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Sur le coup, Hélèna n’était pas sûre d’avoir compris. Est-ce qu’Éric lui proposait de passer un bon moment dans le jacuzzi du chalet ou est-ce qu’il lui proposait de passer un bon moment dans le jacuzzi du chalet ? L’idée de se détendre dans une eau chaude et bouillonnante lui plaisait, le reste… non. Elle était là pour le travail et pas pour autre chose.
« J’ai fait exprès de ne pas vous en parler tout à l’heure pour vous faire la surprise en rentrant. Je me doutais que nous rentrerions frigorifiés par ce temps. J’espérais que ça vous ferait plaisir. »
C’était étrange de voir ce grand gaillard à la mâchoire carrée et aux épaules larges avoir le regard fuyant comme un gamin qui avait fait une bêtise.
« C’est une bonne surprise, oui, répondit Hélèna, hésitante, mais…
— Ne vous inquiétez pas, je vous laisserai tranquille pendant ce moment de détente. Je dois passer en ville pour une course.
— Ah ! Très bien ! Enfin, non, pas très bien… je… euh… merci ! »
Hélèna préféra se taire plutôt que continuer à bafouiller.
Ils finirent de manger et remirent le sac au dos avant de reprendre la marche de retour.
Elle fut moins désagréable avec le soleil qui se montrait enfin et les réchauffait quelque peu. La descente fut plus rapide, à peine quinze minutes. Hélèna lutta contre ses a priori et essaya de lancer la discussion. Elle commença par des questions basiques mais faciles à trouver. Pourquoi Éric avait-il choisi ce sport et pas un autre, comme le foot ? Il répondit comme s’il était en interview.
« À huit, neuf ans, j’ai fait du rugby, pendant trois ans, mais je n’aimais pas le côté brutal, ni le côté équipe où tout le monde essaie d’être le meilleur alors que l’idée, c’est de jouer ensemble. Pendant les week-ends et les vacances, j’allais souvent avec les copains faire l’idiot dans les rochers, les parois, tout ce qui pouvait s’escalader. Je me suis fait pas quelques fois en tombant. Ma mère m’interdisait de recommencer, mais dès que je pouvais, je grimpais. J’avais même commencé à grimper sur les bâtiments de la ville. C’était une espèce de drogue, je ne pensais plus qu’à ça. Finalement, mes parents m’ont inscrit dans un club d’escalade. C’est vraiment parti comme ça. J’ai été repéré et après plusieurs compétitions, j’ai décidé que ce que j’aimais dans la grimpe, c’était surtout la sensation de liberté et le plaisir de me retrouver seul avec moi-même, obligé de rester concentré pour trouver la bonne voie, celle qui est sûre et qui me permet de continuer. J’ai lâché la compétition et j’ai commencé à graviter dans le milieu de la grimpe libre. »
Il continua de parler encore un moment de son expérience et de ce sport.
Emportée par l’histoire et le mood, Hélèna posa d’autres questions à Éric, étonnamment loquace. Elle finit par demander pourquoi il avait décidé de s’entraîner dehors aujourd’hui malgré le temps, avec les risques que cela comportait. Elle ne réfléchit trop tard à ce qu’il lui avait racontait sur l’ami qu’il avait perdu et sur les conditions étrangement similaires. Éric se renfrogna.
« Je suis désolée, je ne voulais pas… » dit simplement la photographe, sans réussir à finir sa phrase.
Ils marchèrent encore quelques minutes avant de retrouver le parking et la Twingo, toujours esseulée.
Même réchauffés par le soleil, Éric mit le chauffage au maximum. L’estomac plein, fatiguée par la marche, l’attente et le froid, Hélèna ne se sentit pas glisser dans un sommeil profond. Elle se réveilla en sursaut quand le grimpeur tira le frein à main. Elle cligna des yeux et grimaça, le temps de raccrocher les wagons de ses pensées. Ils étaient devant le chalet. Éric la regardait avec un sourire amusé.
« Ça fait longtemps que je dors ? On est arrivés depuis combien de temps ?
— On vient juste d’arriver. Vous avez dormi sur tout le trajet, je pense. Allez ! Venez, je vous ai promis un peu de réconfort, je vais vous montrer tout ça. »
À l’intérieur, il ouvrit une porte sous l’escalier. Hélèna ne l’avait même pas vue ce matin, trop subjuguée par le reste. Elle menait au sous-sol qui était égal au reste. Il avait été aménagé en pièce de sport et de détente. Il y avait là, face à une télé géante accrochée au mur, un tapis de course, un vélo elliptique, une machine de musculation, une boîte en pin qui devait être un sauna et le fameux jacuzzi.
Éric montra rapidement à Hélèna comment se servir de tout, avant de filer faire sa course.
Hélèna monta prendre une douche rapide, enfila son maillot et descendit profiter tranquillement des bulles. Son chef avait absolument voulu l’envoyer ici, autant qu’elle en profite.
La jeune femme était dans l’eau bouillonnante depuis au moins quarante minutes d’après l’horloge au mur (elle avait pourtant l’impression que ça ne faisait pas plus de dix minutes), quand elle entendit une voix appeler depuis le rez-de-chaussée. C’était une voix de femme, mais, même en ne la percevant pas très bien, elle ne ressemblait pas à celle de Christie.
Hélèna fut prise d’une peur irrationnelle, comme si elle n’avait pas le droit d’être là et qu’elle allait se faire chasser. Elle bondit hors de l’eau, s’enroula dans sa serviette, puis remonta.
Dans le salon, elle surprit une jeune femme d’environ son âge, aux mensurations parfaites, habillée d’un jean moulant, d’une doudoune et de bottes à talons de marque. Ses cheveux noirs lissés droits et son gloss sur les lèvres lui donnaient un air racoleur qu’Hélèna n’apprécia pas. Le ton sur lequel elle l’accueillit, non plus.
« Qu’est-ce vous faites, ici ? Où est Éric ? »