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Nancy avait laissé la garde du chien à son frère.
C’était une erreur. Elle le savait depuis le début. Au moment même où l’idée s’était formée dans son esprit, elle imaginait la fin de cette affaire. Elle avait bien essayé de marchander avec ses parents ou ses amis, mais personne n’avait voulu s’occuper de la bête. Les premiers avaient prétexté un voyage à l’autre bout du monde, pendant que les autres avaient trouvé toutes les excuses possibles pour ne pas prendre en charge l’animal.
Mon appart est trop petit.
Une semaine, c’est beaucoup
J’ai peur qu’il ne morde le bébé, s’il lui tire les poils.
Je suis allergique.
J’ai peur.
J’ai poney aquatique.
Et cætera, et cætera.
Cela dit, Nancy ne pouvait pas vraiment leur en vouloir. Elle avait reçu Sauron en cadeau de son ex, avant que ce ne soit son ex… c’était d’ailleurs peut-être ce qui avait précipité les choses entre eux. Elle avait immédiatement vu son potentiel et avait voulu le dresser pour l’attaque.
Sauron, pas son ex.
C’était un chien énergique qui avait besoin d’être canalisé. Nancy l’avait remarqué dès le premier instant. Elle avait voulu capitaliser cette ardeur. Si ç’avait été légal, elle l’aurait même inscrit à des combats de chiens. Quelque part, ça la rassurait de savoir qu’il pouvait la défendre en cas de besoin.
Sauron, pas son ex, toujours pas.
Cela faisait maintenant deux ans que Nancy et Sauron vivaient ensemble dans le petit appartement et tout allait bien jusqu’à ce que le patron de Nancy lui annonce qu’elle partait en formation à l’autre bout du pays ou presque dans deux semaines. Elle n’avait pas pu (ni même eu l’envie de) refuser.
Depuis, elle avait cherché désespérément à faire garder Sauron, mais se heurtait à des refus.
Finalement, son frère l’avait appelée. Ses parents lui en avaient parlé et il s’offusquait que Nancy ne lui eût pas demandé. Elle avait bredouillé des excuses, essayé de trouver des stratagèmes pour refuser qu’il le prenne avec lui, mais, ne pouvant réfuter le fait que son frère était son dernier, et seul en fait, espoir, elle avait accepté à contrecœur.
Elle les avait regardés quitter son appartement, comme deux larrons en foire, espérant qui ne leur arriverait rien de grave pendant son absence. Elle aurait le cœur brisé s’il arrivait quelque chose.
À Sauron.
Et aussi à son frère, un peu.
À présent, devant la porte de l’appartement, elle appréhendait les retrouvailles.
Quand il ouvrit la porte, il avait une mise déconfite.
Son frère, pas Sauron.
« Qu’est-ce que tu as fait de mon chien ? » demanda Nancy, la voix glacée d’inquiétude.
Mais immédiatement, reconnaissant sa maîtresse, Sauron accourut dans l’appartement et galopa dans le couloir pour se jeter sur elle. En le voyant, Nancy se décomposa un peu plus.
« Qu’est-ce que tu as fait à mon chien ?
— Rien de spécial ! Je l’ai amené chez une copine toiletteuse. Il en avait besoin, le pauvre. Tu ne prends vraiment pas soin de lui !
— De quoi parles-tu ? Ce n’est pas un candidat pour ces ridicules concours de beauté ! Pourquoi lui as-tu mis un nœud sur la tête ?
— C’est la coiffure classique, sœurette ! Et c’est pas parce que tu lui as donné un nom de méchant à ton Sauron que c’est plus un Yorkshire ! »

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