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Hélèna n’en crut pas ses yeux quand Éric arrêta la vieille Twingo. Ils se trouvaient devant un chalet immense.
« On est où ? ne put-elle s’empêcher de demander.
— À la maison. C’est là que nous allons loger pendant ce mois, précisa le grimpeur. Vous n’imaginiez pas dormir en refuge ou à la belle étoile comme la dernière fois ? » s’amusa-t-il.
La photographe ne parvint pas à articuler clairement un mensonge pour réfuter sa déduction.
« Après, si vous préférez dormir dans le jardin, vous faites comme vous le sentez », ajouta Éric en sortant.
Il ouvrit le coffre, prit son sac sur le dos, celui d’Hélèna d’une main et referma le coffre, avant de se diriger vers la maison. La jeune femme sortit précipitamment pour le rejoindre. Son séjour serait peut-être être moins horrible qu’elle ne le redoutait.
Éric frappa à la porte avant d’entrer. Hélèna resta un instant interdite. Si c’était chez lui, pourquoi frappait-il ? Si ça n’était pas chez lui, pourquoi entrait-il sans attendre ?
Une voix féminine résonna à l’intérieur.
« Ah ! Mon grand ! Tu es déjà là, parfait. Tu es tout seul ? J’ai préparé la chambre d’amis. Il y a tout ce qu’il faut comme les salles de bain comme serviettes. Je t’ai fait des courses pour que vous ne mouriez pas de faim, mais il faudra peut-être faire des compléments à la supérette. »
Que cette femme parlait vite et beaucoup, pensa Hélèna en entrant. Il s’agissait d’une dame d’une cinquantaine d’années.
« Je suis sûr que nous en aurons encore dix fois trop, comme chaque fois » lui dit Éric. La dame avait son manteau sur le dos, son sac à main dans le creux de son coude, des clefs dans son autre main. Elle posa une main franche et décidée sur l’épaule du jeune homme et l’obligea à se baisser vers elle, puis elle l’embrassa sur la joue avant de se dirigeait vers la porte.
« Ah ! La voilà, notre invitée ! lança-t-elle avec un regard et une moue d’approbation vers Éric. Enchantée, je suis Christie ! » dit-elle à l’attention d’Hélèna en lui tendant la main.
Celle-ci lui rendit la poignée de main en se présentant à son tour.
— Soyez patiente avec lui, il n’est pas habitué à vivre avec des gens !
— Christie ! » râla Éric.
La dame lança un clin d’œil à Hélèna avant de partir en fermant la porte derrière elle.
« C’était votre… »
Hélèna allait demander si c’était sa mère, mais elle n’eut pas le temps de finir sa question.
« C’est une vieille amie. Elle me connaît depuis toujours. »
Son ton n’était pas agressif ni coléreux, mais Hélèna comprit que ce n’était pas un sujet sur lequel il voulait s’étendre.
« Suivez-moi, je vais vous montrer votre chambre. »
Éric traversa une immense pièce en mezzanine qui faisait salon, salle à manger et cuisine. Tout l’appartement d’Hélèna devrait pouvoir entrer dans cette pièce. Le salon était digne d’un bar lounge avec deux canapés immenses et plusieurs fauteuils — on devait pouvoir asseoir aisément vingt personnes —, une table basse énorme, carrée en bois, posée sur ce qui ressemblait à une peau d’ours blanc (fausse, espéra Hélèna), une télévision démesurée, un billard un peu plus loin. La partie salle à manger avec une table longue de plusieurs mètres en bois très épais et rustique. La cuisine était à l’image du reste, surdimensionnée, mais très jolie.
« Vous venez ? » demanda Éric, déjà en haut des escaliers, à Hélèna qui était ébahie par ce chalet, surtout comparé à ce pour quoi elle s’était préparée.
Elle monta les escaliers rapidement pour se trouver à l’étage. Éric avança dans le couloir et ouvrit une porte.
« C’est là que vous dormirez, sauf si ça ne vous convient pas. Mais il faudra que je demande à Christie de préparer une autre chambre, dans ce cas. »
Hélèna se plaça dans devant la porte pour regarder la pièce avant d’émettre un jugement.
« Il y a une salle de bain, là-bas », ajouta Éric en montrant une porte au fond de la pièce, avant que le silence ne retombât.
Au bout d’un instant, il s’inquiéta :
« Elle ne vous plaît pas ? Vous en préférez une autre ? »
La chambre était plus spacieuse que le salon d’Hélèna et elle avait une salle de bain privative. Les murs, le sol et le plafond en bois donnaient une impression de douce et agréable chaleur. Le lit king size donnait envie de s’y jeter directement dessus pour tester son moelleux.
« Vous êtes sérieux ? s’écria-t-elle. Mais bien sûr que si qu’elle me plaît !
— Tant mieux, ça fera moins de travail à Christie, répondit Éric, cachant mal un sourire amusé. Ma chambre est celle au bout du couloir, à gauche, indiqua-t-il avant de tendre son sac à Hélèna. Je vous laisse vous rafraîchir et vous préparer. Danny voudrait qu’on s’y mette le plus rapidement possible. »
Ah oui ! Danny. Ce nom fit l’effet d’une douche froide à la photographe. Elle ne réussissait pas à apprécier le manager d’Éric. C’était physique.
Une demi-heure plus tard, ils remontaient dans la Twingo. Le brouillard était tombé. Ils roulèrent quelques minutes sur une route en lacets interminables avant de s’arrêter sur une zone en caillasse qui devait être ce qu’on appelait un parking dans ce coin. Un sentier commençait dans l’angle de celui-ci, à travers les sapins, ou les pins (Hélèna n’avait jamais compris la différence).
Il ne fallut que quelques enjambées pour saper le moral d’Hélèna qui avait presque oublié la raison pour laquelle elle était là.

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