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Ils n’avaient pas marché si longtemps que ça, une vingtaine de minutes tout au plus. Cela n’avait pas empêché la brume épaisse de s’immiscer dans les moindres interstices des habits, comme des lames glaciales.
Quand Éric s’était arrêté au pied d’une immense paroi, Hélèna était déjà transie.
« Vous allez grimper avec ce temps s’étonna-t-elle ?
— J’espérais que ça se lèverait un peu, mais je crois que c’est mort pour aujourd’hui. »
Il toucha la pierre. Elle était humide et glissante.
« Je n’ai pas envie de prendre des risques pour un entraînement, soupira-t-il. Je vais faire des exercices sur la partie basse du rocher, histoire de travailler quand même un peu. Si vous voulez prendre des photos… je ne sais pas trop ce que ça peut donner avec ce temps. J’espère que vous arriverez à faire quelque chose, ça serait dommage d’être montée pour rien.
— Je vais voir ce que je peux faire », répondit laconiquement Hélèna.
Elle aurait clairement préféré rester au chaud au chalet, plutôt que faire cette randonnée (heureusement courte) et de risquer de ne pouvoir faire aucune photo potable à cause du temps. Mais maintenant qu’elle était là, autant tester. Elle posa son sac et sortit son appareil.
Pendant ce temps, Éric avait, lui aussi, posé son sac et avait enlevé son manteau. Il sauta sur place quelques secondes, puis agita le bras, et s’échauffa tout le corps, du bout des pieds aux bouts des doigts. Il faisait face à la paroi minérale et faisait comme si Hélèna n’était plus là. Cela dura un bon quart d’heure. La photographe en profita pour tenter quelques clichés. Il n’y avait pas beaucoup de lumière, mais le brouillard la répartissait si bien que le rendu était plutôt intéressant, très fantomatique.
Enfin, Éric s’approcha de la paroi et se plaça un peu sur la gauche. Il n’hésita pas. Il était clair qu’il la connaissait pas cœur. Hélèna était bien incapable d’indiquer le meilleur endroit qui permettrait de commencer une ascension. Lui devait en voir une bonne dizaine, et devait savoir les différents chemins possibles de mémoire, même si on ne voyait pas à plus de cinq mètres de haut.
Le grimpeur posa une main sur la roche, puis un pied, il bondit presque comme une grenouille saute, mais verticalement, deux fois, trois fois, s’arrêta, souffla un instant, puis redescendit lentement.
Hélèna était tellement concentrée à le regarder qu’elle en oublia de prendre même une photo. Elle ne s’en rendit compte qu’une fois qu’il reposa le pied par terre. Éric souffla à peine, puis s’élança à nouveau. Cette fois-ci, la photographe ne manqua rien.
L’athlète recommença plusieurs fois, changeant plusieurs fois de chemin d’ascension ou de descente. Pendant près de deux heures, il travailla, alternant des montées, des suspensions du bout des doigts sur la paroi, dans des positions parfois étranges et inquiétantes. Il glissa deux fois et manqua de tomber, mais se rattrapa de justesse grâce à des réflexes d’une vivacité impressionnante. Hélèna en eut chaque fois le souffle coupé.
Elle se demanda comment elle ferait s’il venait à se blesser. Ici, il n’y avait pas de réseau et le temps de rejoindre la voiture et de redescendre chercher du secours… Elle repensa à ce qui était arrivé à l’ami d’Éric et frissonna.
Il était près de 13 heures quand il s’arrêta enfin. Hélèna avait pris plusieurs centaines de photos, et pas que de lui, elle avait pris quelques éléments de nature autours d’eux : les fleurs sauvages, la mousse, la texture des rochers.
« J’espère que vous ne vous êtes pas trop ennuyée ! dit le jeune homme en train de se mettre torse nu pour changer de t-shirt. Son corps musclé fumait dans la brume. Hélèna hésita un instant avant de porter son appareil à son œil et appuyer sur le déclencheur. Elle était mal à l’aise de le prendre dans son intimité, pourtant, lui ne sembla pas gêné.
Éric tira de son sac une serviette et s’essuya rapidement avec, puis tira un nouveau t-shirt qu’il enfila avant de remettre son manteau. Il plongea une nouvelle fois la main dans son sac pour tirer une gourde et but une grande rasade.
La luminosité se faisait plus forte.
« C’est forcément quand j’ai fini que ça semble se dégager, s’amusa Éric. Vous avez pu faire des photos ?
— Oui, je pense que j’en aurai quelques-unes de réussies, mais il faudra les voir sur l’ordinateur pour être sûrs.
— Vous avez envie de manger un bout ?
— Un peu, oui, mentit Hélèna qui mourait littéralement de faim », espérant qu’il n’avait pas entendu ses borborygmes.
Éric tira de son sac deux paquets enrobés dans du papier alu. Il en lança un à Hélèna, qui le rattrapa plutôt bien (tous ses profs d’EPS du collège et du lycée aurait été impressionnés de ses progrès).
Ils s’assirent côte à côte sur une pierre presque plate et déballèrent leur repas.
« C’est Christie qui les a préparés » se sentit de préciser le grimpeur.
Le silence retomba pendant qu’ils mordaient dans leurs sandwichs.
Le brouillard se déchirait enfin, laissant apparaître le bleu du ciel par endroit.
« Vous n’avez pas trop froid ? s’inquiéta à Éric.
— Si, je suis gelée.
— J’ai exactement ce qu’il vous faut pour vous réchauffer.
— Une randonnée de 4 heures ? ironisa Hélèna.
— Une bonne séance de relaxation dans le jacuzzi du châlet ! »

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