454 — Faim de quête

772 mots

L’air sentait la fumée de bois.

Après plusieurs jours passés dans ce donjon labyrinthique sous terre, dans l’air stagnant depuis des années, peut-être des siècles, à ne s’éclairer qu’avec des sorts et ne manger que de la viande ou des légumes secs, cette odeur rappelait aux quatre aventuriers la chaleur d’un foyer, le plaisir d’un morceau de viande saisi à la flamme et de légumes goûtus.

Malgré cela, ils échangèrent des regards suspicieux. Ils étaient trop loin de la civilisation pour que ce feu arrivât d’une chaumière ou d’une auberge. Seuls les aventuriers comme eux s’essayaient dans ce coin reculé du pays. Cette forêt était trop dense, trop sauvage, trop inhospitalière pour intéresser quiconque. À la limite, des chasseurs auraient pu venir attraper du gibier peu farouche, car peu habitué à l’Homme, mais si loin de tout, la viande se gâterait avant de pouvoir être vendue.

La seule possibilité restait des aventuriers en quête de trésors. Comme eux. Mais eux sortaient du donjon, avec un trésor conséquent en poche, ou plutôt en sac à dos, et ils avaient combattu suffisamment de slimes, de rats, de chauve-souris, de draugar, de golems de roche, de boue, de feu, d’incarnation de démon, et autres, qu’ils n’avaient pas envie de reprendre les armes contre des congénères. Surtout s’ils étaient plus nombreux.

Leurs estomacs se nouant sous la faim qui se réveillait, ils rêvaient tous les quatre d’un bon repas chaud, mais le risque était trop grand.

« Je peux essayer de me glisser un peu plus près pour voir s’il s’agit d’un danger, proposa Brahim, le voleur. Si ce ne sont que des voyageurs égarés, nous pourrons leur proposer de nous joindre à eux.

— Je préférerais éviter, répondit sans attendre, Prélis, le clerc. Je sais que nous rêvons tous de la même chose, mais nous sommes chargés d’un trésor faramineux, je préférerais que nous ne croisions personne avant d’arriver à Tcheulak, où nous nous séparerons comme prévu. Restons-en au plan. C’est le mieux, même si je sais que c’est difficile avec cette odeur.

— C’est vrai, renchérit Titus, le soigneur. Mieux vaut rester discret et risquer le moins possible d’être vus près du tombeau de Marghelan II. Nous pourrons toujours attraper du gibier et le faire cuire à la broche dans quelques heures, demain au pire. T’en penses quoi, Calist ? termina-t-il en se tournant vers la guerrière du groupe.

Elle était la plus petite du groupe, mais ils savaient qu’elle pouvait leur botter les fesses à tous les trois en même temps. Elle avait une compétence naturellement pour le commandement et ses décisions étaient généralement les bonnes. À part, peut-être, la fois où elle avait voulu entrer dans cette chambre mortuaire de 27 défunts, malgré les protestations de Prélis, et que les 27 défunts s’avérèrent être des draugar bien en forme. Mais bon, tout le monde a ses mauvais jours, non ?

Calist réfléchit un instant. Elle avait été la première à se plaindre de la nourriture et rêvait de croquer dans un jarret de sarcôme bien juteux, mais Prélis et Titus avaient raison, mieux valait rester discrets.

“Désolée, Brahim. On va les contourner discrètement et éviter de se faire voir. On a fait le plus difficile en sortant de ce donjon en vie et les poches pleines, n’allons pas tout gâcher pour un repas. On n’aura l’occasion d’en faire plein d’autres avec ce qu’on ramène !”

Brahim eut l’air déçu — il n’aimait pas perdre l’occasion de démontrer son art de l’intrusion sans se faire détecter —, mais il comprit parfaitement et se rangea à l’avis du groupe.

Ce fut à cet instant que les huit autres débarquèrent pour les encercler. Huit aventuriers de bas étage, vu leur accoutrement de mauvaise facture.

“On n’aurait pas dû perdre autant de temps à discuter, regretta Brahim.

— Tiens, tiens, tiens ! dit le chef de l’autre groupe. J’avais bien entendu qu’il se passait quelque chose à l’intérieur. Content que vous en soyez sortis entier.

— Nous aussi, répondit Calist.

— Ce serait dommage qu’il vous arrive des bricoles, maintenant, non ? Je vous promets qu’il ne vous arrivera rien de fâcheux si vous nous laissez votre butin. Nous sommes deux fois plus nombreux que vous, ne soyez pas idiots !”

Calist leva les yeux au ciel en soupirant. Pour qui se prenait-il ? Ils venaient de combattre des squelettes, des momies, plusieurs spectres et même un mage zombie. Ce n’étaient pas huit pilleurs de leur sorte qui allait leur faire peur.

Sans même avoir besoin de se regarder, alors qu’ils s’étaient naturellement mis dos à dos pour se protéger les eux les autres, Brahim, Prélis, Titus et Calist se préparèrent au combat.

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