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Elle succomba à la tentation et commanda un verre de vin.
Le serveur bloqua un court instant avant de sourire de plaisir. Cela faisait longtemps qu’on ne lui avait pas fait cet honneur. Il repartit tout guilleret de cette commande. En revanche, le couple de la table d’à côté échangea un regard entendu après l’avoir dévisagée en coin. C’était un couple dans la vingtaine, ils étaient mignons, amoureux, mais s’occupait beaucoup trop de ce qu’il se passait à côté.
Il lui sembla aussi voir les deux hommes d’affaires quinquagénaires attablés un peu plus loin, bien en chair, avec des costumes cravates de marque en lien avec leur CA, la regarder avec un léger étonnement en l’entendant passer commande.
Seule une vieille dame d’au moins 75 ans bien tassés, avec une belle mise en plis qui faisait ressortir l’argenté de sa chevelure, assise au fond du restaurant lui sourit. Elle leva même son verre en sa direction, un demi de bière blonde.
Mais quoi ! elle avait envie de boire un verre de vin, de sentir ses notes boisées, de goûter sur sa langue le velours et les fruits rouges.
Le sommelier traversa la salle et s’approcha d’elle, fier comme un coq, avec, dans une main, le grand verre à pied, magnifique et longiligne, brillant de mille reflets sous les spots du plafonnier, et dans l’autre la bouteille qu’elle avait choisie. Le professionnel n’avait pas dû pouvoir faire son œuvre aussi régulièrement que d’habitude, ces derniers temps. Il la salua avec cette déférence qui paraît innée chez les gens de ce métier, puis il posa le verre sur la table, lui fit admirer l’étiquette de la bouteille qu’elle ne regarda qu’à peine en acquiesçant, et enfin, il versa une lampée dans le verre avec la précision calibrée d’un geste répété un nombre incalculable de fois, énumérant les qualités organoleptiquo-mystiques du précieux breuvage.
Les regards de la salle s’étaient fixés sur eux et cette scène que certains jugeaient obscènes, que d’autres enviaient sans les dire.
Elle avait envie de se cacher sous la table, troublée par l’attention que tous lui portaient bien malgré elle. Mais elle tint bon. Elle était une femme forte et moderne, qui assumait ses envies et ses choix.
La tête haute, elle prit le verre par son pied, fit tourner le liquide dans le calice d’un coup de poignet qu’on eût cru habitué au geste, le porta à son nez, huma les effluves entêtants, puis le porta à ses lèvres, toujours sous le regard du sommelier qui attendait son approbation, avant de repartir à son comptoir.
Le liquide glissa sur sa langue, excitant ses papilles, puis coula dans sa gorge.
Elle ne regrettait pas son choix et se conforta dans l’idée qu’elle devait pouvoir boire un verre de vin quand elle en avait envie sans culpabiliser, même pendant le Dry January.
Disclaimer : l’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.
Si vous faites le Dry January, bravo à vous. Si vous ne le faites pas, vous avez aussi raison tant que vous vous sentez à l’aise dans votre rapport avec l’alcool.
Bisous

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