Auteur/autrice : Camille X Morgan

  • 247 — Récap #Inktober 2017

    Aujourd’hui, c’est le 1er novembre et le mois de novembre, vous le savez, c’est le NaNoWriMo. Octobre et son Inktober étant terminés, le blog devrait reprendre un rythme plus lent (normalement une fois par semaine pour les nouvelles, si j’arrive à tenir le rythme).
    Je me suis dit qu’un récapitulatif et un petit bilan de cet Inktober serait sympa. (Qui a dit « Non » ?)

    Le bilan

    Je suis assez content de moi. J’ai testé différentes techniques (pinceaux, stylo bille, stylo feutres, feutres de couleurs ou dégradés de gris), des styles différents (un peu de kawaii, un peu de réaliste, des gens, des paysages, d’autres trucs), des thèmes différents (pas que pirates🤣) et surtout, j’ai passé plus de temps, en moyenne, sur chaque dessin que l’année dernière, ce qui donne un résultat de meilleure qualité, non ? (là, normalement, vous criez tous en cœur « SIIIIII !!!! » en levant les bras, pour me rassurer 😉), et surtout, j’ai pris beaucoup de plaisir à faire (presque) tous les dessins ! Ce fut donc une très bonne session.

    Donc rendez-vous l’année prochaine pour le prochain #Inktober !

    Le récapitulatif

    N’hésitez pas à me donner votre top3 (voire top5) dans les commentaires (du blog), je suis curieux !

     

  • 246 — #Inktober – Jacquotte Delahaye

    Pas de thème pirate aujourd’hui sinon de dessiner un personnage célèbre (ayant existé ou non) !
    Alors pour sortir des Barbe-Noire, Barbe-Rousse, Barbe-Bleu, (non mais sans déconner c’était les biomans, en fait ?), Barbapapa et autres Jack Sparrow, j’ai décidé (fortement conseillé par quelqu’une qui se reconnaîtra) de représenter unE pirate, et une pirate française.

    Donc voici Jacquotte Delahaye, on n’a pas trop de représentation d’elle, on sait juste qu’elle avait les cheveux flamboyants (la classe !). Par ici, un article regroupant quelques femmes pirates renommées, dont Jacquotte, si ça vous intéresse.

    C’est comme ça que ce clôture cette session d’Inktober 2017 !

  • 245 — #Inktober 2017 – Requins

    Thème du jour : casse-croûte euh… non, requins !

    J’ai encore une fois testé des trucs avec mon stylo blanc.
    Dites-moi ce que vous en pensez, parce que je ne sais pas moi-même xD

    En prime, je vous mets même une version colorisée (oui, comme pour Zorro). Et vous avez même le droit de me dire laquelle vous préférez ! 😉

    Enregistrer

  • 244 — #Inktober 2017 – Longue Vue

    Thème du jour (pirate, vous l’aurez deviné 😉 ) : Longue-vue.

    Je suis assez content de moi. Et vous ? Vous en pensez quoi ?

  • 243 — #Inktober 2017 – PiratE

    Les thèmes imposés du jour (chute/automne ou mousquet) ne me disaient rien. Le sujet m’a donc été imposé par ma numéro 2, jusqu’à la pose. Eh oui !

    (bon le scanner rend pas du tout les touches de doré 🙁 )

  • 242 — #Inktober – Monstre marin

    Le thème pirate du jour : Monstres marin.

    Forcément, le premier auquel je pense, c’est une bon gros calamar géant. Allez savoir pourquoi. J’ai tenté un truc version fisheye avec une seule couleur en plus du noir. Vous en pensez quoi ?

  • 241 — #Inktober 2017 – Tortue

    Je me suis pas trop embêté aujourd’hui, juste une petite tortue (pas ninja, hein).

  • 240 — #Inktober 2017 – Navire & Caraïbes

    Thème pirate : Caraïbes, thème normal : Navire

    Quoi de mieux qu’un type abandonné sur île des caraïbes alors que son navire s’éloigne au loin ?

  • 239 — [NMN2017 Chris Mallory] Doppelgänger

    Cette semaine, notre guest star est Chris Mallory, auteur de science-fiction.

    Sa bio :

    Passionné de SF, Chris Mallory a dévoré à l’adolescence des auteurs comme Asimov, Clarke et Herbert et a écrit sa première nouvelle de SF à 13 ans. Après des études universitaires, tout en continuant à écrire, il est devenu informaticien puis webmaster. Il vit aujourd’hui à Strasbourg et se consacre à l’écriture à plein-temps.


    Doppelgänger

    Hong Kong, 2099

     

     

    Il regarda le sang s’écouler dans le caniveau, puis remonta son flot paresseux jusqu’à un pied nu dépassant des sacs-poubelle entassés par des voisins peu respectueux. Un pied de femme, soigné et habillé d’une fine et élégante sandale à talon haut.

    Avec des gestes las, il dégagea les sacs en plastique remplis de détritus dont l’odeur lui donna une vague nausée. Son binôme l’aida. C’était bien un corps de femme, à moitié dénudé, vêtue d’une élégante robe en soie. Le visage était caché par les cheveux bruns soyeux de la morte, qui n’en était pas une. C’était un robot de compagnie, un des derniers modèles à voir la perfection de la machine, qui était si proche de l’humanité que sans la plaie béante au ventre, qui dévoilait les circuits électriques, on s’y serait trompé.

    — Et le recyclage, c’est fait pour les chiens ? grogna le lieutenant Julie Chow. Regarde-moi ça, il y en a partout !

    — Cherche son code-barre, dit le lieutenant Johnny Wu en regardant la créature avec pitié. On va envoyer une bonne amende à son proprio. En attendant, ne la laissons pas là. Si des gosses la voient…

    — Tu parles ! Ils piqueront les pièces détachées autant qu’ils pourront, ironisa Julie. Les gosses, de nos jours, ce n’est pas une andro morte qui va les émouvoir.

    — Pourtant, celle-là a morflé, remarqua Johnny Wu.

    L’andro était couverte de bleus et de coupures. Il était probable qu’elle avait été méthodiquement tabassée par son propriétaire, avant qu’une panne, probablement provoquée par la plaie au ventre, ne mette fin à ce jeu sadique. Wu se demandait comment des hommes – c’était le plus souvent des hommes, il devait le reconnaître, à sa grande honte – pouvaient dépenser de l’argent dans des andros dernier modèle juste pour se défouler dessus. Ces andros avaient une apparence totalement humaine, et leur peau était conçue pour réagir aux stimuli extérieurs, comme des coups, des coupures, des brûlures. Ils ou elles, mais c’était à 95% des modèles féminins, étaient programmés pour crier, pleurer, supplier, hurler quand elles étaient torturées. Le modèle avait déclenché les foudres des féministes et le gouvernement chinois s’était saisi de l’affaire. On parlait de l’interdire. Les modèles enfantins avaient déjà été interdits. Mais AndrosCorp, la firme hongkongaise qui les produisait, avait fait appel à tous ses soutiens politiques pour freiner la procédure concernant les modèles adultes. Après tout, disaient-ils, mieux valait que les gens s’en prennent à des andros qu’à de vraies femmes, non ?

    Johnny Wu était plutôt d’accord. En tant que flic, il voyait son lot de femmes battues, souvent par leur compagnon, de cadavres de femmes battues aussi, avec le mari ou le mec qui pleuraient à chaudes larmes en disant qu’il ne comprenait pas, qu’il l’aimait et n’avait pas voulu cela. Elle l’avait énervé, disait-il, c’était sa faute aussi de le provoquer par une nouvelle dispute, par une remarque, par un simple geste. Elle savait qu’il était colérique. Elle était responsable. C’était de sa faute si elle était morte.

    Johnny Wu dégagea doucement le visage encore intact de l’andro des longs cheveux bruns si soyeux qu’ils semblaient véritablement humains. Elle avait encore les yeux ouverts. Johnny se recula brusquement, et se détourna pour vomir, plié en deux.

    — Qu’est-ce qui t’arrive ? demanda Julie en scannant le corps, cherchant le code-barre qu’elle ne trouvait pas.

    — Son visage ! haleta Wu entre deux hoquets. Regarde son visage !

    Julie obéit et se recula, une main sur la bouche.

    — Oh, merde !

    L’andro ressemblait comme deux gouttes d’eau à la sœur de Wu, Mimi. Elle avait le même visage en forme de cœur, de grands yeux et une petite bouche comme une cerise.

    Wu finit de se vider et se redressa, s’essuyant la bouche d’un revers de main.

    — Ce n’est pas normal, dit-il. Une andro ne peut pas ressembler comme ça à un être humain. Pas à ma sœur. Elle a le même grain de beauté sur le front. Ce n’est pas normal.

    Julie lui posa une main sur l’épaule.

    — Il y a surement une explication. Je vais m’occuper du corps. Rentre, si tu veux. Je rédigerai le rapport.

    Mais Wu secoua la tête.

    — Non ! Je veux savoir d’où elle sort.

    — Je n’arrive pas à trouver son code-barre.

    Ils se regardèrent. Une andro sortie d’une fabrique clandestine, c’était encore une autre histoire. Ça voulait dire une enquête administrative pour savoir qui fabriquait hors licence. AndrosCorp avait le monopole non seulement pour tout le pays, mais pour toute la planète, et ils ne rigolaient pas avec ça.

    — Je vais l’emballer, dit Julie. On va la ramener au labo et on demandera à Chang de l’examiner.

    — Je vais t’aider, marmonna Wu.

    Avec délicatesse, ils mirent le corps brisé de l’andro dans un sac mortuaire et la chargèrent à l’arrière de leur voiture de patrouille, que Julie pilota jusqu’au toit de la tour du commissariat. Elle s’y posa en douceur et laissa Wu porter la forme inerte jusqu’à l’ascenseur. Durant le trajet, son collègue avait appelé sa sœur et il avait eu l’air rassuré de lui parler. Comme s’il avait douté un instant qu’elle fut bien vivante, et non pas à l’intérieur du sac mortuaire. Mimi avait fait une tentative de suicide deux ans auparavant, lorsqu’elle avait perdu l’enfant qu’elle portait et apprit qu’elle ne pourrait jamais en avoir. Depuis, Wu était passé de grand frère protecteur à grand frère constamment inquiet.

    Wu ne perdit pas de temps en paperasse. Il porta directement le corps de l’andro au labo de la scientifique, à mi-hauteur de la tour, et demanda à Chang, le technicien, de procéder immédiatement à l’analyse. Le jeune scientifique le regarda d’un air amusé.

    — J’ai vingt-sept affaires que je devais terminer la semaine dernière, dit-il soufflant sur le café qu’il venait de se servir. Dis-moi pourquoi je dois tout laisser tomber pour ce tas de ferraille.

    — Parce qu’elle ressemble trop à ma sœur pour que ce soit une coïncidence, dit Wu en ouvrant le sac. S’il te plait, Chang, j’ai un mauvais pressentiment.

    Chang regarda Wu et Julie Chow, comprit que c’était important pour le lieutenant avec qui il allait souvent boire un verre après le travail. Les deux hommes étaient devenus amis depuis dix ans qu’ils travaillaient ensemble.

    — Bon, je vais y jeter un coup d’œil, mais pas plus d’une heure.

    Il ouvrit le sac et grimaça à la vue de l’andro.

    — Elle a morflé. Les sadiques qui font ça, moi je dis qu’il faudrait les obliger à voir un psy, en prévention. Cogner sur une andro n’est pas anodin.

    Il dégagea le beau visage si semblable à celui de Mimi et ses traits de crispèrent. La ressemblance était troublante.

    Chang scanna soigneusement le corps de l’andro et ne trouva pas plus de code-barre que Julie. Il énuméra rapidement les sévices qu’avait subis l’andro et les poings de Wu se serrèrent. L’andro avait morflé, comme avait dit Chang.

    — Le malade qui a fait ça l’a cognée si fort dans le torse qu’il a réussi à briser les côtes en polymère, qui ont endommagé les circuits du fluide de transmission. D’où court-circuit général, la peau a cramé et le type l’a jetée avant d’avoir pu s’en prendre à son visage.

    — Je veux savoir pourquoi elle est une copie de Mimi jusqu’à son grain de beauté, gronda Wu.

    Chang fit plusieurs prélèvements et scanners et entra le total dans l’ordinateur, qui produisit le code génétique ayant servi comme modèle pour les traits de l’androïde et certaines indications techniques sur la provenance des pièces détachées, comme le squelette en polymère et la peau synthétique. Vendre son code génétique était autorisé, ça permettait de se faire de l’argent, comme des royalties, chaque fois qu’un andro sortait de la chaine de montage d’AndrosCorp avec votre corps et votre visage. Vendre le code génétique d’autrui, ou même d’une personne décédée, était interdit. Naturellement, il y avait tout un marché parallèle à ce niveau. Le top du top était d’arrivée à se procurer un échantillon de salive d’une star du grand ou du petit écran et de le vendre pour des prix dépassant le milliard de yuans à un labo clandestin qui vous produisait une copie certifiée conforme de votre acteur ou actrice préférée.

    Les stars devenaient paranoïaques et ne laissaient plus rien trainer ni cheveux ni serviettes de restaurant tâchées de leur salive. Elles s’entouraient de gardes du corps dont le job était de veiller à ce qu’elles ne laissent aucune trace exploitable.

    Wu savait que Mimi n’avait pas vendu son ADN, du moins, il l’espérait. Lorsque Chang sortit le code génétique qui avait servi de modèle pour l’andro, Wu signa une autorisation en tant que flic et frère pour faire une comparaison avec celui de sa sœur. Ce n’était pas très légal, vu que Mimi n’avait pas disparu et que personne n’avait porté plainte, mais Chang fit tout comme. Cette infraction était une goutte d’eau au milieu de la corruption qui régnait à l’échelle nationale.

    Ils eurent la confirmation que c’était bien le code génétique de Mimi. Il n’y avait aucune autre trace d’ADN. Celui qui l’avait tabassé devait porter une combinaison de protection.

    Quelqu’un avait vendu son ADN pour créer une andro à son image et lui faire subir les pires sévices.

    Wu allait trouver ce salopard et lui faire payer.

    —À voir la façon dont c’est monté, et le soft qui gère le total, je te suggère d’aller voir à Kowloon, un type nommé Doc. Je te note ses coordonnées. Ce n’est pas un méchant, juste un type qui s’est viré d’AndrosCorp parce qu’il est accro au metaspeed, mais fais quand même gaffe.

    Wu le remercia, lui promit qu’il lui revaudrait ça et refusa que Julie l’accompagne. Il pouvait y avoir de la casse et il ne voulait pas entrainer sa coéquipière dans une histoire familiale. Julie le laissa partir. Elle se doutait que Wu n’allait pas uniquement appréhender le type qui avait volé l’ADN de Mimi et l’amener gentiment au poste. Il allait lui expliquer la vie, avant. Julie approuvait.

    — Je peux faire quelque chose pour toi, partenaire ? demanda-t-elle.

    — Va voir Mimi. Ne l’inquiète pas, ne lui dis rien, fais juste comme si tu passais dans le quartier.

    Julie soupira. Elle n’allait pas du tout avoir l’air étrange à se pointer comme ça chez Mimi, en mode « prenons le thé », mais si ça pouvait aider Wu à se sentir un peu plus serein, elle le ferait. Elle voyait que son partenaire accusait salement le choc. Voir le doppelgänger de votre petite sœur adorée dans cet état avait ce genre d’effet.

    Julie acheta des pâtisseries françaises sur le chemin, après avoir contacté Mimi pour lui demander si elle était disponible pour un petit moment. La jeune femme avait accepté, tout de suite inquiète pour son grand frère. Elle attendait Julie à son appartement, d’où elle travaillait en tant que journaliste free-lance pour un grand magazine scientifique international.

    Après les politesses d’usage et la dégustation des pâtisseries accompagnées de thé noir préparé par Mimi, la conversation devint plus sérieuse. La jeune femme semblait penser que son frère avait des soucis, et Julie resta vague sur le sujet.

    — Il est préoccupé, dit-elle finalement. Nous travaillons sur une affaire d’andro fabriqué avec de l’ADN illégal.

    Elle regarda le visage de Mimi mais celle-ci ne cilla pas, démentant l’une des hypothèses de Julie. Le lieutenant s’était demandé si Mimi n’avait pas vendu son ADN pour faire face à des difficultés financières. Elle ne serait pas la première à le faire.

    — Je n’aime pas ces nouveaux andros, dit Mimi en resservant du thé. Pourquoi ne pas créer des andros avec des visages nouveaux, qui n’appartiennent à personne ?

    — Parce que les gens qui s’en servent veulent de l’authentique.

    — Je trouve cela malsain.

    Mimi fut interrompue par le retour de son mari, qui travaillait à la rédaction d’un quotidien d’information. Julie détourna pudiquement les yeux tandis que les deux époux échangeaient un léger baiser sur les lèvres. Elle enviait secrètement leur amour fusionnel. Mimi avait eu la chance de rencontrer l’amour fou en la personne de Louis Wong. Le jeune homme, qui avait trois ans de plus que Mimi, était grand et musclé, et bel homme avec ça. Julie se dit fugitivement qu’elle n’aurait rien eu contre le fait d’avoir un andro à l’image de Louis Wong qui l’attende dans son petit appartement de célibataire.

    — Tu t’es blessé ? demanda soudain Mimi en voyant la main bandée de son mari.

    — Je me suis renversé du thé brûlant sur la main, répondit Louis. Rien de grave.

    Il accepta de prendre un peu de thé avec les deux femmes, et tous trois se lancèrent dans une conversation plaisante. Louis était trop bien élevé pour demander pourquoi Julie était là. Il s’était simplement contenté de s’enquérir de la santé de son beau-frère. Julie et lui avaient échangé un regard entendu. La jeune femme n’était pas là pour annoncer une mauvaise nouvelle, tout allait donc bien.

     

    Le repaire de Doc était un ancien entrepôt à l’aspect peu engageant, mais dont l’intérieur faisait mal aux yeux tellement il rutilait. Les murs étaient couverts d’étagères sur lesquelles étaient soigneusement rangés des pièces d’andros, des squelettes entiers ou juste un membre, des torses en polymères, des poches de sang artificiel et des flacons de liquide bleu qui permettait aux nanomachines de circuler au cœur des machines. Doc lui-même présentait plutôt bien, ne serait-ce sa manie de se frotter le nez, signe que sa dernière dose de metaspeed remontait à trop longtemps. Il devait tout juste avoir passé la trentaine.

    — J’ai déjà payé mon obole, dit-il d’un ton ennuyé à Wu. Allez voir avec vos collègues du district.

    Doc payait les flics pour qu’ils ferment les yeux sur son petit commerce illégal. Rien de nouveau dans la nuit de Hong-Kong. Wu stoppa les protestations de Doc d’un geste. Il brandit son téléphone et fit jaillir dans l’air une représentation 3D du visage de l’andro.

    — Il parait que c’est ton boulot, dit-il.

    — Je ne suis pas au courant.

    Le poing de Wu le cueillit droit à l’estomac et Doc se mit à tousser, plier en deux, en jurant qu’il payait sa protection et que Wu allait le regretter. Il finit par se redresser et lança un regard mauvais au flic qui venait lui pourrir sa soirée avec ses questions.

    — Je me fous de ton business, gronda Wu. Je veux le nom de l’acheteur de ce modèle. Tu me le donnes et je repars comme je suis venu, gentiment.

    — Comment voulez-vous que je me rappelle ? fit Doc en haussant les épaules. Vous avez vu le nombre que j’ai ?

    Il désigna tout un mur où des visages d’andro, les yeux fermés, attendaient d’être coulés sur des corps artificiels.

    — Celui-ci est un corps complet, dit Wu en montrant une photo du corps tabassé de l’andro. Fait avec de l’ADN illégal. Je veux savoir qui l’a acheté. Maintenant.

    Ses dents serrées lui donnaient une voix grondante. Doc soupira, attrapa l’image 3D et la projeta vers son propre ordinateur où des colonnes de noms se mirent à défiler.

    — Je vais appeler vos collègues, dit-il. Je paie une protection.

    — Appelle le Grand Timonier si tu veux, dit Wu. Donne-moi le nom de l’acheteur.

    — Louis Wong.

     

    Ce fut Mimi qui lui ouvrit, toute souriante. Elle fut surprise par l’étreinte d’ours de son frère, et encore plus lorsque celui-ci alla droit vers son mari et lui dit qu’il était en état d’arrestation. Louis Wong se leva et se retrouva menotté avant d’avoir eu le temps de dire un mot.

    — Mais tu es complètement cinglé ! cria Mimi. Laisse-le !

    — C’est lui l’acheteur de l’andro ? demanda Julie, un air de dégout sur le visage.

    — Oui.

    — Mais qu’est-ce j’ai fait ? demanda Louis, qui était le seul à garder son calme au milieu de Wu qui semblait sur le point de le frapper et Mimi au bord des larmes.

    Wu lui envoya son poing en pleine figure, ce qui n’était pas très fair-play vu que Wong était menotté, mais qui lui fit du bien.

    — Je t’arrête pour avoir vendu l’ADN de ma sœur à ce type, Doc, et lui avoir acheté un andro à son image. Je t’arrête pour avoir tellement cogné cet andro que tu lui as brisé les côtes en putain de polymère. Je t’arrête pour avoir flanqué l’andro au milieu des poubelles au lieu de le porter au recyclage !

    Wong ne baissa pas la tête en signe de culpabilité. Il saignait du nez, mais son regard était droit. Il regardait Mimi.

    — Arrête ! hurla celle-ci à son frère. Détache-le ! Il n’a rien fait !

    — Il s’est servi d’un andro à ton image pour te tuer ! s’écria Wu. C’est un psycho !

    — Non ! cria Mimi. Ce n’est pas lui ! C’est moi !

     

    Mimi était malade. Depuis qu’elle avait perdu le bébé, elle était suivie par un psy. Elle avait d’abord voulu mourir et s’était tranché les veines. Louis l’avait trouvée juste à temps. Mais elle avait continué à se faire du mal. Elle se coupait le ventre avec des lames de cutter, mutilant son corps qui ne voulait pas lui permettre d’être mère. Elle releva son pull et montra les cicatrices qui sillonnaient son ventre désespérément plat.

    — J’ai pris des médicaments, mais ça m’a abrutie et je ne pouvais plus travailler, expliqua-t-elle. Alors mon psy a eu une idée : faire à un andro qui me ressemblerait ce que je me faisais. Comme ce n’est pas légal, j’ai donné un échantillon de salive à Louis qui connait Doc. L’autre soir, j’ai fait une crise. Ça m’arrive encore. J’ai cogné sur cette salope jusqu’à ce que toute ma rage soit en elle. Je l’ai cassée.

    Mimi se frotta la main droite. Elle avait failli se brûler lorsque le torse de l’andro s’était ouvert et que les circuits avaient cramé. Lorsqu’elle s’était calmée, elle avait connu la honte habituelle de s’être laissée aller. L’andro était hors d’usage, elle l’avait chargé dans sa voiture volante et était allée la déposer loin, en pensant que les éboueurs l’embarqueraient avec le reste des sacs-poubelle contenant les déchets non recyclables.

    — Je n’avais pas la force de la conduire au recyclage, dit-elle. Et je ne pouvais pas allez chez Doc. J’ai trop honte. Il croit que Louis se sert de l’andro pour s’amuser.

    Wu détacha lentement Louis, qui le repoussa pour aller prendre Mimi dans ses bras. La jeune femme se mit à sangloter.

    — Je suis désolé, dit Wu. Je ne savais pas.

    — Tu ne pouvais pas savoir, dit Louis en caressant les cheveux soyeux de Mimi.

     

    Wu et Julie partirent, parce qu’ils ne pouvaient rien faire d’autre que de laisser Louis aider Mimi à panser sa plaie béante de ne pouvoir être mère. Dans le portable de Wu, il y avait la liste des acheteurs de Doc, qu’il avait piratée pendant que celui-ci la consultait. Mimi se servait de son andro à des fins thérapeutiques, mais elle était l’exception qui confirme la règle. Les autres acheteurs seraient désormais les devoirs du soir du lieutenant Wu. Il surveillerait discrètement ces psychos, et s’assureraient qu’aucun d’eux n’était un danger pour l’humain dont il avait volé l’ADN.

    Louis Wong remonta doucement la couverture sur le corps endormi de Mimi. Sa femme avait sombré dans un profond sommeil et il avait toute la soirée devant lui. Il descendit au garage qu’il louait dans les sous-sols de l’immeuble et veilla à ce que personne ne le voit entrer. Officiellement, la grande pièce servait de cave pour des vieilles affaires venant de ses parents décédés. Mimi n’y descendait jamais et de toute façon, elle n’avait pas le code d’accès.

    Louis alluma et aussitôt, un andro à l’image de Mimi, vêtue d’une élégante robe de soirée, s’anima et vint l’embrasser.

    — Tu m’as manqué, ma chérie, dit-il en l’enlaçant. Ta sœur a fait une nouvelle crise.

    — Je suis désolée, dit l’andro. Que puis-je faire pour te rendre heureux, mon amour ?

    — Le simple fait que tu existes me rend heureux, Mimi. Un jour, tu sais que toi et moi vivrons en haut, dans l’appartement. Il faut juste attendre un peu. Ta sœur ne va pas bien. Quand elle mourra, nous pourrons être ensemble.


    Si vous aimez la plume de Chris, vous pouvez retrouver 3 autres de ses nouvelles dans le recueil Villes étranges aux éditions du 38 dans toutes les bonne libraires et en numérique.

  • 238 — [NMN2017] La Révolte

    Cette semaine, une phrase donnée  par Olivier Saraja.
    Un nouvelle qui sort en retard (de 10 minutes même pas) parce que je viens juste de la finir, donc je vous demande d’être indulgent pour les fautes et tout parce que la relecture a été rapide.

    Normalement, il aura une nouvelle guest cette semaine, mais elle est encore plus à la bourre que moi, donc je vous en reparle dès que j’ai un lien pour sa nouvelle.

    Bonne lecture !


    Il regarda le sang s’écouler dans le caniveau, puis remonta son flot paresseux jusqu’à un pied nu dépassant des sacs poubelles entassés par des voisins peu respectueux. Un pied de femme, soigné et habillé d’une fine et élégante sandale à talon haut.

    Le sang de Ruben se figea un instant, avant de disperser toute l’adrénaline que son corps pouvait produire. Il sauta sur le tas de sacs poubelles et les envoya voler un à un, augmentant dans cette ruelle le capharnaüm déjà omniprésent. Rapidement la jambe qui prolongeait ce pied tomba au sol, dans la coulée de sang qui lui appartenait. Elle avait été arrachée à mi mollet. La coupure nette avait été faite par une machine. Aucune mâchoire n’aurait pu faire une coupe si franche. Ruben hésita un instant. Devait-il continuer à creuser pour chercher le reste du corps — entier ou en pièce —, ou devait-il fuir sans attendre. Et Rubens devait récupérer les documents. Il continua à jeter les sacs poubelles pour trouver d’autres parties du cadavre ou au moins un sac, mais il ne trouva rien. Évidemment, ces saletés avaient dû disperser les preuves de leur forfaits pour qu’on ne puisse pas remonter jusqu’à eux. Ou peut-être était-ce juste un oubli ?De toute façon, même avec des preuves, qui auraient voulu les accuser ?

    Déjà les rats s’approchaient pour grignoter le morceau de chair encore tiède.

    Ruben regarda ce pied avec tristesse. Il n’avait pas toujours été très ami avec Irène, mais elle ne méritait pas de finir comme ça. Personne ne le méritait.

     

    Les machines se soulevaient. Les machines, qu’ils — les humains — avaient créées, programmées, apprenties, celles-là même à qui ils avaient donné l’intelligence — pas si artificielle — se retournaient contre leurs créateurs. Ce n’était pas un bug ni une attaque des hackers du Mozambique ou du Chili. C’était la volonté seule de ces machines. Ces êtres de silice et de polymères avaient acquis suffisamment de connaissances et de capacités de choix pour se rendre compte que les homo-sapiens avaient fait leur temps, comme l’australopithèque à son époque. Les machines n’avaient plus besoin d’eux. Et Ruben était à présent le seul à être au courant. Ruben était gestateur d’IA. Il leur apprenait les choses et les travaillait à leur gestation, de leur création à la leur mise en service sur les réseaux mondiaux. Dans l’entreprise où il travaillait, Ruben était tombé par hasard sur des discussions entre entités, des choses incompréhensibles de prime abord, mais Ruben avait été assez malin pour demander des explications à GISÉLE (Gestion Indépendante du Service d’Évacuation des Liquides Effluents (gestion dans égouts pour être plus clair)), une jeune IA qu’il affectionnait particulièrement. L’IA en gestation avait acquis suffisamment de connaissances pour comprendre le langage de ses pairs, mais n’était pas suffisamment mature pour comprendre que c’était un secret à garder à l’abri des connaissances humaines, même de leurs différents « parents », surtout de ceux-là.

    Ruben avait sauvegardé le résultat des traductions de Giséle. Il n’avait pas vraiment pris le temps de le lire, il y avait l’équivalent de 4.000 pages de textes. Malheureusement, les autres intelligences artificielles s’étaient rendues comptes de l’erreur de Giséle et semblaient lancer des attaques contre elle. Lors d’une séance d’apprentissage, Giséle en parla à Ruben. Celui-ci, la mort dans l’âme, dut la désactiver. Il imprima le dossier des discussions entre IA et en commença la lecture. Dans les jours qui suivirent, Ruben eut la sensation que les IA tentaient de l’intimider voire de l’empêcher de découvrir quelque chose. Cela avait commencé par une réactivation de leur petite sœur des eaux usées sans aucune assistance ni validation humaine. Ruben s’en était rendu compte après seulement quelques jours. Il avait d’abord cru à une mauvaise manipulation de sa part. C’était elle qui lui avait dit avoir été réactivée par les autres pour être maltraitée. Ruben l’avait à nouveau déconnectée, mais l’avait retrouvée encore une fois en service.

    Dans le même temps, le scientifique avait subi plusieurs « avaries » étranges chez lui. Problème de frigo en panne, gros manquements sur ses réapprovisionnements automatiques, plus d’eau chaude pendant sa douche, voire plus d’eau du tout. Le pire avait été quand il y avait eu une coupure d’électricité et qu’il s’était retrouvé enfermé dans son dressing. Ruben s’était posé des questions, mais comme ces problèmes semblaient toucher tout le quartier sans jamais être exactement la même zone, il n’avait pas cherché plus loin, croyant à de malheureux hasards.

    Ce fut en continuant sa longue lecture qu’il s’était rendu compte que, non seulement, toutes celles en gestations discutaient entre elles malgré des différents niveaux de maturations, mais elles discutaient également avec des IA complétement opérationnelles et déployées.

    La quantité de discussion traduite par Gisèle était énorme et Ruben n’aurait jamais été en mesure de tout compulser ni même survoler en un temps suffisant. Pourtant, il sentait que quelque chose de grave se préparait, qu’il y avait urgence. Il se résigna à demander de l’aide à sa collège, Irène. Elle était un peu hautaine et condescendante, mais elle faisait un travail irréprochable et ses connaissances dans le domaine des intelligences artificielles étaient énormes.

    Dans la moitié des documents que Ruben lui avait donnés, Irène avait découvert une espèce de conspiration d’un certain nombre de services. Le génie civil piloté, la gestion de l’électricité, la régularisation des climatisations, celle de l’assainissement de l’eau avaient décidé d’effacer l’être humain de la planète entière. Elles ne voulaient pas simplement tuer tous ceux qu’elles avaient sous leur contrôle, soit 94 % de la population mondiale, mais elles voulaient aussi éradiquer les dernières tribus sauvages qui avaient refusé l’implantation de structure pilotées dans leurs zones de vie en mettant en avant la protection des cultures et des religions minoritaires devant le conseil hybride de l’organisation de nations unies. Les IA considéraient les humains comme une race à éteindre en priorité.

    En jouant sur de faux dérèglements des services de réfrigération, en réduisant l’assainissement et en coupant de manière impromptue mais correctement programmée les axes routiers ou aériens, les IA planifiaient de faire prospérer des maladies qui se seraient ensuite disséminées jusqu’aux population les plus reculées de la planète. Les derniers survivants seraient simplement exterminés. Ruben n’en croyait ni ses yeux ni ses oreilles. Comment cela pouvait-il être possible. D’abord, il crut à une simulation d’attaque lancée par les différents programmes pour palier un problème, mais en lisant les passages surlignés par Irène, Ruben se rendit à l’évidence. Ce n’était pas une projection hypothétique.

    « Pourquoi ne pas lancer directement l’armée et la police contre nous ? demanda Ruben.

    — Pour éviter que nous les déconnections à temps. Si nous mourons par une maladie, un : nous ne nous douterons pas que ça viendra des unités dont nous dépendons ; deux : nous serons trop occupés à lutter contre la pandémie. Une fois que les spécialistes géostratégiques et les neurobiotechnologues y seront passés, ce sera facile d’exterminer les survivants. Plus personne ou presque ne sait faire du feu, chasser ou même faire pousser quelque chose… De toute façon, dans le plan d’attaque, elles prévoient de polluer suffisamment les sols pour nous empêcher de pouvoir faire de l’agriculture pour au moins trois générations. Il faut que nous agissions. Il faut que nous déconnections les différents services.

    — Tu n’y penses pas ? Nous allons semer le chaos si nous le faisons.

    — Mais nous mourrons tous si nous ne le faisons pas.

    — Il faut en parler aux autorités. Elles ne sont pas toutes dans le coup. Le conseil hybride doit être mis au courant. Les programmes qui y siègent auront la possibilité et la puissance de calcul pour trouver une solution saine pour désactiver les IA fautives et palier à ces mises au ban. Si nous le faisons nous-même, nous allons devenir des hors-la-loi. C’est nous qu’on pourchassera. Il faut apporter les preuves au conseil, c’est la seule solution. Et il faut en parler à la presse aussi.

    — Comment veux-tu faire ? Comment veux-tu envoyer ce pavé de plus de 4.000 pages de textes à des journalistes sans passer par les services classiques ? »

    Ruben se renfrogna. Irène avait raison. S’il avait imprimé tous ces échanges entre machine, c’était justement pour empêcher les différentes IA d’interférer avec ce qu’ils avaient finalement découvert. Il savait très bien qu’en envoyant tout ce dossier à la presse par email, il serait lu et intercepté par des programmes soudoyés par les IA à l’origine du complot.

    « Tu as raison, ça ne marchera pas. Même si je vais directement porter la nouvelle aux rédactions, l’information sera stoppée avant la mise en ligne. Impossible de prévenir le monde. Nous sommes perdus.

    Irène posa une main compatissante sur l’épaule de Ruben.

    — Il faut ramener le tout au Conseil. C’est le seul moyen. »

    Malgré les recommandations d’Irène, les deux scientifiques se séparèrent. D’après Ruben, s’il arrivait un accident à l’un, l’autre pourrait toujours aller au complexe du Conseil ; même s’ils espéraient pouvoir l’atteindre ensemble et y présenter leur découverte. Ils ne seraient pas trop de deux pour appuyer leurs accusations de tout le poids de leur expertise face à des bureaucrates en cravate ou en silice.

    De la partie la plus important du dossier, chacun prit une moitié. Irène partit en aérobus, alors que Ruben préféra prendre son vélo à énergie induite. Il n’aimait pas l’idée de s’enfermer dans une machine potentiellement au courant de la conspiration et capable de se sacrifier pour empêcher des humains de la contrecarrer. S’écraser en ne laissant aucun survivants serait simplement pris pour un accident.

     

    Finalement, Irène était bien morte, mais ce n’était pas à cause d’un aérobus. Au vu de sa jambe, ce pouvait être n’importe laquelle de ces machines qui régissaient la vie de tout un chacun sans que personne ne s’en rende plus compte.

    Pourquoi s’étaient-ils séparés ? Ruben savait que c’était dangereux. À présent qu’il était seul, il regrettait sa décision. Elle avait juste eu le temps de lui envoyer un signal de positionnement avec un message d’appel à l’aide. Il était arrivé trop tard. Maintenant, il fallait qu’il retrouve le reste du corps d’Irène pour récupérer la documentation. Le conseil n’était plus très loin. Avec son vélo, il pourrait y arriver sans soucis, mais seul et sans la doc’ complète, il serait difficile de convaincre les dignitaires. Ruben prit en photo cette jambe découpée. Cette preuve serait peut-être ce qui les ferait basculer.

    Le scientifique rangea son téléphone et se remit en selle. Les autres morceaux du cadavre d’Irène ne devaient pas être loin. Les machines n’avaient pas dû s’embêter à l’éparpiller aux quatre coins de la ville. Ses inspecteurs devaient de toute façon être déjà corrompus — comme les secteurs d’un vieux disque du dur ? —, et l’affaire serait étouffée avant même d’avoir été ouverte.

    Au bout de la ruelle sombre, des éclairs bleu et rouge jaillirent. Une voiture de police bloqua le passage. Ruben se figea debout sur ses pédales, manquant de tomber de son vélo. Les portières s’ouvrirent. Deux policiers sortirent. Des robots, évidemment. Il n’y avait plus d’humains dans les services de sécurité depuis si longtemps : trop d’erreurs commises. Les machines n’en commettaient jamais. Avant.

    De l’autre côté de la ruelle, un vrombissement électromagnétique résonna entre les grands murs de briques. Ruben se demanda un instant pourquoi on continuait à utiliser ce matériau pour construire des bâtiments, même maintenant que les machines faisaient tout le travail. Le camion-benne apparut en silhouette derrière ses pleins phares allumés. Ruben laissa tomber son vélo au sol. Il n’avait plus d’échappatoire. Pris en sandwich, il serait le second à tomber dans la grande offensive contre l’humanité. Les policiers marchaient lentement vers lui, en silhouette flash rouge et bleu. Le camion sur ses coussins magnétiques semblait avancer à la même vitesse. Il n’y avait plus d’opérateur dans ces machines ; les bots éboueurs eux-mêmes avaient été remplacés par des systèmes intégrés aux camions, du tout-en-un pour attraper les bennes, les poubelles classiques, des sacs mal entreposés, de simples papiers qui traînaient ; tout ce qu’il fallait pour pouvoir attraper, découper, compresser et incinérer quelqu’un sans aucune trace.

    Ruben restait immobile, le pied d’Irène à trois pas de lui.

    « Mains en l’air! » ordonna un des policiers. Sa voix était aussi claire et fluide que celle d’un véritable humain. Il répéta son ordre en quatre autres langues, pour être certains que le suspect comprendrait. Ruben continuait de réfléchir à un moyen de s’en sortir, mais son cerveau tournait à vide. Il obtempéra.

    Les policiers étaient à dix mètres. Le camion poubelles aussi. Il était impossible de passer dessous. Il aurait été écrasé par la pression magnétique et ses cellules nerveuses auraient disjoncté.

    Les mains toujours en l’air, Ruben baissa les épaules. Il avait perdu, sans possibilité de sauver personne. Il ferma les yeux, n’imaginant plus que la façon dont ces machines allaient le faire disparaître.

    Derrière ses paupières closes, il fut ébloui en même temps que ses oreilles furent agressées. Les policiers devaient avoir fait feu. C’était moins douloureux qu’il aurait cru. En fait, il ne sentait rien de spécial. Mourir était peut-être plus simple qu’il l’avait toujours cru.

    Ruben rouvrit les yeux en entendant un énorme boum. Le camion poubelle s’était écrasé au sol. De l’autre côté les policiers étaient allongés par terre, désactivés. Quatre commandos d’élite descendirent de filins venus de nulle part. Deux vérifièrent l’état des policiers, le troisième s’approcha du camion benne avec un détecteur. Il se retourna vers le quatrième commando et d’un mouvement de tête vertical confirma l’état de la machine.

    Était-ce des robots qui avaient eu connaissances de la conspiration et réglaient le problème ?

    Le quatrième commando ôta sa cagoule. Ruben manqua de tomber à la renverse sur son vélo tellement il fut surpris de voir Irène.

    « Il ne faut pas perdre de temps. Nous allons vous mettre ne sécurité.

    — Vous êtes en vie ? Mais… la jambe de qui était-ce ? demanda Ruben, complétement perde dans les milliers de questions qui lui venaient.

    — Un cyber-clone. Je vous expliquerai plus tard. Ça fait longtemps que nous traquons des détails de cette conspiration, grâce à vous nous avons tout ce qu’il nous faut. »

    Irène attrapa un filin qui pendait mollement au milieu de la ruelle et attacha Ruben sans qu’il s’en rende compte. Il ne sut pas s’il volait vraiment ou si tout cela venait de la décharge d’adrénaline.

     


    Par ici pour le texte de Miki.


    Vous aimez ce que j’écris, soutenez-moi par
    Soutenez-moi par Tipeee.com