400 — Maniac Mansion

982 mots

Nous avons dépensé beaucoup d’argent pour cette maison.

Vraiment beaucoup d’argent.

Alors, je crois qu’au début, nous avons préféré faire comme si de rien n’était.

Cela faisait longtemps qu’Olivia et moi rêvions de pouvoir sortir de notre appartement en ville. Nous rêvions d’air pur et de calme. Alors, quand nous avons vu cette annonce pour cette belle maison de maître qui se vendait dans ce coin de campagne que nous avions adoré pendant nos vacances, notre rêve maison d’hôtes nous a paru tout à coup tangible.

Après une visite et quelques arrangements financiers, nous en étions propriétaires.

Il nous aura fallu plusieurs mois de travaux et beaucoup de motivation pour rénover le corps principal. Plus qu’une maison, c’était presque un petit manoir, avec une dépendance, d’anciennes écuries et même une toute petite maison qui servait autrefois au gardien.

Ce n’est qu’après la fin de nos travaux que nous avons compris que quelque chose clochait. Jusque-là, trop fatigués de nos journées, nous avons dormi tous les soirs du sommeil du juste. Nous n’avions pas eu le temps de trop parler avec les gens de la ville voisine, trop occupés dans les travaux. Nous passions en coup de vent pour faire quelques courses. Les gens nous regardaient étrangement, mais nous pensions que c’était parce que nous venions de la grande ville ou que nous étions accoutrés de manière négligée. Mais le soir de fin des travaux, nous avions décidé de fêter cela en mangeant au petit restaurant du bourg, une pizzeria très coquette, quoiqu’un peu rustique, comme peuvent l’être les gens de la campagne. La serveuse, une femme d’une cinquantaine d’années, a commencé à discuter avec nous, mais quand elle a su que nous étions ceux qui avaient acheté la maison, elle s’est raidie, a pris la commande et est repartie comme si elle s’était coincé un nerf entre deux lombaires.

Quand elle nous a apporté nos plats, elle était beaucoup moins cordiale.

Olivia n’a pas pu s’empêcher de lui demander pourquoi ce changement d’attitude.

« Vous savez ce qu’est arrivé au précédent propriétaire ? Et à ceux d’avant ?

— Non, nous n’avons pas eu le besoin de chercher, mais à présent que vous nous posez la question, je pense que nous n’aurons de cesse que de le découvrir.

— Morts !

— Pardon ?

— Ils sont morts. Le précédent proprio est tombé d’une fenêtre un soir d’orage. On n’a jamais bien su si c’était un accident ou s’il avait sauté de son plein gré.

— C’est fâcheux, mais nous prenons la sécurité très au sérieux, nous n’ouvrirons pas les fenêtres par mauvais temps. Quant au reste, nous sommes tous les deux très heureux et avons encore beaucoup de projets pour les années à venir.

— Le couple d’avant aussi avait beaucoup de projets, jusqu’à ce la femme ouvre son mari comme on ouvre un cochon, et se pende à la poutre du salon.

— C’est affreux, réagit Olivia, essayant d’imaginer la scène dans notre salon tout juste redécoré.

— On dit qu’il reste leurs fantômes qui hantent les murs. »

Un raclement de gorge sonore retentit du passe. Le cuisinier, un homme dégarni du même âge approximativement que la serveuse, était penché pour voir la salle autant que pour être vu. Il lançait un regard noir à sa femme.

— Je suis désolé, m’sieur dame, dit celle-ci. J’aurais pas dû vous raconter tout ça. Je voulais pas vous faire peur.

Il est vrai que nous étions quelque peu chamboulés en rentrant à la maison, mais en faisant le tour des pièces du rez-de-chaussée, rien ne ressemblait plus à ce que nous avions trouvé, et puis nous allions bien, nous étions heureux, il n’y avait aucune raison de s’inquiéter.

Il a fallu attendre quelques nuits pour nous rendre compte que quelque chose n’allait pas. D’abord, ce fut des bruits de grattements dans les boiseries en bas. J’ai cru qu’il s’agissait de quelque animal qui avait réussi à rentrer pour s’abriter de la pluie, mais je n’ai rien trouvé.

Ensuite, il y a eu la fois où j’ai entendu ronfler à côté de moi, mais en tâtant le lit, Olivia n’était pas là. Réveillée par la soif, elle était partie boire un peu et était revenue peu de temps après. Sur le moment, j’ai cru avoir imaginé tout cela, mais le lendemain, quand elle m’a dit que j’avais ronflé fort, j’ai cru qu’elle se moquait.

« Il y a eu la fois dans la cuisine aussi, intervint Olivia. J’étais en train de cuisiner, tu es passé dans la pièce, je t’ai demandé de me passer un couteau parce que j’étais trop long et j’avais les mains prises. Tu m’as déposé le couteau à côté de moi et quand je me suis retournée, j’ai vu que tu avais la tête dans le frigo, en train de chercher quelque chose à grignoter. Je me suis fait la réflexion que tu étais allé très vite. »

Tout cela pour vous dire, monsieur Tergeist, peut-être préférez-vous que je vous appelle Paul ? Bref, tout cela pour dire que, vous avez été très gentil de nous avoir prévenus de votre présence avec les moyens qui sont les vôtres, et d’avoir voulu nous aider également, mais, bien que nous soyons désolés de ce qui a pu vous arriver pendant votre enfance dans cette maison, nous ne pourrons pas tolérer votre présence beaucoup plus longtemps. Donc, je vous laisse encore trois nuits pour mettre vos affaires en ordre avant de quitter les lieux définitivement, sans quoi je serai obligé de faire appel à un spécialiste du diocèse. Suis-je bien clair ?

J’ai toujours été persuadé que discuter avec les gens était la meilleure façon de régler les conflits.

Voilà donc deux semaines que nous avons mis les choses au point avec Paul. Et que nous avons rencontré nos nouveaux colocataires. Ça m’embête un peu de ne plus être seul avec Olivia dans la maison, mais nous allons pouvoir profiter des lieux pour l’éternité.

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