ils étaient arrivés quand un grognement retentit. Ce n’était pas comme le bruit de la pierre qui frottait contre le sol plus tôt, plutôt comme le son guttural d’un animal sauvage. Un très très gros animal.

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